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Massacres, pillages et viols de femmes à l’Est de la RDC
Le Congo mérite un tribunal pénal international
Par Léon Kharomon
Pourquoi le général Laurent Nkunda prétend-il vouloir défendre la communauté Tutsi du Congo, contre une menace dont il est le seul à justifier la réalité, sans que le gouvernement de Kinshasa ne puisse le confondre ? Que fait le gouvernement congolais pour démontrer à l’opinion internationale que le clivage Tutsi-Hutu est un problème rwando-rwandais dont la RDC paie, sur fond de pillage de ses ressources minières, un tribut injuste, de loin plus lourd que le génocide rwandais de 1994.
Massacres, pillages, viols et vols…trêve de condamnation, il est temps d’exiger des actions concrètes contre toutes ces violences faites sur les populations de l’est de la RDC.
"Désormais la justice, rien que la justice, doit passer" tonne Jean-Paul Mopo Kobanda, président de "Mémoires de victimes", une association qui s’associe à l’Apareco, Alliance des Patriotes pour la Refondation du Congo pour "mettre fin à l’impunité dans l’Est de la RDC".
Avec plus de 5 millions de morts, des déplacés par centaines des milliers, des viols à la chaîne, c’est depuis longtemps que le Kivu aurait dû être proclamé priorité nationale par le gouvernement. Mais Kinshasa qui a fini par déployer près de 15.000 hommes lourdement armés, semble encore à mille lieux du véritable champ de bataille du monde contemporain : la communication. A ce sujet, le gouvernement parait aphone.
Il y a deux semaines, au lendemain de la diffusion en France, à une heure de grande écoute, sur Arte, la chaine de télé franco allemande, d’un document poignant sur le drame que vivent au quotidien les populations du Kivu, de vives réactions ont été enregistrées dans les milieux politiques et associatifs parisiens. On se demande où est passé le gouvernement congolais pour "abandonner" autant de populations dans l’insécurité totale.
Comment Laurent Nkunda, le général dissident de l’armée congolaise, ouvertement soutenu par le Rwanda, peut-il continuer à narguer ouvertement le gouvernement, et défier les forces onusiennes ? Comment cet homme prétend-il vouloir défendre la communauté Tutsi du Congo, contre une menace dont il est le seul à justifier la réalité, sans que le gouvernement de Kinshasa ne puisse le confondre ? Que fait le gouvernement congolais pour démontrer à l’opinion internationale que le clivage Tutsi-Hutu est un problème rwando-rwandais dont la RDC paie un tribut injuste, de loin plus lourd que le génocide rwandais de 1994.
Or, par "le formidable" travail de sensibilisation et de communication du régime de Kigali, la seule mémoire qui vaille en occident à propos des Grands Lacs africains, est celle du génocide rwandais. Le drame qui se déroule en RDC, juste à côté, conséquence directe de ce génocide, n’émeut pas plus que deux larmes de crocodile dans l’opinion publique internationale. Un travail de sensibilisation à l’échelle mondiale fait cruellement défaut pour que le cri des Congolais soit entendu.
Anguille sous roche ?
Ce jeudi 11 novembre 2007 à Radio France, au Centre d'Accueil de la Presse Etrangère, Muderwa Kapita, membre de "Mémoires de victimes", revient sur un passage de ce reportage où un médecin congolais, opérant dans la zone de santé de Pangi, dans le sud-Kivu, visiblement dépassé par le nombre toujours croissant des femmes violées que l’hôpital n’est plus capable d’accueillir, se demande si "cette situation qui perdure depuis 10 ans n’est-elle pas organisée justement pour perdurer et profiter à certaines personnes".
Pour sa part, Candide Okeke, chargée des relations publiques de l’Apareco, enfonce le clou. "On ne peut comprendre qu’avec plus de 15.000 hommes, l’armée congolaise n’arrive pas à neutraliser ces bandes armées". Pour elle, visiblement, il y a anguille sous roche.
