 |
Firmin Luemba raconte la saga de Papa Wemba
Par Léon Kharomon
Silhouette mince, plutôt élancée, chemise à carreaux enfilée dans un blue jean sur des baskets, Firmin Luemba ajoute à son accoutrement, au propre, une casquette. Mais au figuré, cet homme aime en porter plusieurs : écrivain, journaliste, poète, essayiste, attaché de presse, parolier… autant de marques qui trouvent leur dénominateur commun dans sa passion pour l’écriture. Lundi 16 janvier, au centre d’animation culturelle Vercingétorix, Paris 14e, il a organisé une séance de lecture publique pour son livre Papa Wemba et nous, paru aux éditions Klanba.
Comme son auteur, le livre est atypique, pour ne pas dire inclassable. « Il s’agit d’une biographie décalée » affirme t-il, laissant planer un doute sur le genre de son œuvre. Après la lecture des morceaux choisis par lui, on retient l’histoire de sa rencontre avec Papa Wemba, le même, « chanteur congolais, mondialement connu, personnage controversé, mythique et au centre de la société musicale de tout un continent ».
Comme un journal intime
Firmin laisse libre cours à ses souvenirs d’enfance. Comme ce jour de 1977, encore môme, où il reçut de Papa Wemba une boisson gazeuse. C’était au cours d’une séance de répétition de Viva La Musica, le groupe fraîchement créé par Papa Wemba, et dont le premier album cartonnait dans tout Kinshasa. Depuis toutes les péripéties qui ont émaillé sa carrière ont été soigneusement notées par Firmin. A l’instar de toute une génération de Congolais, dont l’enfance et l’adolescence restent fortement imprégnées de l’image de Papa Wemba, il rapporte sans doute le contenu d’un journal intime d’où se dégage une certaine innocence naïve de l’enfance. Le début de carrière de Papa Wemba, son irrésistible ascension sur la scène musicale congolaise, le lancement du fameux mouvement de la Sape (Société des ambianceurs et des personnes élégantes), sa carrière internationale via la France et son triomphe au Japon, plus précisément dans la ville d’Osaka où des jeunes Japonais ont créé début des années 90, « des Viva La Musica » locaux en vouant un culte à la personne de Papa Wemba… Firmin écrit et lit tous ces hauts faits avec une jubilation que trahit le scintillement de ses yeux. Il a l’impression que parfois sa vie s’est confondue avec la carrière musicale de Papa Wemba.
C’est ici que des critiques lui reprocheraient de ne pas avoir pris de recul par rapport au personnage du livre, de s’être laissé submergé par son aura, de ne pas s’en être démarqué pour ne pas laisser les lecteurs douter de son objectivité. Comment Firmin peut-il échapper à cette critique dès lors qu’il manifeste toute sa sympathie à Papa Wemba dans l’affaire qui a défrayé la chronique parisienne automne 2003 ? L’artiste congolais, on se souvient, venait d’être condamné par le tribunal de grande Instance de Bobigny pour trafic illégal de visas français. Selon le tribunal, Papa Wemba aurait vendu à ces compatriotes congolais des visas, les faisant passer pour des artistes de son groupe pour son concert au palais omnisport Bercy. C’est dans les moindres détails que Firmin raconte l’audience surchauffée à Bobigny, donne la composition des membres du tribunal et décrit la forte affluence des fanatiques de Papa Wemba réclamant sa libération. Le verdict fut sans appel. Papa Wemba fut écroué à Fleury Merogis, là même prison où, dix ans plutôt, il était allé chanter bénévolement pour les détenus, écrit Firmin. Pour lire ce « douloureux chapitre de son livre », Firmin a allumé une bougie rouge devant les regards un peu médusés des spectateurs. Quelle symbolique voulait-il exprimer par cette flamme rouge ? Tristesse ou romance ? Il n’est pas toujours facile de pénétrer l’âme du poète…
Le phénix renaît de ses cendres
Ce n’était pas la première fois que Papa Wemba affrontait une épreuve. On se souvient de 1982, quand les membres les plus influents de son groupe Viva La Musica avaient claqué la porte pour créer le Victoria Eleison. Trois ans plus tard, les rumeurs les plus folles le donnaient pour mort pendant sa première tournée européenne en France. « L’idole des jeunes » a toujours su rebondir. Renaissant comme un phénix de ses cendres. Il sait s’adapter à toutes les générations. C’est sans doute le secret de sa longévité sur la scène musicale dans un pays, la RDC, où la concurrence est des plus féroces. Mais, cette fois, le séjour carcéral à Fleury Mérogis aura marqué un tournant dans la vie de l’artiste. Papa Wemba, écrit Firmin, a décidé de tracer une nouvelle ligne de conduite pour sa carrière. Désormais, il mettra son image au profit des causes humanitaires et de recherches de la paix. Ambassadeur de la Croix Rouge internationale fin des années 90, Papa Wemba avait déjà joué ce rôle aux côtés des artistes comme Youssou N’dour, Lucky Dube, Lourdes Vandunen, etc.
|
|