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Huitième festival des Lycéens d’Aquitaine
Deux jours avec des reporters en herbe
Par Léon Kharomon, envoyé spécial
La Teste de Buch, connaissez-vous ? Pas évident. C'est dans cette commune baignée par le bassin d'Arcachon, à 60 km de Bordeaux que vient de se tenir du 9 au 11 mai le 8e festival des Lycéens d'Aquitaine. Une des plus grandes manifestations du genre, si ce n'est "la plus grande de Franc", à en croire les organisateurs. Trois anciens résidents de la Maison des Journalistes y ont encadré une centaine de lycéens pour la réalisation de reportages audio-visuels et du "Créactif", le journal du festival. Reportage
Mercredi 9 mai. Axelle, membre de l'équipe logistique nous attend, tout sourire, sur le parking de la petite gare de la Teste. Prise de contact, embarquement à bord de la navette, puis direction le parc du Pyla, immense réserve d'arbres à pin qui accueille depuis trois ans le festival. Ici, tout est calme, nature, quiétude. Une dizaine des chapiteaux démontables tient lieu d'espaces ou de scènes où des lycéens sélectionnés viennent démontrer leur créativité dans plusieurs disciplines.
Nous prenons la mesure de l'événement par la logistique déployée, par le nombre du personnel qui s'y affaire et par l'important dispositif de sécurité déployé autour du site. Déjà, à l'accueil, on nous aura conseillés de porter le bracelet du festivalier. Un gadget, certes efficace pour l'organisation, mais un peu contraignant pour le festivalier, obligé de le porter trois jours durant, jour et nuit, au risque de se voir refuser l'entrée du site par des gardiens conscients de la délicatesse de leur tâche. Bon, il faut faire avec : assurer la sécurité de plus de 30.000 personnes, dont une large majorité des jeunes pétillants de santé et débordants d'énergie, venus de France, d'Allemagne, d'Italie, d'Espagne et du Sénégal n'est pas chose facile. Même si l'atmosphère s'annonce bon enfant avec des lycéens triés sur le volet parmi les meilleurs de la région, on n'est pas à l'abri d'un dérapage... l'organisation a veillé au grain.
Le site est réparti en pôles. Le nôtre, presse écrite, se situe dans un chalet d'habitude réservé au Club House d'une équipe de rugby. Nous y prenons nos quartiers au premier étage, pendant que deux jeunes achèvent d'accrocher sur des panneaux les photos de leur exposition dédiée au photographe Man Ray....Jean-Michel Le Calvez et Joël Aubert, deux confrères chargés du pôle presse écrite nous briefent sur notre tâche : encadrer les lycéens dans le choix de leurs sujets, les aider à choisir l'angle de leurs reportages, à formuler les questions pour des interviews, relire leurs copies, et bien sûr, les corriger.
Jeudi 10 mai. Nous sommes "la France-qui-se-lève-tôt". Oui, la nuit a été de courte durée. Car, à 8 heure 30, se tient le premier conseil de rédaction avec les lycéens. Certains ont déjà participé à l'aventure. La plupart viennent pour la première fois. Tous apprennent depuis près de six mois les ficelles du journalisme. Aujourd'hui, c'est leur "baptême du feu". Avec fierté, ils portent leurs brassards "Presse" imprimé blanc sur noir. D'autres, appareils photo en bandoulière, écoutent les conseils d'Astrid Llado, et de Catherine Costes avant d'aller à "la chasse aux images".
9h30, Reporters et photo-reporters se lancent à la pêche aux infos. Le festival en fourmille. Du centre de presse au plateau TV en passant par les expositions, les ateliers d'écriture, les spectacles de théâtre, de musique et de danse qui se succèdent ou se déroulent simultanément sous les chapiteaux. Et au grand air. Comme ces compétitions de tir à l'arc, de VTT, de handball et d'autres sports que des jeunes improvisent ou pratiquent à leur façon sur la pelouse.
