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Hommage à Nadjib Mahfouz
Par Youcef Zirem
Grandeur et décadence de l'Egypte
Seul prix Nobel arabe de littérature, le grand créateur egyptien est parti. Mais il laisse une oeuvre colossale.
Soixante dix ans de production littéraire, ce n'est pas peu. Nadjib Mahfouz a écrit durant des dizaines d'années. Il a longuement raconté sa ville, son quartier, son pays... Il s'est contenté de raconter les petites gens du Caire et il a atteint l'universel, exactement comme William Faulkner...
Né au Caire en 1911, il a écrit son premier roman à l'âge de 17 ans. Sa première publication remonte à l'année 1939 mais il n'a acquis la célébrité que dans les années 1950, suite à la parution de sa trilogie (Impasse des deux palais, Palais du désir et le Sucrier).
Il a approuvé les accords de paix entre l'Égypte et Israël en 1979. Cette position politique lui vaut une certaine méfiance de l'intelligentsia arabe. Naguib Mahfouz est le seul romancier de langue arabe à avoir reçu le prix Nobel de littérature (1988.) Il a été la victime d'une tentative d'assassinat en 1994 qui a laissé chez lui comme séquelle la paralysie de la main droite. Il devait alors dicter ses textes.
Les événements de la plupart de ses romans se déroulent dans sa ville natale, le Caire ( Rue du Pilon, 1947 ; le Voleur et les Chiens, 1961 ; les Fils de la médina, 1967) ; ce qui l'intéressait c'était la vie sociale des Égyptiens dans tous ses aspects, la vie politique et avant l'indépendance, la lutte contre l'occupation anglaise. Une grande partie de son Chef-d'Œuvre littéraire a été traduite dans d'autres langues vivantes (anglais, français, espagnol, italien, russe, chinois...). En effet, c'est lui qui a fait reconnaître la culture et la littérature arabes à travers le monde ; il a révélé la richesse de la culture égyptienne à travers son œuvre globale qui compte plus de cinquante romans dans lesquels il a toujours su marier l'Orient et l'Occident.
Plus de la moitié de ses romans a été adaptée pour le cinéma, le plus célèbre de ces romans est "Les enfants de la médina" qui a été publié en 1959 et interdit au début par l'autorité religieuse d'Al-Azhar (jugé blasphématoire)
Mais le grand écrivain n'a jamais pu défendre la démocratisation de l'Egypte et du monde arabe. Incroyable, l'Egypte qui compte de nombreux écrivains de talent, est toujours dirigée par le même homme depuis 1981, de façon dictatoriale. Et Nadjib Mahfouz, à l'instar d'autres écrivains et artistes, a toujours accepté cette dictature. Pour rappel, avant de prendre sa retraite, Nadjib Mahfouz fut, durant de longues années, un fonctionnaire de l'administration égyptienne. C'est une image de la décadence de ce pays.. Pourtant l'oeuvre de Nadjib Mahfouz regorge d'audaces en rapport avec les réalités de la société egyptienne, en rapport avec la religion...Mais le système politique est laissé tranquille par les quêtes de l'écrivain plein de talents littéraires. C'est l'une des contradictions d'un pays qui normalement peut se passer de la dictature au regard de son histoire millénaire et de la force de créativité de ses écrivains...
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