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Le Festival au Féminin a rendu hommage à la création féminine

Par Hacène Ouffar

Le quartier de la Goutte d’or a abrité la 3ème édition du "Festival au féminin". Du 1er au 8 mars, diverses manifestations y ont été organisées en hommage aux femmes du bassin méditerranéen connues et reconnues comme les gardiennes des cultures.

L’écho est de visu favorable puisque dès l’ouverture, le petit théâtre du Lavoir Parisien, où se sont déroulées les principales festivités, est assailli par la foule. A 20h00 sonnantes et sur deux niveaux, il est déjà plein comme un œuf. Dans le hall, les membres de la compagnie "Graines de soleil", un des partenaires de l’évènement, exultent. Ils s’affairent à recevoir invités et participants. Sollicités pour donner en primeur leurs appréciations, Khalid Tamer, Katell Ano, et Claire Legoff, respectivement directeur de la compagnie, attachée d’administration, et coordinatrice, arborent simplement mais aussi visiblement un palpable débordement.

Un peu à l’écart, la représentante de la compagnie franco-napolitaine "Les estropiés", distribue sur commande des vers de Paul Eluard, Jacques Prévert, Arthur Rimbaud… En effet de manière curieuse et très originale, "la demoiselle serveuse de poèmes" susurre des vers à l’oreille des intéressés sous une espèce de parasol "intimisé" par des étoffes noires. On y entre comme sous les jupons ! Et le résultat est sans ambages : des frissons répondent aux "soliloques" d’Henri Michaux…

L’émotion ne s’atténue qu’au 1er étage, où "pendent" sur les murs des visages africains auxquels s’agglutinent des gourmets de cet art. Aux gourmands, l’artiste "vernissé", Christian Sabas, offre une collation sucrée-salée et surtout arrosée de cidre et de vins… David, son acolyte, trimballe, lui, ses "œuvres psychédéliques" reproduites en photos dans un banal classeur qu’il commente inlassablement dans la langue des académiciens. Sa verve est telle qu’on peut aisément s’y oublier. Mais un appel sonorisé est diffusé pour inviter la foule à s’introduire, au coude à coude, dans le modeste amphithéâtre où les éléments de la compagnie Syala cette fois achevaient les derniers réglages de leur spectacle :

"Touchée par l’œuvre des tisseuses berbères du Maroc" rencontrées dans les coulisses d’une exposition à Bruxelles, l’Italienne Emmanuella Nelli leur dédie une pièce chorégraphique et musicale fort émouvante. Les mettant en scène dans un décor austère (un métier à tisser dans un coin et une cithare dans un autre), la femme araignée déambule entre tradition et modernité. Un fond sonore élaboré par le Breton Alain Mahé enrobe cette scénographie qui mêle spirales, nœuds, tracés… Le tout, aux dires de quelques initiés, offre un spectacle de haute volée. C’est une "belle alliance du passé et de la recherche contemporaine", assure ce franco-maroco-polonais Samuel Favant Mikcha.

Dans la foulée, le second volet revient au collectif Sumo, dont les danseuses, toutes européennes et sous la houlette d’Alexia Martin, exécutent à la perfection des danses ghawazee d’Egypte et du Soudan. Puis un orchestre oriental mixant le luth (Oud), le violon, le tbel, le duff, le gumbri, la ghaita, le derbuca… enflamme la salle dans un bal dégoulinant de sensualité sorti droit des Milles et une nuits.

A mi-chemin du festival, ce sont les "Dames de cœur" de la compagnie Lmno qui, en plein air, dans un square du quartier, invoquent ces femmes "investies par le cœur dans leur parcours de séduction, de combat et de misère". En marionnettes de théâtre itinérant, les complices de Corinne Barbara et d’Armel Berengier questionnent par le biais de textes des figures féminines qui ont marqué leur époque.

Intra muros, le soir, c’est au tour de Saliha Bachiri de subjuguer un public insatiable de découvertes et de surprises. En s’immergeant dans l’ethnologie, cette chorégraphie donne résolument un autre cours à la danse kabyle. En pionnière, elle l’aide dans sa mutation à la "construction scénographique et corporelle". Le comédien Nabil Bengasmia, lui-même kabyle, confirme la "révolution" que veut enclencher Saliha dans ce folklore ancestral.
D’où l’intérêt de la télévision communautaire berbère présente (Brtv) d'immortaliser ce moment.

Les media justement, hormis quelques-uns tels Rfi, Le Monde, Direct 8, ont remarquablement fait défaut. Ainsi ils omettent de relayer des messages… émis d’Espagne, d’Italie, de Turquie, de Palestine, d’Israël, d’Egypte, de Tunisie, d’Algérie, du Maroc et… de France. Et c’est de France que viennent ces danseurs de Hip-Hop en charge de clôturer, en cette date symbolique du 8 mars, ce jeune festival marqué par le cinéma, le théâtre, la musique, la danse, les débats et les rencontres. Ces arts lui donnent déjà toute la maturité pour esquisser un programme plus grandiose dans les éditions à venir, que Khalid Tamer promet, signe des temps, de confier à… une femme.










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