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Liberté de la presse en Europe
L’administration française ne la joue pas transparente
Par Léon Kharomon
Circulez, il n’a rien à voir, serait-on tenté de dire à propos de la liberté de la presse en Europe. Du moins dans les "grandes démocraties". Mais la réalité est loin d’être aussi reluisante. Les avancées significatives ne devraient pas occulter les efforts que le Vieux continent a encore à faire. A commencer par la France.
"Nous pouvons diviser l’Europe en trois parties : les Balkans, les nouveaux membres de l’UE et l’Europe occidentale" déclarait Annabelle Arkis de Reporters Sans Frontières, au Cape (Centre d'accueil de la presse étrangère), à la veille de la publication du rapport annuel sur la liberté de la presse dans le monde.
La mafia, principal fléau dans les Balkans, handicape sérieusement la liberté de la presse.
Pour des pays où l’équilibre social reste très fragile après des guerres ethniques, la mafia a davantage compliqué la tache des journalistes. En Albanie, un des pays les plus pauvres d’Europe, tout comme en Croatie, les tentatives d’assassinats se multiplient si les journalistes ne se laissent pas intimider par la mafia locale.
Les Nouveaux entrants de l’Union Européenne, tels que la Slovénie, la République Tchèque, ou la Hongrie, ont fait des gros efforts pour rattraper leur retard, mais ils sont souvent rattrapés par les pesanteurs du passé. Aussi, a-t-on assisté à une censure implacable de toute publication critique à l’égard du Pape Jean-Paul II en Pologne. Dans ce pays, fortement croyant, on est d’abord catholique. Journaliste, après. Un confrère polonais qui a tenté d’organiser un débat contradictoire sur le bilan de Jean-Paul, après la mort du souverain pontife, a été viré sans autre forme de procès…
Vient alors l’Europe occidentale, aseptisée et auréolée de ses avancées indéniables sur la liberté de la presse. A force de critiquer les autres pays de la "périphérie" ( Afrique, Asie, Amérique latine..), le Vieux continent en est arrivé à oublier ses propres démons. Comme celui du fascisme qui, ces dernières années revient en force dans certains médias. Quant on y ajoute l’hyper-concentration des médias entre les mains de quelques individus pas toujours scrupuleux, le mélange devient explosif. Silvio Berlusconi nous en a donné une certaine idée. A la tête d’un empire médiatique, englobant tout ce que la péninsule italienne contient de télé, des radios et des journaux qui comptent, "Il cavaliere" fait planer le cauchemar de Mussolini en Italie. C’est avec un "ouf" de soulagement que les capitales européennes ont appris la victoire de Romano Prodi - même de courte tête-. Un des grands chantiers qui attendent "le Professeur", est sans doute la restauration d’une véritable liberté de la presse en Italie. Ceci passe d’abord par l’abrogation de la loi Gaspari, que Berlusconi s’est fait tailler sur mesure par sa majorité sortante. Même si la Rai, télévision publique italienne, va désormais échapper à son contrôle, Berlusconi sait qu’il détient une puissance de frappe médiatique non négligeable. A tout moment, il peut faire chanter la gauche italienne.
La France aussi…
La société civile européenne, les associations civiles notamment ont du pain sur les planches.
Car Berlusconi a fait des émules. La France n’aurait plus grand-chose à lui reprocher en termes de monopoles médiatiques. L’émergence de la pensée unique, soutenue par les médias guette aussi le pays des Lumières. Chaque jour qui passe voit apparaître des grands groupes de presse. On aurait pu s’en réjouir. Hélas, le public est gavé d’une profusion hallucinante de magazines "people", tout voués au culte du sexe. Sur les vitrines des kiosques, c’est entre des posters et des postures lascives qu’on va désormais chercher des journaux d’informations générales… Quant on les trouve, c’est pour tomber sur des articles qui se rassemblent presque tous. La crise que traverse la presse actuellement ne passe t-elle pas aussi par le conformisme que lui reprochent les lecteurs ?
Vivement une loi !
On pourrait reprocher aux journalistes de ne plus mettre la plume dans la plaie. Mais comment peut-on développer un journalisme d’investigation dans un pays où la culture du secret est devenue quasi religieuse ?
En France, une loi qui date des années Vichy pousse la protection du secret d’Etat aux confins du ridicule. Parfois, il suffit qu’un nom apparaisse dans un dossier pour qu’on le classe "top secret", dans le pur style d’un Etat- policier. "Quand nous allons demander des documents portant par exemple sur la culture des OGM en France on nous prend, dans certaines administrations, pour des activistes illuminés", s'étonne Luc Hermann de Canal Plus (90 minutes). Et pourtant ces genres d’informations sont accessibles en Suède en très peu de temps. En dehors de sujets vraiment ultrasensibles, les Suédois ont le droit de tout connaître sur leurs gouvernants. Jusqu’aux notes de frais dépensées dans les restaurants. Question de savoir si le ministre n’a pas confondu sa poche avec l’argent du contribuable. Aux Etats-Unis, le Freedom of information act permet à tout américain d’obtenir de l’administration des infos classées généralement "top secret" en France. La publication des images des cercueils des soldats américains morts en Irak, censurées par le Pentagone, a été obtenue grâce à cette loi.
La Grande Bretagne venait de voter une loi allant dans le même sens. La France traîne le pas. Pour que la donne change dans l’Hexagone, Hermann pense qu’il faut voter une loi. Avec Paul Moreira, ils mènent une campagne* "indépendante et apolitique", afin d’exiger le vote d’une loi qui, selon eux, permettrait aux journalistes et, pourquoi pas à tout citoyen, d’exiger plus de transparence dans les dossiers administratifs.
On éviterait sans doute que des cadavres du genre Clearstream s’accumulent dans les tiroirs de l’Etat.
*www.liberte-dinformer.info
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