"C’est pourquoi", poursuit-elle, "nous allons interpeller le président Nicolas Sarkozy pour lui demander de venir en aide aux femmes victimes en RDC. Les mots que nous allons utiliser, ce sont des mots que la France nous a appris sur les droits de l’homme. Il y a des gens qui veulent disposer de l’espace vital en RDC et qui exterminent systématiquement les populations à l’Est du pays". Très remontée, Okeke dénonce les centaines des millions de dollars versés à la Monuc "qui ne fait rien et dont les militaires se livrent aussi à des viols et trafiquent les ressources minières du Kivu".
Le président de "Mémoires vives" ne croit pas en l’efficacité de la Cour Pénale Internationale s’agissant de la RDC.
"Depuis sa création, affirme Jean-Paul Mopo, la cour pénale n’a interpellé que deux personnes alors que plusieurs autres acteurs sont connus et régulièrement accusés par les populations locales". L’extermination de Congolais est sans doute un des rares crimes dans l’histoire qui se commettent au vu et au su de la communauté internationale. On peut y rencontrer les victimes, les bourreaux, les interviewer et diffuser les images sans que cela ne change la donne. Un crime contre l’humanité qui se banalise. Même les nazis, rapporte t-on, se cachaient parfois pour exécuter la sale besogne. Ce n’est qu’après la guerre qu’on a mesuré la gravité de leurs crimes.
Mais en RDC, 5 millions de morts et des milliers de femmes quotidiennement violées (10 au moins par jour, rien que dans le sud-Kivu), paraissent être des quantités négligeables. Selon Mopo, la création du TPI se justifie par ce que la compétence de la CPI ne concerne que les crimes commis depuis 2002. Or, les crimes en RDC sont perpétrés depuis 1996. "En outre", poursuit-il, "la RDC n’a pas ratifié toutes les conventions internationales en matière de viol. Les lois congolaises ne répondant pas au standard international, les personnes présumées coupables ne peuvent pas être valablement jugées en RDC".
TPI au lieu de CPI
Mais plus grave, selon toujours le président de "Memoires de Victimes", seuls les Etats ont compétence de saisir la CPI. Les victimes ne pourront jamais se constituer partie civile alors qu’elles ont subi des graves violations de droits de l’homme à titre individuel.
Même si l’Apareco parait être mal placée pour mener cette opération de sensibilisation, connaissant son hostilité ouverte et son activisme particulièrement agressif contre Joseph Kabila, le président congolais, force est de constater que le gouvernement congolais n’arrive pas à développer un discours cohérent susceptible de mobiliser la société civile occidentale, en faveur de la RDC. Le Rwanda, en la matière, qu’on le veuille ou pas, a une longueur d’avance et a su "capitaliser", sur le plan communicationnel, le génocide de 1994.
Cela est d’autant plus vrai que même la France, accusée à tort ou à raison d’avoir aidé les génocidaires, tente aujourd’hui de se rapprocher du Rwanda. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères, a promis d’y travailler à fond. Mais en RDC un stratégie communicationnelle globale tarde toujours à se mettre en place. Dans un monde dominé par l’image où l’affectif vaut autant que l’intellect, il ne suffit plus de faire savoir. Il faut savoir émouvoir. Ce, par une sensibilisation méthodique et permanente. "Occuper le terrain", comme on dit dans le jargon de la com'.
Même l’Expert indépendant sur la situation des droits de l’homme se doit de rappeler aux Congolais la gravité du drame du Kivu. Dans son rapport mensuel du mois d’octobre, il a déploré que dans le Nord-Kivu, les affrontements en cours impliquant les soldats pro-nkunda, étaient accompagnés de violences graves de droits de l’homme. Il a dénoncé le phénomène répandu des violences sexuelles et exhorté les autorités à accorder "une priorité spéciale à la prévention et à la lutte contre l’impunité".
Jean-Paul Mopo, président de "Mémoires de victimes", aux côtés de Celine Guyot (GISTI) et de Madame Yani ( Apareco)
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