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Présentation au CAPE du livre "Ingrid Betancourt, femme courage !"
Eric Raynaud pointe du doigt le président Alvaro Uribe…
Par Léon Kharomon
A la veille du 7ème anniversaire de la captivité d'Ingrid Betancourt par les guérilleros des FARC, un journaliste dresse le portrait de cette femme et son parcours hors pair dans un livre qu'il qualifie de lutte pour éclairer le véritable enjeu de cette affaire et mettre le président Colombien devant ses responsabilités.
"Ce n'est plus qu'une question des jours !". C'est la phrase qu'on aura le plus entendue ces derniers temps. Même si Bernard Kouchner, ministre français des affaires étrangères, actuellement en tournée en Amérique latine, s'est gardé de citer son nom, prudence diplomatique oblige, l'opinion a tout de suite compris que, parlant de la libération dans les prochains jours d’un "parlementaire", Kouchner faisait allusion à Ingrid Betancourt.
Mercredi 20 février au Cape (Centre d'Accueil de la Presse Etrangère), à Paris, Eric Raynaud n'a pas affiché le même optimisme. Il appelle plutôt à la prudence. A la présentation de son livre "Ingrid Betancourt, femme courage !", une biographie de 341 pages, il affirme que "ce livre aurait dû être un ouvrage de joie. Je le considère aujourd’hui comme un ouvrage de lutte" affirme t-il. En effet,cet ouvrage édité par Alphée aurait dû paraître fin décembre, après la libération avortée d'Ingrid Betancourt.
Trois des otages, Carla Rojas, son fils Emmanuel, et la sénatrice colombienne Consuelo Gonzalez sont sortis de la jungle colombienne. Sans Ingrid. Sans celle qui incarne aujourd'hui l'enfer que vivent plus de 3.000 otages dans les zones sous contrôle des FARC. Ce rendez-vous manqué est resté en travers de la gorge d'Eric Raynaud. Il le dit sans ambages: "L'heure d'attaque est venue". Il n'est plus question de tourner autour du pot.
"Il faut mettre le président colombien Alvaro Uribe devant ses responsabilités".
Il estime que pour des raisons diplomatiques, Sarkozy, et certaines associations qui militent pour la libération d'Ingrid, se sentent obligées de ménager Alvaro Uribe.
Selon lui, le président colombien reste le principal obstacle à la libération d'Ingrid Betancourt. Preuve: Quand les FARC demandent une zone démilitarisée de 800 kms, "soit 0,8% du territoire corse", dit-il, Uribe en propose la moitié et en plus dans une région qui n'intéresse nullement les FARC. Fin 2007, les guérilleros étaient prêts pour libérer Ingrid et ses amies. Alvaro a failli tout faire capoter en menant une campagne de dénigrement systématique au même moment. N'eut été la persévérance du président vénézuélien Hugo Chavez, même Carla Rojas et Consuelo Gonzales n'auraient plus été libérées.
Très remonté, Eric Raynaud pense qu'il faut maintenant "trancher dans le vif".
En réalité, affirme t-il, "Uribe ne trouve aucun intérêt à voir les otages libérés. Au contraire, cela le conforte dans la campagne de dénigrement qu'il mène contre les Farc, présentés comme des vulgaires bandits ne vivant que de la rançon d'otages et du trafic de la cocaïne. Il est temps qu'il cesse de jouer au faux fuyant".
