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Entretien avec Leila Marouane
"Je fais un travail sur la mémoire et l'oubli"
Propos recueillis par Youcef Zirem
Cela fait des années qu'elle vit en France et qu'elle n'arrête pas d'écrire. Elle vient de publier, chez Seuil, La jeune fille et la mère. Elle nous confie ses multiples quêtes.
Comment êtes-vous venue à l'écriture?
L'écriture s'est installée en moi dès l'enfance. Mon père écrivain, ma mère illettrée mais conteuse émérite, je pensais que tout le monde savait et devait raconter des histoires. Mes premiers lecteurs ont été mon institutrice, à Biskra, où j'ai passé mon enfance. C'était une Corse qui s'appelait madame Rossi. Puis mon professeur de français au lycée Hassiba Ben
Bouali, où j'étais interne de la 6ème à la terminale. Elle s'appelait mademoiselle Neff et consacrait une heure de ses cours à mes textes que je lisais à toute la classe. Pendant toutes mes années d'internat, j'ai écrit.
Plus tard, en 1984, j'ai travaillé à El-Amel, un mensuel créé par le ministère de la Jeunesse et des Sports. On m'avait embauchée sur la base d'une nouvelle qui avait été publiée. Puis peu à peu je suis venue à l'écriture journalistique, sans cesser d'écrire de la fiction que je ne comptais pas publier. C'est après la mort de ma mère, en 1991, que j'ai pensé à la publication de mes textes de fiction. Ca faisait à ce moment-là un an que je vivais en France. Après la parution de La fille de la Casbah (Julliard, 1996), je pensais ne plus publier de roman et me consacrer de nouveau au journalisme.
Mais un article dans le magazine Lire (septembre 1996) m'a poussée à en publier au moins un deuxième. Le critique qui m'avait interviewée, ainsi que trois autres primo-romanciers maghrébins, avait décrété qu'à l'exception de la romancière tunisienne (dont je tairai le nom), aucun des trois autres (Saddek Aïssat, Fouad Laroui et moi) n'écrirait d'autres livres. La prophétie du critique s'est réalisée à l'envers. Mais bon, tout ceci pour dire que j'ai continué à publier par défi. Une question de "Nif". Et que si j'en suis à mon 6ème ouvrage, que si je voyage à travers le monde pour présenter mes livres traduits dans plusieurs langues (anglais, allemand, italien, portugais, hébreu etc.) c'est grâce à ce critique que je remercie du fond du coeur.
Quelles sont les thématiques principales de votre oeuvre?
Je fais essentiellement un travail sur la mémoire et l'oubli, ou comment trouver le vrai entre les deux. Mon univers est peuplé de personnages à mon image, intrigués par la folie des hommes qui les poussent parfois à des actes irrévocables. Ecriture qui me permet dans la vie d'éviter justement ces actes-là.
Comment voyez-vous la littérature algérienne dans ses trois langues?
Je situe la littérature algérienne dans un contexte universel. Si nous arrivons, nous, romanciers algériens, à atteindre une majorité de lecteurs dans le monde, nous pouvons alors prétendre à l'universel comme n'importe quel écrivain qui écrit dans sa langue ou non. Tels Kafka, Nabokov, Conrad etc.
Quels sont vos projets d'écriture?
Toujours les mêmes. Régler des comptes avec poésie et surtout avec ce que je possède et le livrer au monde. En toute humilité.
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