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RDC : Bras de fer mortel entre Kabila et Bemba à Kinshasa
Par Léon Kharomon
C’est un Joseph Kabila, ferme, martelant ses mots, qui s’est présenté devant la presse nationale et internationale, cinq jours après les violents affrontements qui ont opposé, à Kinshasa, l’armée gouvernementale à la milice de Jean-Pierre Bemba, ex-chef rebelle et ancien vice-président de la République démocratique du Congo.
"Désormais, déclare Kabila, force est donnée à la loi, rien qu’à la loi".
Cent cinquante, deux cents morts, voire plus. Des blessés qui se comptent aussi par centaines, luttant entre la vie et la mort dans des hôpitaux débordés. Le décompte macabre des victimes des violences urbaines qui ont opposé l’armée gouvernementale congolaise à la milice de Jean-Pierre Bemba les 21 et 22 mars diverge selon des sources. Une chose reste pourtant sûre. "la bataille de Kinshasa" marque un tournant décisif dans le processus de paix et de normalisation de la vie politique en République démocratique du Congo après les élections historiques de 2006.
Si une enquête révèle plus tard qui des protagonistes a tiré le premier la balle fatidique, on sait néanmoins que la milice de Jean-Pierre Bemba a été largement défaite à Kinshasa. Des sources onusiennes rapportent que face au déluge de feu de l’armée gouvernementale, plus de trois cents miliciens se sont rendus à l’armée loyaliste. Ce, après avoir tenté, sans succès, de gagner Brazzaville, dont la mairie a été aussi touchée par un obus tiré depuis Kinshasa.
Au soir du 22 mars, ayant constaté que les évènements avaient tourné en sa défaveur, Jean-Pierre Bemba a trouvé refuge dans l’ambassade d’Afrique du Sud d’où il a lancé un appel au cessez-le-feu, tout en accusant les forces gouvernementales d’avoir "tenté de le tuer".
Des sources associatives rapportent en effet que l’ex-chef rebelle a failli être capturé, n’eut été l’intervention de certaines chancelleries qui auraient dissuadé les forces gouvernementales. Sur les ondes de Radio Okapi, la radio onusienne, depuis son refuge dans l'ambassade sud africaine, sa voix accusait la fatigue et la peur, alors qu’il affirmait avoir perdu le contrôle de ses hommes. Ces derniers, rapportent plusieurs sources concordantes, ont tenté de prendre le contrôle de la radio et de la télévision publiques congolaises. C’est dès cet instant que les combats ont redoublé d’intensité. Les forces gouvernementales ayant compris que leur résistance était préparée de longue date et qu’elle visait clairement à renverser le régime en place.
De Kalachnikov et autres mitrailleuses, les forces gouvernementales sont passées à l’usage des armes lourdes avec les conséquences qu’on peut imaginer dans une ville de 6 millions d’habitants. Mardi 27 mars, des ambassadeurs occidentaux réunis à Kinshasa ont dénoncé "l’usage de moyens disproportionnés par l’armée gouvernementale".
Mais, tout en regrettant le nombre élevé des victimes, Joseph Kabila a clairement affirmé que "la paix n’a pas de prix".
Kinshasa meurtrie
Kinshasa la Bouillante, la frondeuse et la vivante n’en est pas encore sortie de cet énième bras de fer entre Joseph Kabila et Jean-Pierre Bemba. Même si la circulation a repris et que certains commerces rouvrent timidement, ces affrontements vont durablement marquer les esprits. D’abord de ces centaines de lycéens et de collégiens, dont ceux de l’école belge de Kinshasa, qui ont été piégés dans leurs établissements. Contraints d’y passer la nuit avec leurs professeurs dans la nuit de longs couteaux, ils s’y sont organisés vaille que vaille jusqu’à ce que des autobus escortés par des blindés de la Monuc (Mission des Nations-Unies au Congo) ne viennent les raccompagner chez eux.
Ensuite du Conseil de Sécurité, qui devrait comprendre que le processus de paix reste encore très fragile dans cet immense territoire. A la suite de ces affrontements, il est possible que le mandat de la Monuc, prévu pour s’achever fin avril, soit prolongé. On a compris que les élections n’étaient pas une fin en soi et que le véritable défi à relever reste l’intégration de l’armée congolaise par le brassage de toutes les anciennes rébellions. A ce propos, le gouvernement se félicite d’avoir convaincu le général Laurent Nkundabatware, chef rebelle de l’Est appuyé par le Rwanda, et dont les hommes évalués à près de deux mille ont commencé leur brassage dans l’armée nationale.
Si la vertu de dialogue a pu l’emporter là où on craignait le pire, d’aucuns se demandent pourquoi Kabila n’a pas tenté, jusqu’au bout, de ramener Jean-Pierre Bemba à la raison. Le président congolais rappelle avoir effectivement tout tenté pour ramener Bemba à des bons sentiments. Mais l’ex-chef rebelle a apparemment du mal à endosser l’habit de chef d’opposition démocratique et républicaine. En dépit de tous les privilèges accordés aux trois ex-vices présidents -trois quarts du salaire, douze policiers pour assurer la sécurité, prise en charge des soins médicaux de leur famille à l’étranger, l’immunité diplomatique et d’autres avantages- Bemba n’a pas été satisfait. C’est malgré lui qu’il a accepté sa défaite à l’élection présidentielle.
Mauvais calcul
En fait le chef du MLC, Mouvement pour la libération du Congo, son parti politique, a été grisé par son succès à Kinshasa et dans les grandes villes de l’Ouest de la RDC lors de la présidentielle.
Ici, c’est vrai, il a largement battu le président Kabila aux urnes. Mais Kinshasa est loin de constituer la RDC, un pays aux dimensions sous-continentales. Ce sont les populations de l’Est, du reste les plus nombreuses de la RDC plus le report des voix d’Antoine Gizenga, l’actuel Premier ministre en faveur de Kabila, qui ont permis à ce dernier de l’emporter au deuxième tour.
Fort de sa popularité dans la capitale, siège d’institutions politiques, Bemba caressait sans doute l’idée de voir la population kinoise (habitants de Kinshasa) rallier son camp dans les affrontements du 21 au 22 mars. Mauvais calcul et erreur fatale. Les 6 millions d’habitants de Kinshasa n’ont pas soutenu sa milice, préférant s’abriter chez eux. Plus grave encore, les officiers de l’ex-rébellion, positionnés dans la province de l’Equateur, fief de Bemba, ont clairement dit leur volonté d’intégrer l’armée régulière.
Mercredi 28 mars, avec la médiation de la Monuc (mission des nations-unies) plusieurs centaines de soldats de l’ex-rébellion ont rendu leurs armes à Gbadolité, qui était encore considérée comme la capitale de la rébellion MLC. Dans cette ville du Nord Ouest, les populations ont même aidé la Monuc et les forces gouvernementales à découvrir un important arsenal d’armes.
C’est dire combien les Congolais aspirent à la paix et sont décidés à tourner la page de la guerre. Définitivement.
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