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Likulia récuse le débat sur la congolité
Par Léon Kharomon
Professeur d’université, ex-général d’armée, éphémère Premier ministre avant la chute de Mobutu, Likulia Bolongo est candidat aux présidentielles congolaises de juillet prochain.
De passage à Paris, il a pris langue avec la presse, mais aussi, a-t-on appris, avec des politiques français qui soutiennent le processus électoral en RDC.
Même s’il n’y croit plus vraiment, Likulia Bologo a introduit sa conférence de presse en exigeant la démission de Malu-Malu, le président de la commission électorale indépendante, CEI. Logique pour ce candidat signataire parmi les onze qui, le 5 mai dernier, ont dénoncé le report unilatéral des élections présidentielles au 30 juillet 2006 par la CEI. Soit un mois de plus par rapport au calendrier initial. Jeudi 1er juin, au centre d’accueil de la presse étrangère qu’abrite la Maison de la radio à Paris, le "général-professeur" était accompagné de son équipe de campagne restreinte, dont ses enfants assurent le protocole et les relations publiques.
Réunifier d’abord l’armée
"La confiance, on ne la décrète pas, on la gagne" a-t-il affirmé, s’agissant, bien sûr, de la confiance des électeurs. Pour ce faire, deux priorités figurent dans son programme : la réunification de l’armée congolaise et la réconciliation nationale. Si celle-ci relève d’abord des cœurs des personnes et ne devrait pas poser de gros problèmes, la réunification de l’armée congolaise reste une équation à multiples inconnues. La Monuc, la mission des Nations Unies au Congo en sait quelque chose. La tâche est d’autant plus ardue que le brassage de cette armée nécessite le désarmement de toutes les anciennes forces belligérantes, FARDC, MLC et RCD, dont les chefs, actuels président et vice-présidents de la République, sont tous candidats aux prochaines élections.
Les gardes prétoriennes des uns et des autres font peser la menace d’une déflagration générale après les élections. Longtemps épargnée par les différents conflits qu’a connus le Congo, la capitale Kinshasa risque, si cela tourne mal, d’être cette fois-ci le point de départ d’une nouvelle guerre. Dans ce scénario catastrophe, il faudrait compter sur la bravoure d’un homme de terrain, de la trempe de feu le général Mahelé pour sortir le pays du chaos.
De Likulia, les Congolais gardent cependant le souvenir d’un général qui a passé plus de temps dans les amphithéâtres que sur les champs de bataille. Lui-même ne veut plus porter cette casquette militaire. "Je suis à la retraite depuis le 30 mars 2005".
Mais celui que les étudiants reconnaissent comme l’un des meilleurs juristes de sa génération, a plus servi dans l’ombre du "Léopard", en tant que chef des services de renseignements, qu’il dit avoir "humanisés"… Un ange passe dans la salle, les ailes maculés du sang d’innombrables ex-Zaïrois portés disparus sous la terreur des redoutables services mobutistes. L’histoire du Congo post-Mobutu n’a pas fini de dévoiler ses secrets. Faucons et dauphins, on ne saura jamais qui a fait quoi exactement autour du "Léopard".
A l’en croire, Likulia se classe du côté des dauphins. "En 1990, en ma qualité de chef des services de renseignements, j’ai amené Mobutu à partager le pouvoir avec l’opposition", révèle-t-il. Et d’ajouter : "On ne le sait pas, c’est moi qui ai toujours demandé à Mobutu de nommer, à cinq reprises, Tshisekedi [leader de l'opposition, UDPS, ndlr] Premier ministre. Et chaque fois que cela tournait mal, Mobutu me reprochait de l’avoir induit en erreur…". Comme s’il regrettait d’avoir joué au facilitateur entre le leader de l’opposition et Mobutu. S’il pense que la participation de Tshisekedi aux élections reste un gage de sécurité, il n’en dit pas plus sur les éventuelles négociations politiques qui pourraient permettre au "Sphinx de Limété" de rentrer dans la course électorale après son auto éjection. Pense-t-il, comme de plus en plus d’analystes politiques, qu’il faut tourner la page Tshisekedi si on veut sortir le pays de l’ornière ? Likulia élude quasiment la question, préférant se pencher sur les problèmes auxquels sont confrontés actuellement les Congolais, surtout ceux de l’Est "abandonnés à leur triste sort". Il existe une sorte de guerre permanente à Goma, où se promènent librement sous l’œil de la Monuc, Jules Mutebusi et Laurent Nkundabatware, deux ex-officiers rwandophones recherchés par la cour pénale internationale pour crime contre l’humanité.
Faux débat
A ce stade, on croyait que le professeur allait emboucher la trompette de la "congolité", que certains candidats comptent exploiter à souhait comme thème de campagne. "La congolité est un faux débat dont veulent se servir ceux qui manquent de vision précise pour le Congo. Celui qui se sait congolais n’a pas de problème avec cela. Avec neuf pays voisins, il est difficile de savoir en ce moment précis qui est congolais et qui ne l’est pas. Le plus important est de savoir qui sera capable de redresser ce pays pour faire le bonheur de son peuple", a-t-il tranché.
Reste à savoir les moyens dont il dispose pour faire campagne, alors qu’un confrère le soupçonne d’émerger d’une liste des candidats "alimentaires", dont les principaux acteurs retireraient les voix au second tour. "J’ai puisé dans mes économies et je peux compter sur la contribution de nombreux sympathisants", affirme Likulia, candidat indépendant qui regrette que ces biens ne lui aient pas encore été restitués par le pouvoir actuel.
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