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Darfour : silence, on génocide !
Par Léon Kharomon
Massacres, tueries ciblées et systématiques à grande échelle, viol et pillages, les mots ne seront pas assez forts pour décrire la tragédie que vivent les populations soudanaises du Darfour depuis quatre ans. Alors qu’elle commence à sortir de la léthargie pour trouver des solutions durables à ce conflit, la communauté internationale est interpellée pour avoir laissé se perpétrer un génocide. Un de trop.
Plus de 200.000 morts, 2,5 millions de réfugiés dont 65 % n’ont pas accès à l’aide humanitaire. C’est le drame que va tenter d’expliquer le mardi 16 janvier au CAPE ( Centre d’accueil de la presse étrangère) Abdelwahid Ahmed Al-Nour, président du Mouvement de libération du Soudan.
Ce parti qui se présente comme la plus importante organisation d’opposition soudanaise, "condamne le silence de l’opinion internationale face au génocide en cours au Darfour".
Le mot est lâché, sans ambages, et au regard de l’ampleur du drame, ne devrait souffrir
d’aucune contestation sémantique. C’est ce qui explique le sursaut de l’Organisation des Nations Unies, dont le nouveau secrétaire général, le sud-Coréen Ban Kin-Moon promet de faire du Darfour une priorité de son mandat.
Par ailleurs, on constate que, depuis l’intervention de la chasse américaine en Somalie, où elle a bombardé les dernières poches de résistance de rebelles islamistes, accusés d’alliance avec Al Qaîda, le gouvernement soudanais montre des signes d’ouverture pour l’envoi d’une force de paix internationale au Darfour.
Khartoum est conscient que le conflit a pris une nouvelle tournure avec l’intervention directe des Etats-Unis dans la corne de l’Afrique.
Moustafa Osman Ismaïl, conseiller spécial du président soudanais, venait d’affirmer lundi dernier que les autorités soudanaises pourraient accepter le déploiement de Casques bleus non- africains au Darfour. On rappelle que 7.000 "casques verts", des troupes levées par l’Union africaine, insuffisamment équipées, tentent de protéger les populations civiles du Darfour prises entre les feux des rebelles et les massacres répétés des milices Janjawid. Ces dernières, secret de polichinelle, sont équipées et soutenues directement par le régime de Khartoum.
Si par le passé, la famine expliquait les différents conflits entre les tribus du Sud Soudan, aujourd’hui la quête de nourriture est loin de constituer un enjeu de guerre.
Comme le constate Marc Lavergne, spécialiste du Soudan au Cnrs dans Afrik.com : "Les attaques n’ont plus rien à voir avec les razzias traditionnelles, car les Janjawid mettent le feu aux champs et tuent le cheptel. Ce qui signifie qu’ils ne sont absolument pas là pour les vivres".
Les Janjawid sont instrumentalisés par le régime soudanais qui veut renforcer son influence au sud du pays où des terres fertiles et d’importants gisements pétroliers intéressent les investisseurs du Golfe et des Emirats arabes.
Khartoum a toujours combattu les velléités indépendantistees des populations du Sud qu’a incarné John Garang pendant plus de deux décennies. Ce dernier venait de mourir à la suite d’un accident d’hélicoptère dont les circonstances tardent à être élucidées. Pourtant, après plusieurs années de rébellions contre le régime de Khartoum, Garang venait d’accepter mi-2006 un poste de vice-président de la République, et de participer au gouvernement.
Les populations du Sud, longtemps marginalisées, espéraient ainsi entrer dans une ère de paix, propice pour faire prévaloir leurs intérêts.
Il est vrai, comme le souligne encore Marc Lavergne, que "les gouvernements qui se sont succédé au Soudan n’ont jamais cherché à développer le Darfour, à y créer des emplois, construire des routes…Les gouvernants se sont aliénés une population qui n’était pas contre eux à l’origine".
Les causes profondes du conflit sont économiques et sociales.
Pour ce chercheur, on ne peut parler de conflit racial, car "les milices tribales Janjawid sont des mercenaires qui ne se revendiquent pas du tout arabes".
Ce qui n’enlève rien au caractère génocidaire des actes qu’ils continuent de commettre.
La communauté internationale ne pourrait arrêter ce génocide qu’en mettant directement le régime de Khartoum devant ses responsabilités.
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