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Fête de Aïd El-Kébir El Moubarak


Par Ahmat Zéïdane Bichara

La fête de Aïd El-Kébir El Mourabarak ou fête de « Tabaski » (appellation connue au sud du Sahara) est souvent vécue comme un temps fort de joie et de partage de la viande de moutons. Elle est également un moment difficile pour un bon nombre de musulmans du monde et en particulier ceux de France. Après la prière, il faut accomplir son devoir religieux en immolant un mouton, suivant les règles très strictes du Saint Coran.

C’est un geste qu’un musulman ayant des possibilités doit accomplir. Mais également un casse-tête quand on vit dans un pays où les lois interdisent l’abattage traditionnel ou clandestin d’animaux, ou tout simplement quand on est dépourvu des moyens financiers.
Qu’est-ce qui s’est donc passé le mardi 11 janvier 2006 à Paris, le jour de cette grande fête musulmane ? Les musulmans de Paris sont-ils pour ou contre l’abattage des moutons avant la prière ? Comment se sont-ils organisés pour offrir un mouton en sacrifice ce jour particulier ?

Pas de sacrifice de moutons avant la prière

Après avoir accompli son devoir religieux comme tant d’autres musulmans français à la Grande Mosquée de Paris, monsieur Kamara, marabout de son état, s’est rendu en banlieue située à une vingtaine de kilomètres de la capitale, à la recherche d’un mouton vivant, accompagné de son ami Hussien, d’origine iranienne. « Il est écrit dans le Saint Coran que le sacrifice des moutons pour la fête de Aïd El-Kébir doit se faire après la grande prière et non avant », assure-t-il.

La réaction de Kamara va de pair avec celle de Pepito, un journaliste guinéen interviewé à la vielle de la fête. « Je ne serais pas prêt à manger la viande d’un mouton dont l’abattage a été fait un ou plusieurs jours avant la fête de Aïd El-Kébir. Il vaut mieux s’abstenir plutôt que de manger une viande dont j’ignore les circonstances d’abattage », se prononce-t-il. Toutefois Pepito estime qu’il est préférable de confier cette épineuse question aux exégèses pour savoir s’il est autorisé ou non l’abattage des moutons avant ou après la prière de Aïd El Kébir.

Décidés à respecter les règles de la religion, monsieur Kamara et son compagnon arrivent donc à Coulommiers pour acheter leur mouton vivant dans l’abattoir privé Saint Plantin bétail Viande Halal, et, détail important, assister à son abattage. « C’est moi qui doit prononcer la prière qui rend automatiquement mon offrande halal pour cette fête et non un Kafir ou un impur », affirme-t-il en souriant, comme pour se moquer des autres qui ne sont pas membres de sa religion.

Ce marabout refuse comme d’autres musulmans d’offrir à son Dieu le jour de cette fête une viande vendue par une organisation quelconque dont l’abattage a été fait quelques jours avant le déroulement de Aïd El-Kébir. Pour cela, il ne lésine pas. « Je suis fier de perdre entre 200 et 300 euros pour m’assurer que le mouton n’a pas été abattu avant la fête. Si l’on n’exige pas d’assister à l’abattage, on peut acheter un mouton entre 120 et 150 euros. Mais on n’égorge pas un mouton pour offrir tout simplement de la viande à sa famille. C’est un geste significatif qui existe depuis la nuit des temps si on en respecte les règles », soutient-il.

Ce marabout n’est pas le seul à montrer son indignation face à certains musulmans qui ont préféré acheter un mouton déjà égorgé et vendu à bas prix par des organisations qui ont peut-être pensé ainsi donner l’occasion à tout le monde de faire la fête.

Ils étaient nombreux à se déplacer à Coulommiers

Ce mardi 11 janvier 2006, les musulmans de Coulommiers et un nombre assez important de Paris ou de l’Ile-de-France prennent d’assaut les locaux de l’abattoir privé de cette banlieue parisienne. Ils sont très nombreux malgré le froid insupportable qui colle à la peau. Ils se bousculent même. Chacun veut occuper un bon rang pour être mieux servi. C’est tout de même surprenant de voir les hommes et les femmes se mélanger sur une même rangée pour obtenir de quoi offrir à son bon Dieu. Pourtant l’Islam n’oblige personne à le faire si on n’a pas de moyens. « Si on n’a pas les moyens d’offrir à Dieu, il faut s’abstenir », disait un membre de la grande mosquée de Paris à 24 heures de la fête.

Ce dignitaire à d’ailleurs confirmé que la viande des moutons dont l’abattage a été fait plusieurs jours avant le jour J et accessible à la bourse de beaucoup de familles n’est pas conseillée pour la fête, même si elle est censée être halal. « Il est question ici d’un respect des rites et non de la disponibilité de la viande », argumente-t-il. Il précise que l’initiative d’une chaîne de supermarchés d’Ile-de-France a provoqué un doute et une vive réaction chez les fidèles musulmans.

Trois jours de sacrifice

Cela paraît bizarre pour les uns et normal pour d’autres. Si au sud du Sahara, certains pays considèrent que seul le premier jour de la fête de l’Aïd El-Kébir est recommandé aux musulmans pour verser le sang des moutons comme offrande à leur Dieu, pour la plupart des autres croyants, c’est trois jours. « Si je n’ai pas la chance de trouver un mouton aujourd’hui et faire la fête avec mes enfants, mon épouse et mes voisins, je reviendrai soit le mercredi ou le jeudi. Tout dépend de mon fournisseur », déclare El-Ghandour, un père de famille, rencontré à la sortie des locaux de l’abattoir privé Saint Blandin Bétail Viande (SBBV).
Monsieur Kamara, pour sa part, pense de la même manière. « Je ne suis pas pressé. Je sais que j’ai trois jours de sacrifice. À quoi bon aller précipitamment si on n’a pas la chance de respecter les rites et de trouver le mouton qu’il faut. »

Après quelques minutes d’attente, Kamara le marabout et son compagnon rentrent bredouilles en espérant revenir le jeudi. Ils se consolent en disant que l’important n’est pas seulement de sacrifier un mouton, mais aussi de faire la fête en famille. Même si on n’a rien.

 










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