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23 mai 2008 : une généalogie des esclaves se dévoile à la Basilique de Saint Denis
Par Léon Kharomon
C’est désormais officiel. Chaque 23 mai, les descendants d’esclaves Antillais, Guyanais et Réunionnais vivant en Métropole pourront rendre hommage à leurs ancêtres déportés d’Afrique pendant quatre siècles de traite négrière et d’esclavage.
Si la commémoration nationale du 10 mai demeure, celle du 23 mai revêt une connotation particulière. Ce vendredi, pour la première fois, des milliers d’antillais vont tenter de remonter leur arbre généalogique à travers une manifestation qu’organise l’association CM98 (Comité Marche du 23 Mai 1998 ) sur le parvis de la Basilique de Saint-Denis. Ce sera au cours d’une cérémonie appelée "Lanmékanfénég", traduisez du créole : Lanmè (l’océan), Kann (Canne à sucre), Fè (les châines), nèg (nègre). Tout un programme que l’association CM98 a mis au point en collaboration avec une cinquantaine d’associations.
Dans un communiqué de presse, les organisateurs de cette journée se félicitent qu’ "après 10 ans de combat, le gouvernement reconnaît par la circulaire N° 5294/SG du 29 avril la date du 23 mai pour les associations regroupant les Français d’Outre-mer de l’Hexagone, celle de la commémoration du passé douloureux de leurs aieux".
La découverte de cet arbre généalogique non exhaustif sera le point d’orgue d’une journée riche en symboles, qui va commencer tôt le matin à 9h au stade Nelson Mandela à Sarcelles par la bénédiction de la "Gardienne de vie", symbole de toutes les mères esclaves.
Puis en présence d’Yves Jego, secrétaire d’Etat à l’Outre-mer et de Michèle Alliot-Marie, ministre de l’Intérieur, sera inaugurée au Secrétariat d’Etat des DOM l’exposition "Les noms de l’abolition" avec 30.000 noms attribués aux esclaves de la Guadeloupe et de la Martinique en 1848. La très officielle cérémonie au cours de laquelle Patrick Karam, délégué interministériel pour l’égalité des chances et Serge Romana, président du CM98, prononceront des allocutions, ne sera qu’un prélude à la grande retrouvaille de Saint-Denis ( 93).
Cérémonie poignante
C’est ici que de 18h à 21h, sur le parvis de la Basilique, la journée atteindra son point d’orgue avec un hommage particulier aux "Aïeux" avec des chants, des poèmes et des complaintes sur fond des tambours de la Guadeloupe, de la Martinique, de la Guyane et de la Réunion.
Les organisateurs attendent des dizaines des milliers de participants à une cérémonie poignante qui leur permettra, sans doute, de donner pour la première fois une signification à leurs noms. "Enormément de familles ne connaissent pas leurs ancêtres et ne savent pas non plus d’où proviennent leurs noms de famille. Il est important que la France prenne conscience de cela" a récemment déclaré Serge Romana dans une interview accordée à Afrik.com.
A la question de savoir pourquoi nombre d’associations antillaises n’ont pas voulu s’aligner à la date du 10 mai, journée de commémoration nationale, Romana pense qu’ "en fixant cette date, la France ne protège pas la mémoire de nos parents mais cherche simplement à s’honorer elle-même d’avoir aboli l’esclavage en 1848. C’est une très bonne chose mais il ne faut pas mélanger les moments politiques avec le temps que nous prenons pour honorer notre famille, notre histoire".
Crée en 1994, l’association qui s’appelait "Bwafouyé", a réussi le 23 mai 1998 à mobiliser plus de 40.000 personnes sur les artères parisiennes pour exiger que la traite négrière et l’esclavage soient déclarés crimes contre l’humanité. Depuis, elle est devenue le CM98 et a continué à se "battre" pour la reconnaissance officielle de la date du 23 mai.
Date symbolique
Mais au delà de la symbolique que représente une date, se joue sur fond de querelles parfois virulentes, la légitimité des associations noires de France autour de la question de la mémoire sur l’esclavage et la Traîte.
En 2006, la première commémoration du 10 mai n’a pas revêtu l’éclat escompté. Nombre d’associations antillaises ont boycotté la manifestation officielle organisée par le CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires), préférant se regrouper place de la République pour lancer un appel en faveur de la date du 23 mai. Maintenant que le gouvernement a coupé la poire en deux, en maintenant le 10 mai et en autorisant le 23 mai, on espère qu’il n’y aura plus de place pour les conflits.
Pour Patrick Lozes, président du CRAN, "la polémique n’a pas lieu d’être d’autant plus qu’aux Etats-Unis par exemple et ailleurs , c’est tout le mois de mai qui est consacré à la mémoire de l’abolition de l’esclavage. Dans tous les cas, il n’y aura pas assez des journées pour rendre hommage à des millions d’Africains, victimes de cette tragédie".
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