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"Birmanie, rêves sous surveillance", un festival pour espérer encore

Par Lisa Tormena

Le festival

Alors que l’actualité birmane fait la une des medias internationaux à cause du terrible cyclone qui a gravement dévasté le sud du Pays, la catastrophe ne pouvait qu’influencer le Festival "Birmanie, rêves sous surveillance", deux jours d’expositions, de performances, d’installations et de films dédiés à la Birmanie et aux birmans qui luttent contre le régime militaire. Les performances de Htein Lin (artiste birman connu au niveau international et ancien prisonnier politique vivant à Londres) et par le collectif GD, ainsi d'ailleurs que les installations, ont été en grande partie consacrées à la mémoire des dizaines de milliers des birmans (sinon plus de 100.000) décédés après le passage du cyclone Nargis.

C’est le vernissage de "Birmanie, rêves sous surveillance", exposition de photos de Manon Ott et Grégory Cohen, qui a ouvert le Festival, mercredi 7 mai. Tout autour, il y avait des installations pour rappeler la catastrophe qui venait d’arriver. Chaque jour, des débats animés ont suivi toutes les activités organisées, les films en particulier. D’un côté "Yu", film documentaire de Manon Ott, raconte avec tact l’histoire d’une jeune fille d’origine birmane, qui est arrivé en France à la recherche d’une vie meilleure.

De l’autre côté, "Petits aménagements avec l’Occident", film documentaire de Grégory Cohen, confronte deux cultures différentes, celle française et celle bouddhiste, en nous faisant voir le quotidien d’U Kumara, moine bouddhiste qui a du quitter la Birmanie pour la France. Les personnages des films ont participé à la discussion qui a suivi, focalisée sur leurs difficultés avec la culture et la langue française, mais surtout sur la dramatique situation de contrôle, de censure et de peur que les Birmans vivent chaque jour dans leur pays.

C’était une performance passionnante qui a le plus touché les visiteurs. Htein Lin, habillé en toge orange, les a invité à gonfler des gants noir et à les accrocher à sa robe en signe de solidarité avec le peuple birman, obligé à une peur quotidienne par la dictature et aujourd’hui frappé par une épouvantable catastrophe naturelle. Ce n’est pas facile de décrire les émotions qui ont traversé les participants qui ont soufflé dans les gants. Un simple geste plein de valeur comme toutes les performances de l’artiste birman, concentrées sur le rouge, la couleur du sang et de la rage, sur la lenteur des mouvements et sur les litanies birmanes.

"Rêves sous surveillance" : un livre pour faire découvrir un pays mal connu

Réalisé pendant cinq ans de travail et de voyages, "Birmanie, rêves sous surveillance" est surtout le résultat d’un projet né en 2003 qui ne s’arrête pas avec la publication du livre qui porte le même nom (Editions Autrement). L’œuvre, 176 pages des photos, illustrations et témoignages, nous raconte la Birmanie à travers des images touchantes en noir et blanc, des collages en quadrichromie de Mathieu Flammarion et les histoire des intellectuels, des artistes, des écrivains censurés et des personnes ordinaires qui font face depuis vingt ans à un régime qui ressemble à celui du roman "1984" de George Orwell, comme les deux photographes, Manon Ott et Grégory Cohen, le rappellent. Le livre, comme un parcours visuel qui devient un parcours de l’âme, est découpé en quatre chapitres : People’s desire ; Histoires de résistance ; Entre survie et guérilla ; Zone frontière.

Le cyclone destructeur

Vendredi 2 et samedi 3 mai passés, l’enfer s’est invité en Birmanie par l'intermédiaire du cyclone Nargis. Selon le dernier bilan officiel du gouvernement, il y aurait 22.000 victimes et 41.000 disparus, mais les ONG parlent de 100.000 morts et de millions de sans abri. "The New light of Myanmar", le journal officiel du régime birman, vendredi dernier, a parlé du cyclone qui était sur le point d'arriver, mais seulement après douze pages dédiées au pourquoi voter oui au referendum du 10 mai pour la constitution, et aux visites officielles des représentants militaires.

Than Win Htut, journaliste birman en exil en France, raconte : "Ils ont dit de faire attention au cyclone, d’être prudent, mais rien d’autre. Ils n’ont pas dit comment se protéger et se sauver. L’article se termine avec un rappel au calme et après, vous savez ce qui s’est passé". Son sourire est amer. Il ne sait encore rien de sa famille parce que beaucoup de lignes téléphoniques ont été détruites après le passage du cyclone, mais il est convaincu que ses parents se portent bien parce qu’ils habitent à Rangoon, moins touchée par la catastrophe qui a balayé le sud de la Birmanie. "Je me sens fautif parce que je suis ici et je voudrais faire quelque chose". Son histoire, sa voix libre, est déjà un petit pas pour initier un changement.

Le projet et le Festival ont été organisés grâce a "Les yeux dans le monde", association née en 2003 et porteuse du projet. Les partenaires associatifs sont Amnesty International France, Info Birmanie, Reporters sans frontières, et la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme.

 

 

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