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Deniau et Jobard donnent un visage aux migrants clandestins

De notre envoyé spécial à Angers Léon Kharomon

Des immigrés, tout le monde en parle. Surtout des clandestins. Quels visages portent ces hommes et femmes qui alimentent mythes et fantasmes dans le microcosme politique et dans la population française ? Comment arrivent-ils à passer les murs de la forteresse Europe pourtant imprenable ? Mais, surtout, quel est leur itinéraire ? Grégoire Deniau, grand reporter à France 2 et Olivier Jobard, photographe, sont partis à la rencontre de ces clandestins, héros malgré eux d'une tragédie dont ils ne mesurent pas toujours l'ampleur. Ils en ont tiré l'excellente « Traversée Clandestine », film documentaire aux multiples récompenses, dont le prix Albert Londres 2005.

Les deux journalistes ont expliqué aux festivaliers d'Angers les péripéties de cette aventure journalistique et les leçons tirées. On découvre un monde sans scrupules. Où l'homme n'a jamais été aussi loup pour l'homme. Des passeurs qui se nourrissent de la misère de milliers d'Africains pour leur faire traverser d'abord le Sahara, ensuite la mer, dans des conditions inimaginables Après avoir dépensé des sommes importantes, plusieurs candidats à ce type d'immigration sont abandonnés en plein désert, livrés à la faim et à la soif, comme dans une mort programmée par des passeurs qui n'hésitent pas à les humilier tout le long du voyage. Robinson Crusoe fait figure d'enfant à côté de ces héros sur lesquels repose l'espoir de nombreuses familles, parfois de tout un village. Ils savent ce qu’est l'impitoyable sélection naturelle.

Les plus forts restent et peuvent, avec des fortunes diverses, atteindre l'Europe, via les enclaves de Ceuta et de Melilia en Espagne. D'autres renoncent in extremis à l'aventure. Les moins chanceux sont tout simplement ensevelis pour l'éternité dans le sol sec et poussiéreux du Sahara, s'ils ne sont pas engloutis par les flots de la mer. Ici, il faut savoir nager. Car une barque sur deux, véritable escroquerie des passeurs, ne résiste pas aux puissantes vagues du Grand bleu.

La traversée clandestine de Grégoire Deniau et Olivier Jobart a failli, comme tant d'autres, tourner au drame. Première tentative : leur petite barque se renverse à trois cents mètres de la rive. Deux passagers, sur la trentaine entassée comme des sardines, n'ont pas réussi à remonter en surface. D'autres disparaissent avant qu'on retrouve leurs corps sans vie sur les plages espagnoles. Ceux-là auront atteint l'Europe, dans l'au-delà. Après avoir fui la misère du continent noir, leurs corps, ou ce qu’il en reste, viennent s’échouer ici en Espagne, sous un numéro, avec pour seul référence : « Non identificiente ». Mais il y a aussi ceux que la police espagnole se résout d'abattre sans autre forme de procès. Comme ceux qui ont défrayé la chronique en novembre dernier, en lançant des opérations commandos pour escalader les murs de barbelés de plus de 6 mètres de hauteur, érigés le long des enclaves espagnoles de Ceuta et de Melilia, aux frontières avec le Maroc.

Dans l'amphithéâtre de l'Ecole Nationale Supérieure des Arts et Métiers, la projection de « Traversée Clandestine » a laissé comme un goût de scepticisme auprès du public angevin. « Comment des images aussi choc pourraient être vraies sans qu'on y ait ajouté un peu de fiction ? », se demandait un participant. D'autres avaient du mal à réaliser que cela se passait en 2005, sur la planète Terre. Un participant a suggéré que l'heure était venue de soulever un vrai débat sur les causes réelles de la pauvreté dans le monde, au lieu de se contenter de l'humanitaire pour lequel on a longtemps sollicité le contribuable européen. Ce film prouve, si besoin en était, que l'instinct de survie des hommes et des femmes est un puissant moteur qui les pousse à braver tous les obstacles dressés face à l'eldorado rêvé.










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