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La solitude de Denis Robert
Par Hacène Ouffar
Pourquoi les journalistes français, si prompts à soutenir leurs confrères étrangers, sujets à moult difficultés, rechignent-ils à apporter ouvertement leur soutien à Denis Robert ? Ou sinon, seraient-ils à ce point dignes ou à ce point lâches, pour admettre qu'un des leurs, sur leur propre sol, puisse susciter une telle indifférence ?
"Il faut leur poser la question" semblait me dire, par un long silence celui qui fût d'abord un brillant psycholinguiste avant d'être hameçonné par la presse.
D'ailleurs, avec un brin d'amertume, il dit regretter de ne pas se contenter "uniquement de la pêche" en littérature, sa plus grande passion. Un art, où l'on perçoit aussi une indéniable maîtrise, notamment dans son dernier roman "Le bonheur".
Bref, il répond donc aux appels du journalisme pour lequel il offre une bonne part de sa jeunesse. Surtout à Libération ou il signe une multitude d'enquêtes courageuses.
Pour autant, Denis Robert réfute, sans fausse modestie, le titre de "journaliste d'investigation" qui le poursuit justement après un chapelet des révélations. "C'est un pléonasme" assure-t-il en préférant sa formule de "travailleur explorateur".
Ironie du sort, c'est de cette "exploration" que découlent aujourd'hui ses fâcheuses péripéties.
Et ce dans plusieurs pays d'Europe où des institutions judiciaires le mettent en demeure de payer pour des délits que l'opinion et la corporation ont pourtant perçu comme des actes de bravoure.
L'exemple de l'affaire clearstream pour laquelle il est mis en examen pour "recel de vol et recel d'abus de confiance" lui reste en travers de la gorge.
Car même s'il reconnaît "la résistance comme première qualité du journaliste", il ne se voit pas non plus dans le rôle du rebelle- martyr que certains songent à lui attribuer, fustige-t-il, désabusé.
C'est pourquoi Denis Robert affirme "être prêt à négocier, pour ne plus écrire sur l'affaire en question".
Peut-être envisage- il de se cantonner à la littérature.
Ce qui ne déplairait pas non seulement amateurs des belles lettres mais aussi aux juges peu inspirés.
Ses romans :
"Chair Mathilde", Bernard Barrault, 1991
"Je ferai un malheur", Fayard, 1995
"Notre héros au travail", Fayard, 1997
"Tout va bien puisque nous sommes en vie", Stock, 1998
"Le bonheur", Les arènes, 2000
Ses essais :
"Pendant les affaires les affaires continuent", Stock, 1996
"La justice ou le chaos", Stock, 1996
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