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Le Scoop d'Angers peint l'image de l'étranger dans les médias français

De notre envoyé spécial Léon Kharomon

Des médias représentatifs de la diversité en France, à l'image de sa population, c'est dans l'air du temps. Si tout le monde en parle, à commencer au sommet de l'Etat où Jacques Chirac, en personne, vient de demander aux patrons de l’audiovisuel de tenir compte de cette donne pour plus de crédibilité au sein des minorités, il reste que la presse elle-même n'a pas toujours l'occasion de s'exprimer sur ce sujet presque tabou.

Dans quelles conditions exerce-t-on le journalisme dans les pays dits à risques, quel regard les médias français portent-ils sur l'étranger, l'autre, les minorités… Quelles sont les chances pour ces minorités d'être représentées dans le paysage audio-visuel français ? Autant de questions abordées sur le thème « Médias et politiques migratoires », qui ont réuni autours de deux tables-rondes 18 intervenants (journalistes français et étrangers exilés en France, chercheurs et dirigeants associatifs). C'était à l’occasion du colloque organisé par France Terre d'Asile le 24 novembre dernier à Angers, dans le cadre du Festival International du Scoop qu' a abrité pour la 20e fois la capitale du Maine-et-Loire.
Morceaux choisis.

Olivier Jobard
Photographe-Journaliste
« J'ai découvert les Africains et les immigrés clandestins à la Maison d'Arrêt de Santé en 1994. L'immigration n'était pas aussi médiatisée. Les étrangers de France souffrent d'abord de la méconnaissance. On ne sait pas grand chose de leur culture, de ce qu'ils veulent, de leurs projets... pourquoi ils viennent en France. Et sur ce point, les médias ne font pas leur boulot. Il existe pourtant une mine d'informations dans les services administratifs qui s'occupent de l'immigration. Une sorte de pays souterrain que les médias n'exploitent pas parce qu'ils le jugent moins vendeur. Aujourd’hui, les journalistes rentrent dans une logique consumériste qui consiste à dire vite et pour peu de frais.

Henrick Lindell
Journaliste Témoignage Chrétien
« J'ai remarqué un silence quasi-total des médias sur la guerre civile au Congo-Brazzaville en 1997, en dépit des liens historiques et d'intérêt qu'entretient la France avec ce pays. Pour donner une autre image de l'Afrique dans les médias, je pense qu'il serait nécessaire d'envoyer de temps en temps des directeurs de rédaction ou des rédacteurs en chef, c'est-à-dire les responsables des médias, en séjour en Afrique pour bien s'imprégner des réalités de ce continent. En France, comme dans d'autres pays européens, il existe une sorte de suivisme des médias par rapport aux grands groupes tels que CNN, ou Al Jazira. Pire, les grandes chaînes de télé françaises, tout comme les grands journaux, se rangent trop facilement derrière les pouvoirs établis, de gauche ou de droite. Exemple : le traitement de l'affaire des deux jeunes morts à Clichy-Sous-Bois, qui a déclenché la crise des banlieues dans toute la France.

Gauthier Rybinski
Grand Reporter TF1
« Arrêtons cette sorte de strip-tease et d'auto-flagellation de la presse. Parlons plutôt de vrais problèmes qui se posent sur les médias et les politiques migratoires. »

