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C H R O N I Q U E

Une photo de trop pour commencer
Par Léon Kharomon


Mercredi 1er décembre 2004 :
atelier de photographie avec Pierre le Masson sur le bon usage d'un appareil photo. Au menu : maîtrise du champ et de sa profondeur, du cadrage et d'autres petites astuces... Pour apprendre les techniques de base, les appareils argentiques (analogiques) sont recommandés. 10h30 : de la théorie, nous passons à la pratique. Il faut obtenir des images nettes, floues, et d'autres à optique mouvante. Terrain choisi : le Palais des Beaux-Arts. A l'intérieur, on se régale avec les belles sculptures qui ornent ce Palais où se tient au même moment l'exposition de l'architecte urbaniste Christian de Portzamparc. Je fais équipe avec Laurence, une collègue de 1ère année journalisme. Dix minutes après, on change de décor. Vient le tour des voitures comme images mouvantes. Elle prend avec le Canon une première série de photos alors que la batterie de l'appareil commence à poser quelques soucis. Quand vient mon tour, je dois faire très vite pour ne pas que nous nous retrouvions « Low Bat ». Un premier cliché, un deuxième et puis clic! La photo de trop. C'est une voiture qui est rentrée dans mon champ comme les deux autres. Sauf qu'elle est différente des autres par ses marques sur le flanc : Police. Je m'en aperçois quand elle s'arrête et que trois fonctionnaires en uniforme en descendent pour se diriger vers moi. « Monsieur, il est interdit de nous photographier. Vos papiers, s’il vous plaît », me demande l'un d'entre eux, particulièrement zélé. Je lui donne mon titre de séjour et ma carte d'étudiant. Il les retourne dans tous les sens avant de me demander de monter dans le véhicule. Laurence sent que l'affaire prend une autre tournure. Elle demande aux policiers de venir avec moi au commissariat. Refus catégorique des flics. Je la rassure et lui demande plutôt de rentrer à l'ESJ pour informer la direction des études.

Dans l'antichambre de la cellule. Cinq minutes plus tard, nous arrivons au commissariat. Avec mon appareil en bandoulière, je passe pour un paparazzi aux fausses allures d'étudiant. Au commissariat, la chef de poste me lance : « Et toi qu'est-ce que t'as encore fait ? », comme si elle me connaissait... Sur une étagère sont posées des chaussures, des ceintures et d'autres effets personnels de détenus. J'en serai sans doute le prochain. Je suis dans l'antichambre de la cellule. « On ne vous a jamais appris dans votre école qu'il est interdit de photographier des agents de police? », me demande un policier. « Non. Il y a une semaine, notre prof nous disait justement le contraire », répondis-je, « la loi autorise de photographier des policiers dès lors qu'ils sont en uniforme et dans l'exercice de leurs fonctions ». Ma réponse donnée en toute sérénité les surprend un peu. L’un d'entre eux me regarde dans les yeux, au moment où je vois arriver le commissaire qui sort de son bureau. « C'est toi Kharomon? », « Oui, c'est bien moi ». « Bon tu peux partir, tu es libre », me dit le commissaire, non sans préciser que des poursuites judiciaires seraient engagées contre moi, si jamais je publiais cette photo. Anne Bouchez, assistante à la direction des études de l'ESJ, a entre-temps appelé pour confirmer ma qualité d'étudiant. On me demande alors de passer au service informatique du commissariat : nom, prénom, adresse, et me voilà fiché à la police à cause d'un exercice d'école. Quinze minutes plus tard, je rejoins la promotion au labo-photo de l'ESJ où le prof leur explique comment se lave, se développe et s'imprime une photo.

Indignation. La nouvelle de mon « interpellation » a déjà fait le tour de l'école. Dix minutes plus tard, des étudiants étaient prêts à manifester devant le commissariat. La manif n'aura pas lieu, mais en lieu et place, Emile et Emilie, le chef de promo et son adjointe, décident d'adresser une lettre d'indignation au commissaire de police avec copies pour information au ministre de l'Intérieur et à la maire de Lille, Martine Aubry.
Alice, étudiante en première année, semble particulièrement choquée. C'est au pied des escaliers qu'elle m'accueille avec ses mots : « Je suis particulièrement indignée, je te présente mes excuses au nom de mon pays, la France », m'affirme t-elle. Cette marque de sympathie me va droit au cœur. Je la rassure que ça n'était pas aussi grave que ça. Moi, qui en ai vu des pires... dans mon propre pays. « On ne peut pas laisser ça comme ça », ajoute-elle. Ca n'a pas d'autre explication que du racisme. Pourquoi ont-ils refusé à Laurence de venir avec toi au commissariat ? ». Je ne prenais pas les choses sous cet aspect, mais après, j'ai réalisé que cette attitude des policiers à mon égard était quelque peu discriminatoire. Je ne voudrais pas en rajouter des couches sur cet incident sachant que j'ai été particulièrement bien reçu à l' ESJ. J'aurais dû sans doute commencer par la rentrée qui s'est plutôt déroulée sur une ambiance de fête.

L'année a démarré sur un ton plus agréable. 80 ans pour une institution, ça se fête. En cette occasion, le comité organisateur des festivités, piloté par Didier Eugène, un ancien de l’ESJ, a sorti le grand jeu : soirée dansante au Grand Mix à Tourcoing agrémentée par les Blaireaux et les Superflux, bal dansant et dîner à Roubaix après la visite du musée de la Piscine, témoignages d'anciens dont le doyen Monoyer.
Le clou des festivités restera sans doute le discours inaugural d'Abou Diouf, l'ancien président sénégalais, prononcé le vendredi 12 novembre à l'Hôtel de Ville de Lille. Du haut de ses deux mètres, le secrétaire général de l'Organisation internationale de la francophonie a publiquement affirmé que « l’ESJ est la plus grande école de journalisme d'Europe, et une des meilleures du Monde ». Des propos qu’Hervé Bourges a particulièrement appréciés. Figure emblématique du paysage audiovisuel français, il a raconté l'histoire de l’ESJ par des anecdotes personnelles sur fond d'émotion. Il a par ailleurs rappelé que l’ESJ a besoin d'argent pour être toujours à la pointe des nouvelles technologies de l'information.
Pierre Mauroy, ancien premier ministre, a tenu à rassurer le Comité de gestion de l’ESJ. « Cher Hervé, rassure toi, nous ferons toujours de notre mieux pour que l’ESJ puisse survivre, quelques soient les difficultés du moment. Nous sommes conscients de l'importance de cette école tant pour la France que pour l'Europe. »
On peut noter que Martine Aubry, maire de Lille qui accueillait ainsi tout ce beau monde, était particulièrement fière de l’ESJ. « Cette école est un patrimoine pour la Région Nord Pas de Calais, et nous en sommes particulièrement fiers », a-t-elle renchéri.















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