Vers midi, les premiers "papiers" sont, comme on dit dans le jargon "pondus". Tous nos reporters reviennent avec une certaine appréhension : leur article passera-t-il ? Après relecture, correction et éventuelles remarques, quelques articles sont validés et peuvent passer à la saisie. Leurs auteurs sont les plus heureux, car ils peuvent aller retrouver leurs collègues dans l'immense salle de gymnastique transformée en réfectoire pour le festival. D'autres, hélas, doivent retourner rapidement sur les lieux où se sont produits les événements afin d'obtenir les réponses aux questions essentielles de référence. Aller droit au but en répondant au fameux "qui-fait-quoi-où-quand-comment" n'est pas aussi évident qu'on le pense. Cela se comprend aisément pour des reporters plus imprégnés du style de la dissertation scolaire que de l'article de presse qui nécessite clarté, précision, concision, sans sacrifier au style. Nos reporters ne se découragent pas. Ce qui nous rassure sur l'intérêt qu'ils portent à cette expérience.
Même si le ventre commence à sonner creux, ils se battent pour rédiger un article, caressant l'espoir de figurer dans le générique du journal. Pour eux, ce sera une récompense énorme. "C'est avec fierté que je garderai ce journal. J'ai hâte de voir mon nom dans l'ours" me confie l'une d'entre eux.
12h30 : Le ventre réclame ses droits. Nous avons un peu abusé du café. Mais le réfectoire se trouve trop loin de notre pôle. Comment y aller sans préjudicier les reporters repartis pour réécrire leurs articles ? C'est alors qu'interviennent des bénévoles du festival. Trois jeunes nous rapportent des plateaux-repas. Repérables par leurs t-shirts rouges et blancs, ils sont 200 lycéens encadrés par 20 membres de l'association Suricate. Ils interviennent dans l'organisation et la logistique. Ils sont omniprésents et sollicités en permanence. Ce sont eux qui permettent au festival de tourner sans encombre. Cette année, ils ont par ailleurs organisé une exposition intitulée "poubelle que toi" sur le tri des déchets. Quinze d'entre eux accompagnent les personnes avec handicap aux expositions, aux spectacles et aux parfois jusqu'aux installations sanitaires. "C'est une expérience qui grandit et vous fait prendre conscience de ce que la société peut attendre de vous" me confie un bénévole de terminale. Celui-là se projette déjà dans la vie professionnelle avec plein des projets en tête. A l'instar de ces lycéens en terminale B.E.P des travaux publics venus de Blanquefort présenter les échantillons de maisons écologiques construites, entre autres, avec de la paille et du torchis. "Nous privilégions les matériaux qui permettent d'économiser de l'énergie domestique et évitent le rejet des gaz à effet de serre" nous explique ce lycéen, fier de poser devant son invention.
16h00 : il faut penser au bouclage et préparer le deuxième numéro de Créactif. Les Lycéens sont bien rentrés dans le rythme. Avec nous, ils partagent la petite adrénaline qui monte à la salle de rédaction avant le bouclage. Il y a plus d'articles que prévus. Tant mieux. Tout le monde aura travaillé. Ainsi, les lycéens ne connaîtront pas le spectre de la page blanche qui terrifie toutes les rédactions.
19h30 : Après avoir validé et envoyé les derniers articles à la saisie, nous rejoignons la scène du Pyla, sous l'immense chapiteau. C'est ici que se déroule la soirée inaugurale. Au programme : de la percussion à profusion avec le groupe congolais "Monanas", auquel se sont joints des lycéens et des musiciens professionnels de la région. Ils ont monté un spectacle unique où les sons acoustiques de djembés et ngomas africains se mélangent aux sons pop électro, sur fond de danse contemporaine, de musiques tribales et de rythmes chamaniques. Ce cocktail explosif a mis le feu au chapiteau, où jeunes filles et garçons, en total délire, se sont approprié les danses africaines sous le regard admiratif et amusé d'Alain Rousset, président du conseil régional d'Aquitaine.
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