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Une journée socialiste pour les médias

Par Georges Dougueli


Le Parti socialiste a réuni professionnels et public pour parler de l’état de la presse. Sur fond de concentration et d’irruption du grand capitalisme au sein des entreprises de presse.

Les socialistes semblent bien loin de se satisfaire de l’état de la presse française de ces dernières années. En pleine élaboration du « Projet socialiste », ils ont voulu faire, ce samedi 12 février au studio 102 de la Maison de Radio France, le point sur l’exercice de la liberté de la presse dans le contexte de la démocratie française, eu égard à la tendance qui est aux grandes concentrations. Chercheurs, journalistes ou militants socialistes ordinaires ne font pas mystère de leurs inquiétudes. Faut-il redouter des Murdoch à la française ? L’on a évoqué à titre d’exemple le fait que tous les journaux de l’Ouest passent sous le contrôle de Ouest France. « Dans le Nord, il y avait six journaux. Avec l’arrivée de Dassault, Il n’y en a plus que deux. On licencie, on ferme des agences. 350 journalistes sont en lutte pour que cela ne continue pas » martèle un journaliste membre de la CGT.

Pour le premier secrétaire du Parti socialiste François Hollande, « la situation des médias est à l’image de l’économie mondialisée et des nouvelles technologies : extrême diversité, apparente multiplicité des opérateurs qui pourtant se concentrent et veulent maîtriser tous les marchés. » Comme le premier secrétaire, la plupart des intervenants n’auront pas de mots assez durs pour condamner l’irruption du grand capitalisme au sein des entreprises de presse. Les difficultés chroniques de la presse quotidienne nationale (PQN) favorisant, pour certains, l’introduction des grands groupes dans les médias. Alors qu’à la fin de la grande guerre il y avait à Paris 34 quotidiens, les difficultés ont conduit progressivement à leur disparition, pour en arriver à l’offre actuelle. Ce qui fait dire à François Dorcival, de la Fédération nationale de la presse française, que « les concentrations ne sont pas les causes de la disparition du pluralisme. Elles en sont la conséquence. Ce sont les journaux en difficulté qui vont chercher les capitaux. » Il prend ainsi le contre-pied du sociologue Jean-Marie Charon qui soutient l ‘élaboration d’une législation anti concentration. « La taille peut être une entorse à la liberté de la presse. C’est un domaine vital pour la démocratie. »

Jean François Kahn du magazine politique Marianne lui, se souvient pour s’en indigner, de la fusion ratée de Hachette et Vivendi. « 70% du marché du livre, les Nouvelles messageries de la presse parisienne (Nmpp) et 75% des dictionnaires seraient passés entre les mêmes mains ! » Le plus grave, de l’avis du journaliste, c’est que « les Français ne se sont pas levés pour faire barrage à cette opération. Mais qu’elle n’ait avorté que grâce à la Commission européenne, qui y a opposé une fin de non recevoir. »

La Gauche, selon Christian Pradier, universitaire, n’a pas grand chose à gagner de la concentration. « Tout le contraire, du point de vue de la séparation des pouvoirs qui font se regrouper le pouvoir politique, l’économique et le pouvoir médiatique. Tout le contraire de la liberté d’information. » clame –t-il.

Edwy Plenel va plus loin en établissant un constat sévère aux confins de l’auto flagellation et recommande d’entrée de jeu, d’éviter « le provincialisme à la française qui fera que nous seront rattrapés comme dans les décennies 70 et 80. » Il parle du caractère « incestueux et consanguin » du capitalisme français dont les prises de positions viennent de « nos échecs » : échec politique, échec professionnel avec en fond l’indépendance sans laquelle le journaliste n’est rien . « L’Humanité (Journal communiste) n’a-t-il pas pour actionnaire Lagardère et TF1 ? » susurre-t-il, sarcastique.

Le débat, qui s’inscrit pour François Hollande dans une actualité politique marquée par les consultations électorales et référendaires, a pour enjeu l’alternance et la reconquête du pouvoir.










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