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Il s’est éteint dans son hôtel parisien, ce dimanche 22 juin 2008
Albert Cossery n’est plus
Par Youcef Zirem
Il avait le don de saisir la douleur humaine, de la comprendre. Ecrivain majeur, Albert Cossery est mort dimanche 22 juin 2008 à Paris. Il vivait dans cet hôtel parisien de Saint-Germain-des-Prés, La Louisiane, qui le voit partir dans sa dernière demeure, depuis 1945.
Né au Caire en 1913, Albert Cossery est un conteur merveilleux et original. Très jeune, il est inscrit dans une école chrétienne avant de rejoindre le lycée français du Caire. C’est à cette même période qu’il commence à écrire. C’est Henry Miller, qu’il rencontre lors d’un voyage aux Etats-Unis, qui l’incite à publier son premier livre, "Les Hommes oubliés de Dieu". C’est déjà le succès pour ce créateur de génie qui raconte souvent le malheur des hommes, leur espoir, et leur errance interminable d’un pays à un autre. Même si les romans d’Albert Cossery se passent souvent en Egypte, ses textes de grande qualité s’adressent à tout le monde, avec un humour en relation étroite avec un humanisme serein mais interrogateur.
L’écriture d’Albert Cossery ne sera jamais abîmée par le temps, ce joueur avide qui gagne pourtant à chaque coup. Les fictions de cet attachant Egyptien sont empreintes d’un magnétisme et d’une magie rares. On sent qu’Albert Cossery aime ses personnages et, à notre tour, nous les aimons aussi en tant que lecteurs. Et c’est pour cela que ses romans tels "Mendiants et orgueilleux", "Les Couleurs de l’infamie" ou encore "La Violence et la dérision" sont souvent réédités.
A l’instar de ses personnages, Albert Cossery avait décidé de ne rien posséder, tout comme il a rarement travaillé, se contentant d’écrire. Ses vrais copains étaient Albert Camus, Jean Genet, Juliette Gréco, Giacometti, Boris Vian ou le chanteur d’origine kabyle, de la vallée de la Soummam, Mouloudji.
Malade depuis 1998, il avait tenu à être présent aux derniers salons du livre de Paris où parfois il écrivait sur un bloc-notes pour répondre à ceux qui le sollicitaient. C’est dire qu’il avait gardé son amour des autres jusqu’à ses ultimes instants sur cette terre qui perd un écrivain précieux.
"Gagner est un mot obscène, un terme de commerce. Je hais l'argent et l'ambition, ils sont la cause de tous les malheurs du monde. En Orient, lorsqu'on a de quoi vivre, on ne travaille pas. Mon père et mon grand-père n'ont jamais travaillé. Ils n'étaient pas riches, mais les terres qu'ils possédaient nous permettaient de vivre bien. En cas de problème, ma mère vendait un bijou. En Occident, plus on a d'argent, plus on en veut. On fait même du fric en écrivant sur sa maladie.", disait-il.
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