 |
90 jours pour libérer la dame de Rangoon
Par Léon Kharomon
Elle s’appelle Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix en 1991. Depuis, elle passe sa vie entre les prisons birmanes et sa résidence où elle se trouve présentement assignée. Son tort : avoir été la première femme démocratiquement élue dans ce pays, la Birmanie, dirigée de main de fer par une junte militaire. Une vaste mobilisation est lancée en France pour obtenir sa libération au plus tard le 27 mai 2007.
C’est à cette date, en effet, que les chefs de la junte militaire ont promis de libérer Aung San Suu Kyi. Cette fois, espère t-on, devrait être la bonne. Mais tiendront-ils leur promesse ? Rien n’est moins sûr, car les principales puissances régionales que sont la Chine et l’Inde, qui pouvaient exercer une pression sur ce régime, développent plutôt ces dernières années des bonnes relations diplomatiques avec la Birmanie. C’est plutôt en Occident que peut se fonder l’espoir d’une éventuelle libération.
En France sa célèbre phrase "Usez de votre liberté pour promouvoir la nôtre" reste d’actualité et a trouvé un écho favorable auprès de Assk For Freedom. Cette association, coordonnée par Philippine Leroy-Beaulieu avec le soutien de la mairie de Paris, de Jane Birkin et du slameur Tismé a pour but d’exercer un maximum de pression sur la junte militaire birmane afin de la faire respecter sa promesse de libérer Aung le 27 mai prochain. Jour pour jour, cela devrait faire 90 jours depuis le lancement, le 26 février dernier, du compte à rebours. L’opération s’articule autour d’actions symboliques et concrètes en collaboration avec les associations préoccupées par les problèmes birmans.
Pas libre, si tu ne l’es pas
Cela consiste par exemple à convier les internautes à réaliser un film d’une minute sur le thème "je ne suis pas libre si tu ne l’es pas".Ces spots seront d’abord visibles sur Asskforfreedom.org, avant que le meilleur ne soit diffusé à la télé et dans des salles de cinéma.
En attendant, le public qui connaît la militante, l’héroïne, peut découvrir la face ordinaire de cette femme extraordinaire dans "Aung San Suu Kyi, le jasmin ou la lune", livre que vient de lui consacrer aux Thierry Falise, grand reporter belge qui couvre l’Asie du sud-est depuis 20 ans.
Cet ouvrage paru aux éditions Florent Massot, préfacé par Jane Birkin, est le fruit des entretiens clandestins qu’il a eus en Birmanie avec la prisonnière politique la plus célèbre du monde. Quant le prix Nobel fut décerné à Aung Saan Su Kyi en 1990, le monde eut l’impression que cette dame était sortie de nulle part. Dans ce livre, l’auteur raconte en vingt chapitres l’histoire humaine cachée derrière l’icône.
Les chanteurs et artistes musiciens français seront aussi mis à contribution pour booster la campagne. Ce, dès le printemps. Chansons ou concerts entiers seront sollicités par le comité de soutien. Sur ce plan, note t-on, les choses devraient bouger en France, car de grandes célébrités de la chanson anglo-saxonne comme Peter Gabriel, Paul Mc Cartney, Sting ou les Black Eyed Peas ne cessent de rappeler à travers leurs concerts la tragédie que vit cette femme politique.
"Que nos artistes la mettent à l’honneur serait une façon simple et symbolique pour nous Français de rendre hommage à la dame de Rangoon" pense Philippine Leroy Beaulieu.
Que le soleil se lève à l’Ouest
Toutes ces actions appuieront les démarches politiques entreprises par les gouvernements occidentaux pour obtenir la libération de la prisonnière. On croyait que l’ouverture de la Chine ou encore la démocratie indienne pouvaient faciliter les choses, mais c’était sans compter avec les intérêts géostratégiques de ces deux puissances régionales. "Les Chinois et les Indiens courtisent les Birmans pour avoir un accès au détroit de Malaca" a affirmé le 26 février dernier au CAPE, Bo La Thin, un membre du gouvernement birman en exil. Ils n’ont pas grand intérêt à parler avec la junte militaire birmane des sujets qui fâchent.
A propos de cette junte, les derniers échos apprennent que son chef est très malade, mais le régime n’est pas pour autant menacé d’implosion.
Le 26 février dernier au CAPE, à Radio France, où a été lancée la campagne de mobilisation, Jane Birkin a témoigné sur le courage de Aung Saan Su Kyi. "Cette femme est en danger. Elle est assignée dans une résidence dont le jardin est infesté des serpents. Elle refuse de voir un autre médecin que la sienne. Pourtant, quand je l’ai rencontrée", dit Jane, "elle n’a jamais parlé de sa propre liberté". La junte militaire voudrait s’en débarrasser en lui proposant un exil forcé. Aung refuse. Si exil elle devrait accepter, ce serait sous conditions. Lesquelles ?
Un exilé birman répond : "Auung exige la libération de tous les prisonniers politiques ; que la junte remette le pouvoir au gouvernement élu en 1990 ; qu’on lui donne 4 minutes pour parler à la radio avant de quitter son pays ; qu’on la laisse partir à pied de sa résidence jusqu’à l’aéroport de Rangoon". En d’autres termes, elle résiste et veut mener sa lutte pour la démocratie jusqu’au bout. Dans la droite lignée de son père qui fut un héros de l’indépendance de la Birmanie.
Devant autant de bravoure, Jane Birkin reste admirative : "Les gens cherchent des héros, j’en ai jamais vue une aussi courageuse", affirme t-elle. "Nous avons de la chance qu’elle ne soit pas déjà morte". C’est le même cri d’alarme que la chanteuse lance dans sa préface du livre dédié à l’héroïne : "Les nouvelles", écrit-elle, "sont de plus en plus préoccupantes. Elle n’a plus le droit de voir personne, elle a de moins en moins d’électricité, la nourriture pourrit au frigidaire, les serpents rampent dans son jardin. Son beau visage va être à sa mort sur des tee-shirts. De ça j’en suis sûre. Destin contre quoi je hurle.".

|
 |
|