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Un festival franco-arabe
Quand la poésie agite les espérances
Par Youcef Zirem
Vu du 9ème étage de l'Institut du monde arabe, Paris semble rêveur: il veut encore plus d'histoires d'amour, il demeure insatiable de poésie... Pourtant toute la cité n'est que poésie depuis des lustres... Mais la poésie est un éternel recommencement... Ce festival de la poésie franco-arabe qu'abrite l'Institut du monde arabe continue ses quêtes multiples de la création magique... Et ce mercredi 11 mai 2006, on a entendu des poèmes, des mots captivants, dits en français et en arabe.
Présent sur les lieux, Mahmoud Darwich a tenu à s'asseoir aux derniers rangs de l'assistance pour se rappeler ses années d'enfance... On a écouté de nombreux poètes venus d'horizons divers, accompagnés de bonne musique à travers les sons doux d'une guitare voyageuse... Mysticismes et troubles parsèment les tentatives poétiques de nombreux artistes... Tunisien, parfait bilingue, Tahar Bekri raconte l'Afghanistan et dit la souffrance du monde contemporain. Du Liban, Paul Chaoul décrit un malaise... Jean-Baptiste Para, de l'excellente revue Europe, rend hommage à Rosa Luxembourg, emprisonnée à cause de son pacifisme.
Juliana arrive de Colombie, elle écoute ces mélodies de la parole et apprécie. L'assistance aussi, qui ne se gêne pas d'applaudir à la moindre occasion. Baha Jahine vient des rives du Nil et dit ses poèmes de manière théâtrale, le public est emporté par sa verve... "Je ne bois pas de vin... non par abstinence ni par obéissance. Mais parce que mon sang est vin exquis. J'ai cru que ma tombe est mon paradis. Mais j'ai constaté que je suis le paradis de ma tombe. J'en n'ouvre la porte, ni la ferme. Je la laisse entrouverte. Pour laisser entrer ma bien aimée", dit le poète.
Il y a des ambassadeurs aux premiers rangs mais la poésie supprime les rangs... La poésie est ce vaste territoire du bonheur qui se fout éperdument des conventions et des convenances... "Il s'agenouilla sur son corps, comme un léopard, colla son oreille à son ventre, comme un voleur, il la fit lui-même accoucher, pour voir, s'abreuver la chamelle de Dieu, en me retirant, il ignorait, que j'attendais, l'agenouillé et le guetteur", dit avec sérénité Helmy Salem. A bien des égards, l'assistance nombreuse qui est venue au 9ème étage de l'Institut du monde arabe n'a pas été déçue. Bien au contraire. Les amateurs de mots bien ficelés ont passé un moment agréable. Un moment que seul l'Art peut parfois amadouer et rendre magique et infini dans un monde pourtant si rempli de tourmentes... "L'enfant grimpe sur un grand arbre de vent. Un arbre dont il a oublié de mesurer les tristesses. Il grimpe, grimpe et chaque fois qu'il grimpe les feuilles tombent de ses yeux", nous dit Paul Chaoul.
"Une occasion pourrait se présenter, tu oublieras la brûlure du miel ancien. Tu pourrais sans le savoir, être amoureux, d'une jeune fille qui t'aime ou ne t'aime pas, sans savoir pourquoi elle t'aime ou elle ne t'aime pas", écrit le grand poète palestinien Mahmoud Darwich. Mais l'essentiel n'est-il pas d'aimer tout simplement ?
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