| |
Un Chapitre de guerre froide
Par Hacène Ouffar
Le conflit sanglant qui vient d’éclater entre la Russie et la Géorgie sur l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie devrait, au-delà des peuples du Caucase et de l’Asie centrale, inquiéter ceux du monde entier.
Tout porte à croire, en effet, qu’il s’agit là d’un retour à une période que les plus incrédules ont cru définitivement révolue : celle de la guerre froide. "En un sens, les Russes sont en guerre avec l'Occident, à travers nous". Cette sentence pour le moins cinglante n’est pas lâchée par le premier venu. Elle émane du Président géorgien Mikhaïl Saakachvili qui, selon toute vraisemblance, panique à l’idée de voir la Russie lui infliger une "bonne correction". La Russie, ou la nation mère qui ne lui a jamais pardonné sa dissidence, ni surtout son intronisation par ses alliés de l’Ouest.
Aussi, en toute logique, il en appelle au secours du "monde libre". Parfois dans des termes à peine diplomatiques, comme ceux tenus dès les premières heures des hostilités par sa ministre des affaires étrangères Eka Tkechelachvili qui exhorte l'Europe à "s'engager physiquement sur le terrain". Ni plus ni moins.
Problème, l’héritière de l’ex-URSS n’est plus à l’ère de la perestroïka de Michael Gorbatchev ni à celle de l’ébriété de Boris Eltsine ! Depuis 1999, les russes se sont attelés à rebâtir un Etat au moins aussi fort qu’à la période soviétique. Presque aussi immense et en tout cas moins disloqué qu’à la fin des années 1990. Sous le commandement de Dmitri Medvedev, pardon de Vladimir Poutine, la Russie demeure un état riche de son pétrole (dont dépendent beaucoup de pays détracteurs) et surtout puissant par son réarmement et donc de sa capacité à répondre au coup pour coup. Et il n’est un secret pour personne que le Kremlin a définitivement fait le choix de son retour sur la scène internationale. Avec fracas s’il le faut. Quitte à faire entrer ses chars en Géorgie, comme à Prague voici quarante ans !
D’ailleurs, l’ancien président polonais Lech Walesa n’y voit-il pas "la preuve d'un retour de la Russie à ses méthodes soviétiques" ? Plus que probable. En tout cas, les observateurs russes ne contredisent pas ce prix Nobel de la paix. Bien au contraire. Pour le journal en ligne gazeta.ur, "Moscou a annoncé le retour sans appel à une réalité nostalgique, dont tout le monde va devoir désormais tenir compte : la Russie n'est pas moins importante sur la scène internationale que l'Onu et l'Otan. Elle est tout autant autosuffisante pour faire la justice comme le monde a fait la justice au Kosovo". Autrement dit, les Ossètes, les Abkhazes ou même les Adjaris auraient droit à l’autodétermination au même titre que celui qui a permis l’indépendance des Kosovars.
Entre-temps, un accord militaire est signé entre les Etats-Unis et la Pologne. Il prévoit le déploiement d’un bouclier américain anti-missiles à moins de 200 kilomètres de la frontière russe. Advienne que pourra ?
|
 |
|