L'Oncle Sam
Mais jusqu'à quand Uribe pourrait-il continuer à jouer ce jeu ? Jusqu'au jour où il ne sera plus soutenu par les Américains. Ces derniers, ce n'est un secret pour personne, détiennent des intérêts économiques importants en Colombie, via leurs sociétés transnationales. La politique d'Uribe s'inscrit en droite ligne de celle de Andreas Pastranas, élu en 2000 , et qui avait, en cachette et au grand dam du parlement nouvellement élu, signé avec les Américains le fameux "Plan Colombie". Celui-ci consistait à rétablir par tous les moyens, et principalement par la force, la paix en Colombie avec le soutien du gouvernement américain. Ce dernier ayant fait de la lutte contre le trafic de la drogue sa priorité numéro un. Coût du soutien : 3 milliards de dollars Us qui devraient permettre à l'armée colombienne de se rééquiper et de se réorganiser afin d'en finir avec les guérilleros marxistes. Selon des sources, cet argent aura été largement détourné par des paramilitaires, dont certains, arrêtés aujourd'hui, menacent de dénoncer des complicités au haut sommet de l'Etat. En clair, Uribe et ses proches collaborateurs auraient non seulement tiré profit de cette manne militaire, mais, plus grave, ils sont eux-mêmes directement impliqués dans le trafic de la cocaïne, qu'il est supposé combattre.
Un rapport de la CIA, repris en annexe du livre d'Eric Raynaud cite Alvaro Uribe Velez, comme un des personnages clés du trafic de la cocaïne, à l'époque où il était encore sénateur. Dans ce même rapport, on lit aussi que son père, assassiné dans des conditions troubles, était étroitement lié au cartel de Medellin, le puissant lobby des trafiquants de drogue qui "arrosait" pratiquement toute l'Amérique latine…
La fille de sa mère
Dans "Ingrid Betancourt, femme courage !", Eric Raynaud revient sur le parcours atypique de cette femme extraordinaire, méconnue sur bien des plans, de son départ pour la Colombie, son engagement total en politique et de son statut d'otage majeur des guérilleros des FARC, en passant par ses études à Sciences Pô à Paris.
L'auteur y fait place aussi à tous ceux qui se battent pour la libération de la sénatrice otage. Au rangs desquels, ses proches parents et surtout sa fille, Mélanie, que l'auteur appelle " la fille de sa mère".
Pourquoi ? A cause de son franc parler et de son aisance devant les médias, surprenant pour une fille d'à peine 20 ans. Présente dans toutes les manifestations qu'organise le comité de soutien "Agir pour Ingrid", Mélanie s'est fait vraiment découvrir du public le jour où, invitée de Marc Olivier Fogiel avec son père, elle apostropha presque, les yeux dans les yeux, Dominique de Villepin, sur le plateau matinal de RTL. Le Premier ministre d'alors tente de réfuter l'inertie de la diplomatie française sur le dossier d'Ingrid Betancourt. La réponse de Mélanie est cinglante : "La détermination fait partie de votre ligne de conduite. Malheureusement, je ne trouve pas que vous ayez été déterminé par rapport à ce qui concerne ma mère. […] S'il y avait de la volonté politique, le président colombien Alvaro Uribe ne pourrait pas changer d'avis comme il change de chemise. Si on suit un peu l'actualité colombienne, on se rend compte qu'un jour le président dit qu'il est pour un accord humanitaire (échange des otages contre des rebelles emprisonnés, N.D.A.), et que le second il dit que non. Face à cette liberté qu'a le président de changer d'avis comme ça, de marcher sur les pieds du gouvernement français, je ne pense pas qu'on a été assez forts. Je pense que vous n'avez pas utilisé tous les moyens qui sont à votre disposition, notamment en demandant aux Etats-Unis de faire pression sur la Colombie".
Trois ans après, les lignes semblent avoir bougé. La manifestation de ce samedi 23 février sur le parvis de l'Hôtel de Ville, à l'appel du comité de soutien "Agir pour Ingrid" se tient au moment où, tous les observateurs notent que la France n'a jamais été en position aussi favorable pour obtenir la libération d'Ingrid Betancourt. Surtout depuis que le bouillant président vénézuélien Hugo Chavez se mêle de cette affaire.

"Ingrid Betancourt, femme courage !"
d’Eric Raynaud
éditions Alphée
341 pages
2008
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