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Le FMI et la Banque Mondiale face au tsunami de la faim

Par Léon Kharomon

Réunies en assemblées de Printemps du 12 au 13 avril à Washington, les deux institutions financières internationales sont prises de court par les émeutes de la faim qui secouent la planète et demandent aux pays donateurs plus de générosité pour les pays du Sud. Mais le système ultra-libéral qu’ils ne cessent de promouvoir dans ces pays depuis plus vingt ans est vivement critiqué et doit être remis en cause.

"Nous devons donner de l’argent, maintenant, à ceux dont nous parlons tellement, de manière à mettre de la nourriture dans la bouche de ceux qui ont faim". Ce ne sont pas les propos d’un syndicaliste ou d’un alter mondialiste en mal de combat médiatique. C’est Robert Zoelick, président de la Banque mondiale en personne qui s’exprime ainsi à l’intention de tous les pays donateurs. C'est-à-dire ceux qui, en 2000, avaient accepté de financer les Objectifs du Développement du millénaire. Ces ODM prévoyaient de réduire de moitié la pauvreté d’ici 2015.

Mais à mi-chemin, Augustin Carstens, président du comité de développement chargé du suivi et de l’évaluation dresse un bilan peu encourageant : "de nombreux retards ont été pris sur le développement humanitaire et notamment sur la santé des mères et des enfants […] La plupart des pays d’Afrique sub-saharienne ne seront pas en mesure d’atteindre ces objectifs", affirme t-il. Un constat d’échec qui démontre les limites d’un programme d’urgence aux ambitions démesurées par rapport aux moyens dont il pouvait disposer.

Au moment où, à Haïti, au Cameroun, en Côte-d’Ivoire, au Sénégal… les émeutes de la faim se multiplient et se ressemblent, les effets d’annonce ne suffisent plus à masquer la dure et triste réalité des relations Nord-Sud.
Des relations empreintes des stigmates de la colonisation que plus d’un observateur ont dénoncées. Un plan néo-colonial, plus fin, plus subtil, déshumanisé, agissant à distance à travers des puissants instruments juridiques et financiers internationaux concoctés par les mêmes puissances colonisatrices.

Dans le marasme économique qui frappe les pays du Sud, l’Occident s’est longtemps donné bonne conscience en faisant porter les responsabilités du fiasco aux dirigeants corrompus. Pourtant, en 2007, le Secrétariat général des Nations-Unies, faisant le point sur les objectifs du millénaire pour le développement, a clairement reconnu qu’ "en dépit d’avancées majeures dans plusieurs domaines et bien que la réalisation de ces objectifs reste possible dans la plupart des pays africains, même les pays les mieux gouvernés n’ont pas réussi à faire des progrès pour réduire la pauvreté sous ses multiples formes".

Un système vicieux

Qu’est-ce qui explique alors tant de pauvreté en dépit de tous les "efforts" ? Et si l’explication est à trouver dans le système même qui régente les relations Nord-Sud ?

Dans le même rapport des Nations Unies sur les Objectifs du millénaire (ODM), on constate que ces dix dernières années, le taux de croissance de beaucoup de pays africains dépasse 5 %. Ce, grâce à l’augmentation du prix des matières premières, à l’émergence de politiques de gestion rigoureuses et à la réduction du nombre des conflits sur le continent. Il reste que "ce continent souffre d’un manque d’investissement public dans l’agriculture, la santé, l’éducation et les infrastructures nécessaires pour renforcer les capacités en matière d’échanges commerciaux, maintenir un taux de croissance élevé et créer des emplois". Le malaise social que vient aggraver la flambée des prix produits alimentaires risque d’annihiler tous les efforts consentis ces dix dernières années.

Mais, pourquoi l’Afrique en est arrivée à sacrifier des secteurs aussi vitaux comme l’Agriculture, la santé et l’éducation ?.

Ajustement structurel anti-social

Tout remonte aux années 60, c’est-à-dire après l’accession de l’Afrique à l’indépendance. Selon les puissances coloniales, l’Afrique s’est émancipée un peu "trop vite" de sa tutelle politique. Ce que l’occident avait perdu par le politique, il devait le récupérer par l’économique. Et de quelle façon ? Pour la France, ca a été et c’est encore aujourd’hui la fameuse communauté française d’Afrique qui a engendré le franc CFA.: une monnaie africaine dont les réserves sont totalement gérées par la Banque de France qui en décide la dévaluation quand elle veut et comme elle veut. Pour la Grande Bretagne, c’est le Commonwealth qui fait le boulot : maintenir l’allégeance des pays africains et d’autres anciennes colonies anglaises à la cour britannique.

L’absurdité de ces deux "communautés" d’intérêt, c’est que les pays africains et autres anciennes colonies ont hérité des dettes contractées par les anciennes puissances colonisatrices. Ajoutées à leurs propres besoins de souveraineté et de développement, ils se sont vu contraints de s’endetter auprès d’organismes bilatéraux et multilatéraux. Parmi ces derniers, la Banque Mondiale et son corollaire, le FMI.

Vers la fin des années 70, la plupart d’entre eux se retrouvent dans l’incapacité de rembourser des dettes pour des raisons, certes de corruption (souvent organisée avec des banques du Nord) , de conflits armés et d’autres facteurs naturels comme la sécheresse, mais aussi et surtout à cause des taux très élevés de ces dettes. On constatait déjà qu’un dollar prêté à l’Afrique rapportait 4 fois plus aux créanciers. Pour accélérer le remboursement de cette dette et relancer les économies africaines, le FMI et la BM vont alors imposer aux gouvernements de pays du Sud, les plans d’ajustement structurel, les fameux PAS totalement inspirés du mouvement néo-libéral.

Les labo grandeur nature explosent

L’Afrique et quelques pays d’Amérique latine sont ainsi devenus des laboratoires grandeur nature d’une politique économique que l’Europe elle-même redoute encore jusqu’aujourd’hui. Et pour cause. Dans un communiqué de presse daté du 14 avril, le comité pour l’annulation de la dette du Tiers-monde, CADTM, basé en France, rappelle encore les mesures anti-sociales imposées à travers l’ajustement structurel par la BM et le FMI.

Ces deux institutions, lit- on, ont "contraint les pays du sud au début des années 80 à adopter des politiques qui se sont révélées dramatiques sur de nombreux plans : réduction de surfaces destinées aux cultures vivrières et spécialisation dans un ou deux produits d’exportation, fin des systèmes de stabilisation des prix, abandon de l’autosuffisance en céréales, fragilisation des économies par une extrême dépendance aux évolutions des marchés mondiaux, forte réduction des budgets sociaux, suppression de subventions aux produits de base, ouverture des marchés et mise en concurrence déloyale des petits producteurs avec des sociétés transnationales…"

« Aujourd’hui », poursuit le CADTM, "les populations du Sud paient le prix fort. La question de la responsabilité du G8, du FMI et de la Banque mondiale doit être posée de manière claire et ces institutions doivent rendre comptes de leurs agissements depuis 20 ans".

 


 

 

 

 

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