Marie-France Malonga
Doctorante à l'institut Français de Presse, auteur
« A voir la représentativité quasi-nulle des minorités dans les médias, la France prouve qu'elle se conçoit encore comme une société exclusivement blanche. Les minorités, quand on en parle, sont cantonnées à 3 figures dominantes à la télé. C'est l'éternel étranger qui reste ancré à ses traditions et qui ne s'intègre pas à la société française. On mentionne toujours la nationalité d'origine des minorités, même quand ce n'est pas nécessaire. On les présente aussi comme des victimes du système, donc ayant besoin d'être toujours assistées. Très souvent, l'étranger, c'est le délinquant, l'élément perturbateur de l'ordre social. On le confine dans le continuum des représentations coloniales, concernant surtout les Africains, présentés comme de bons nègres, de gros enfants qu'il faut civiliser puisqu'ils sont des sauvageons. Les représentations sont souvent caricaturales parce que les journalistes ne sont pas eux-mêmes issus de ces minorités et pour la plupart n'ont jamais mis le pied dans les banlieues où vivent ces minorités. La question n'est pas d'occulter la réalité, mais d'informer avec objectivité en évitant la stigmatisation systématique de l'autre... En dernier ressort, je pense que c'est la société française qu'il faut aussi changer dans sa perception de l'étranger. Même si leur présence à la télé ou à la radio peut donner aux minorités le sentiment d'appartenir à la communauté nationale française.

Pierre Henry
Directeur Général de France Terre d'Asile
« Dès que l'on décortique ce thème d'immigration, on est en face de quelque chose d'extrêmement complexe. Mais j'ai envie de poser une question : Est-ce les médias qui sont les principaux véhicules de l'image de l'étranger ou est-ce l'opinion qui formate la vision véhiculée par les médias? Informer, est-ce que c'est analyser, ou c'est simplement donner l'image factuelle ? Quel rôle jouent les autres vecteurs de l'opinion publique, je pense aux partis politiques, aux institutions, dans la formation de l'idéologie dominante sur la perception de l'étranger? Je pense qu'aujourd'hui nous sommes dans un cycle récessif sur le droit et l'accueil de l'étranger comme la France en connaît depuis la 3e République et depuis l'apparition du Boulangisme, mouvement populiste surfant sur un certain nombre des peurs, et notamment la peur de l'étranger au début du XXe siècle. Je voudrais simplement vous donner quelques lignes de lecture d'un tract édité en 1903 et repris par un certain nombre de journaux par la Ligue de la Patrie française pour stigmatiser la barbarie italienne.
« On sait que sur 1,8 millions d’individus établis chez nous, 60 000 à peine vivent de leurs revenus, c'est-à-dire nous apportent de l'argent, les autres, plus de 1,7 millions, nous en prennent.."
Le problème du rejet de l'étranger ne date pas d'aujourd'hui. Plus proche de nous, on peut prendre la date de 1974. Après deux décennies de recrutement massif, vous vous souvenez des Trente Glorieuses, La France fait venir un certain nombre de personnes, d’hommes, de jeunes, non formés, costauds, dont on pense qu'ils n'ont pas vocation à s'intégrer ici. C'est un élément intéressant qui va nous faire entrer dans un cycle de xénophobie. Il y a une crispation de la société française autour de la notion d'identité. A l’Insee, même des personnes qui ont pris la nationalité française continuent d’être classées comme immigrées dans les statistiques.
On retrouve toujours les mêmes angoisses, les mêmes polémiques, les mêmes mensonges qui traversent les époques, avec toutes les instrumentalisations de cette question [Ndlr : question d'immigration]. Aujourd'hui on parle de règles restrictives au sujet du regroupement familial. Mais cela supposerait que les Français sachent aussi quelles sont ces règles qui ont déjà été durcies en 2003 par la loi Sarkozy en obligeant (aux étrangers) d'avoir un SMIC et au minimum 9 mètres carrés par personne dans la maison pour accueillir le membre de sa famille. »

Anne de Loisy
Journaliste et auteur de « Bienvenue en France »
« En 2003, seulement 3,8% des personnes qui demandent l'asile ont été autorisées à entrer sur le territoire. Il y a une sorte de roulette russe qui décide les personnes habilitées à demander l'asile en zone d'attente de Roissy. Ici, la plupart des policiers n'ont aucune connaissance des langues étrangères. L'OFPRA ( Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides) est soumis à des très fortes pressions du gouvernement pour reconnaître au strict minimum le statut de réfugié politique aux personnes qui le demandent.










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