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B I L L E T

Fleuriste de passage
Par Hacène Ouffar


Lorsque l’exil m’éloigne du journalisme que j’avais patiemment et passionnément exercé, je décrète, en mon for intérieur, qu’aucun autre métier ne pourrait m’en consoler. Aucun métier ne pouvait véritablement m’aider à faire le deuil de celui que j’avais égaré dans les profonds sillons d’une damnation que je croyais assouvie.

Pourtant, car il fallait bien survivre, je faisais indulgence à une brochette de fonctions à-même de me fournir quelque sérénité. Parmi elles, celle de « fleuriste » tenait une place privilégiée. Et comme par enchantement, une dame aux qualités avérées me propose de me « placer » dans son magasin situé dans un quartier huppé de Paris. Très vite je m’incruste, ravi, dans ce cadre floral. Très vite aussi j’acquiers les « principes élémentaires » du métier :
Du lever du jour à la tombée de la nuit, je « vole » de l’entretien à la manutention, en passant par la préparation et la disposition des fleurs et du lieu qui les abrite. Tout un programme ! Ainsi j’appris à achalander la devanture du magasin, à y disposer, en triangles, en ronds ou en carrés des azalées, des ficus, des jacinthes, des narcisses, des cactus etc.

L’intérieur, réservé aux fleurs coupées, bouquets et accessoires, est partagé par lots coloriés. Du blanc, du rouge, du jaune-orangé, du bleu-violet. Différents poèmes s’y côtoient : des hortensias, des roses, tulipes, des frésias, des orchidées etc. J’apprends à les abreuvoir, à les nourrir et à les soigner. Je m’éprends d’eux et, eux, je crois, se familiarisent avec moi ! Des clients entrent et ressortent. Ils apportent d’abord et emportent ensuite. Avec souvent de sincères sourires. Dans un coin, des perruches « chantent » à tue-tête de délicieuses symphonies. Une symbiose.

Hélas, mon collègue, tel une fausse note, est là ! Omnipotent. Incessant. Un petit homme, au petit visage, aux petits yeux et au petit cœur, occupe à lui seul tout l’espace. Vaniteux, égoïste, mesquin et prétentieux il remplit, profanateur, ce temple si parfaitement délicat. Qu’à cela ne tienne je pris mon mal en patience et je tente obstinément de le l’accorder par de subtiles flatteries et le simple respect. Mais en vain. Au contraire sa langue dardant de venin, et ses yeux giclant de haine présagent le pire, et pire encore ! C’est alors que le journaleux, qui n’est pas tout à fait défunt en moi, pare à l’insoutenable : il est inutile d’accepter d’inutiles humiliations.

Je reprends donc le chemin de l’errance. Dont acte ?










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