La Maison des journalistes
 
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Quand des agitateurs s’invitent à la conférence de presse

Par Léon Kharomon

Le candidat Likulia vient à peine de terminer son mot d’introduction qu’un homme, mince, le teint un peu clair, la barbe hirsute, s’empare du micro. Il s’agit sans doute d’un journaliste qui veut ouvrir le débat, pense-t-on. Erreur. L’homme se présente comme "Congolais", représentant d'une organisation de défense des droits de l'Homme, voulant poser une question. Lilo Miango, président de l’APE, l’association de la presse étrangère, modérateur de la conférence, lui rappelle que seuls les journalistes peuvent poser des questions. "Pourquoi nous avez-vous alors invités ?", réplique-t-il, encouragé par ses amis, dont l’un porte un tee-shirt camouflage militaire moulant ses gros bras.

Dans la salle, stupeur et consternation se mêlent. "Na ko zua yo na libanda, Ngai na yo to kobunda", crie-t-il à l’endroit du modérateur, traité au passage de tous les noms d’oiseaux. Mais Lilo garde son sang-froid et refuse de transiger sur le protocole. Un des responsables tente de ramener le calme en demandant aux "non journalistes" de poser leurs questions en aparté, autour du cocktail. Likulia assure qu’une autre rencontre avec la communauté congolaise est prévue. Rien n’y fait. Il aura fallu l’intervention d’autres Congolais pour raisonner le groupe d’agitateurs.

Qui sont-ils ? On n’en saura pas plus, si ce n’est le tee-shirt frappé du logo "Toponi Congo", que porte l’un d’entre eux. Cette association a déjà fait parler d’elle lors du dernier passage à Paris de Vital Kameré, le secrétaire général du PPRD, parti de Joseph Kabila. Yves Kambala, un ancien d’Antenne A [chaîne de télévision congolaise, ndlr], présent dans la salle, en a gardé un mauvais souvenir. Ce jour-là, comme aujourd’hui, les "Toponi Congo" firent irruption dans une salle de conférence, porte de la Chapelle, où Kamere s’entretenait avec la communauté congolaise de Paris. "Sale Rwandais, nous allons te tuer, pour qui te prends-tu ? Tu n’es pas Congolais…" et d’autres amabilités. Chaises brisées, casses de voitures, panique générale… Cela aurait tourné au drame, n’eut été l’intervention des CRS, les unités d’élite de la police française.

Le lendemain, des sites Internet anti-kabilistes [Joseph Kabila est le président congolais, ndlr] en ont fait leurs choux gras. L’UDPS Bruxelles, parti de l'opposition, se réjouissait ouvertement de cet incident. Depuis, des analystes rapprochent les "Toponi Congo" avec l’UDPS. Si Tshipamba Mpuila roule officiellement comme porte-parole de l’UDPS Bruxelles, on connaît cependant très peu des choses sur les "Toponi Congo" que d’aucuns considèrent comme une nébuleuse terroriste, regroupant d’anciens militaires DSP et des délinquants congolais exilés en France et en Belgique. Des indiscrétions rapportent que ce groupe est financé par un ancien des services secrets mobutistes réfugié en France, qui tirerait les ficelles pour donner au processus actuel une issue incertaine afin d’amener les Occidentaux, dont la France, à accepter des nouvelles négociations politiques. La rapidité avec laquelle ils agissent et leur présence dans les réunions politiques tenues dans l’espace Shengen laisse supposer qu’ils sont plus organisés qu’ils ne laissent paraître. On leur attribue aussi l’impression de plusieurs affiches, conçues sur la base de photos montées grâce au numérique, où Joseph Kabila passe pour le "neveu" de Paul Kagamé, le président rwandais. Les deux hommes, selon ces affiches, doivent passer devant la cour pénale internationale pour crimes dont les photos saignantes occupent tous les murs de Château Rouge, le fameux quartier africain de Paris.

 










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