 |
A-t-on déjà oublié Guy-André Kieffer ?
Par Ahmat Zéïdane Bichara
« Je ne suis déçue que par le pouvoir politique français. Pour Laurent Gbagbo, c'est un peu logique. Il ne peut pas scier la branche sur laquelle il est assis lui même », avoue Osange Silou-Kieffer, épouse du journaliste disparu à Abidjan, en Côte-D'Ivoire, depuis le 16 avril 2004, lors de la présentation, le mardi 15 novembre 2005 au Centre d'Accueil de la Presse Etrangère (CAPE) d'un collectif composé d'une dizaine d'avocats.
Trois membres du collectif, tous avocats au Barreau de Paris, et Aline Richard, la présidente du Comité de soutien Vérité pour Guy-André Kieffer, ont animé une conférence de presse en présence de l'épouse du journaliste, Osange Silou-Kieffer, pour faire le point sur l'affaire de cet homme qui a consacré la moitié de sa vie à dénoncer certaines pratiques fâcheuses et à informer les citoyens du monde grâce à sa plume. « Cela fait un an et sept mois que Guy-André Kieffer a été enlevé en plein milieu d'Abidjan. Depuis lors, nous ne l'avons plus revu. Nous connaissons l'époux d'Osange en tant qu'ami et client. Quand cette événement malheureux a eu lieu, nous savions M. Kieffer enquêtait sur un certain nombre de dossiers sensibles », déclare Maître Renée Rodrigue pour soutenir l'idée d'une mise en place d'un collectif des avocats.
Une affaire politique
D'après Renée Rodrigue, la disparition de ce journaliste spécialisé dans les matières premières ainsi que dans les affaires économiques et financières, est aussitôt devenue une affaire politique. « Il faut donc interpeller les politiques ». Maître Chantal Houkpatin et elle-même, en tant que premières avocates de la famille du journaliste, ainsi que l’épouse de Guy André Kieffer et les membres de sa famille acceptent de moins en moins le silence des autorités française et ivoirienne. « D'où l'intérêt de se grouper en collectif pour pouvoir mettre sur pied un certain nombre de réflexions et d'actions. » Les membres de ce collectif veulent tout faire pour permettre aux parents de Guy-André de connaître exactement où se trouve leur fils, les commanditaires et les acteurs de son enlèvement.
« Pas de soutien d'autorités françaises »
Marquée par la déclaration de Renée Rodrigue, Osange-Silu Kieffer déclare ouvertement aux journalistes qu'elle ne bénéficie d'aucun soutien. Elle trouve dramatique le fait que les autorités françaises ne manifestent aucun effort pour l'aider à retrouver les traces de son mari enlevé pour des raisons que l'on ignore véritablement jusqu'à présent. « C'est quand-même un ressortissant français, même s'il a la double nationalité franco-canadienne. Il est devenu canadien par mariage. Il est français. Son père est un grand ingénieur. Le frère de sa mère est mort en tant que résistant. Il a été fusillé. De plus, il ne faut pas faire de mon époux quelqu'un de farfelu parti en aventure en Côte-D'Ivoire. »
Rappel de l'événement
Les conférenciers rappellent que selon les premières conclusions des justices française et ivoirienne, Guy-André Kieffer a été enlevé à Abidjan, il y a un an, avec la complicité active de personnes proches du président Laurent Gbagbo. Dès sa disparition, les premières avocates ont donc immédiatement saisi la justice au nom de la famille. Un juge français avait pu diligenter une commission rogatoire. Il a pu entendre un certain nombre de personnes, dont Michel Legré, le beau-frère de Simone Gbagbo, dernière personne à avoir vu le journaliste.
Des noms ont été cités. De là, le juge d'instruction, Patrick Ramaël, qui ne ménage pas ses efforts, avait immédiatement demandé que ces personnes soient auditionnées. A sa demande il n'y a eu jamais de réponse. Pour les orateurs, il ne suffit pas d'affirmer que ces gens sont coupables ou pas. Il s'agit de les entendre pour savoir s'ils ont été commanditaires ou acteurs. Ce sont des proches de la présidence ivoirienne et ils disparaissent facilement quand le juge est là. « A quatre reprises Patrick Ramaël s'est rendu en Côte d'Ivoire et il n'a pas pu les entendre. Il y a incontestablement une volonté de les protéger », persiste encore Renée Rodrigue. Bref, la lumière sur l'enlèvement de Guy-André Kieffer ne jaillira certainement pas des avocats ou des juges seuls. Tous les regards sont en ce moment tournés vers les politiciens ivoiriens et français. Ils sont les seuls capables de rompre ce silence décourageant. Plus de 578 jours se sont écoulés sans que l’on sache dans quelle direction chercher. Combien d'autres encore?!!
|
|