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Le dernier voyage de Youssef Chahine, cinéaste prolifique et engagé
Par Youcef Zirem
Il est parti, finalement, ce dimanche 27 juillet 2008, après quelques semaines passées dans le coma. Agé de 82 ans, Youssef Chahine avait marqué le cinéma, avec des créations souvent originales. Depuis son premier film, "Papa Amin", réalisé en 1950, il n'avait pas cessé d'émerveiller de nombreux cinéphiles aux quatre coins du monde.
En 1958, il met la touche finale à son film, "Gamila", en hommage aux femmes combattantes algériennes. En fait, son œuvre cinématographique a toujours été militante : jusqu'à son dernier film, "Chaos" (en 2007), où il évoque la faillite des régimes arabes. Parmi ses longs métrages les plus attachants, on peut citer : "Ciel d'enfer" (1954), "Gare centrale" (1958) ou encore "le Moineau" (1972).Youssef Chahine ne se gênait pas pour parler de démocratie, de sexualité, des pouvoirs ; en fait, il stigmatisait toutes les intolérances du monde d'aujourd'hui.
C'est en 1997 qu'il obtient le prix du cinquantième anniversaire du Festival de Cannes pour l'ensemble de son œuvre. D'origine chrétienne, Youssef Chahine voit le jour à Alexandrie où il fréquente le Victoria Collège. Puis il se retrouve à Passadena, en Californie, pour apprendre encore plus le cinéma. " Au moment où j’étais rejeté dans mon pays, l’Algérie m’a recueilli et a relancé ma carrière. Je lui suis profondément reconnaissant, car j’ai sauvé ma carrière face à la bureaucratie de mon pays. ",dit Youssef Chahine, en souvenir des persécutions dont il était l'objet en Egypte.
"J’adore l’Algérie avec son caractère merveilleux, nerveux, violent et tout ce que vous voulez. Seulement, quand on aime, on ne compte pas. C’est difficile de chercher à savoir pourquoi. Quand je termine un film, la première copie est toujours destinée à l’Algérie. ",ajoute-t-il. Dans son film, "Alexandrie-New-York", film autobiographique, Youssef Chahine revient sur une période de sa vie qui l'avait beaucoup marqué. "J’adorais l’Amérique et mes copains américains. Mais j’ai vite déchanté, le dialogue arabo-américain n’aura jamais lieu. Si vous croyez encore au rêve américain c’est un leurre. Cela ne marchera jamais. ",affirme-t-il.
Durant les années 90, l'université islamique Al Azhar avait recommandé l'interdiction de son film "L'émigré" ; le cinéaste avait refusé toute polémique avec cette instance religieuse. En revanche, il avait défendu l'écrivain Najib Mahfoudh quand celui-ci avait été victime d'une attaque intégriste. "Ils veulent créer la panique, et si nous paniquons nous ne pourrons plus travailler. Si l’on veut m’empêcher de penser, je ferai le contraire. Mon devoir est de continuer quel qu’en soit le prix. Les Egyptiens sont religieux, mais n’ont jamais été fanatiques. Ils défendent une pensée libre. Il suffit pour s’en apercevoir d’écouter la musique et les éclats de rire qui s’échappent chaque soir des quartiers populaires du Caire. ",souligne-t-il. Youssef Chahine aimait beaucoup le Caire et ses petites gens. Le Caire, l'Egypte, et ses adorateurs, à travers le monde, ne l'oublieront jamais.
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