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Les lauréats du prix RSF - Fondation de France récompensés pour leur bravoure
Léon Kharomon
C’est à une cérémonie pleine de solennité et d’émotion que Reporters Sans Frontières et la Fondation de France ont convié le public mercredi 7 décembre 2005. Les deux associations se sont jointes encore cette année pour récompenser le travail de quatre lauréats qui se sont distingués dans la promotion de la liberté d’expression à travers le monde.
Du fond des geôles chinoises, Zhao Yan apprendra peut-être qu’il est depuis mercredi dernier celui qui incarne cette lutte dans la catégorie journaliste. Représenté par un confrère du New-York Times, journal pour lequel il collaborait avant son incarcération, Zhao Yan croupit depuis le 17 septembre 2004 dans les cachots de Pékin. Il est accusé de « divulgation des secrets d’Etat » et de « fraude » et risque la peine de mort. Le régime de Beijing repousse indéfiniment son procès sans doute pour chercher d’autres motifs plus accablants à son encontre. Jusqu’à ce jour, on lui reproche officiellement d’avoir transmis à l’un de ses collègues de New York Times des notes sur les rumeurs de divergences entre l’actuel et l’ancien président chinois. Les droits de l’Homme et son corollaire, la liberté d’expression, sont d’autant plus bafoués dans la Chine actuelle que l’Occident semble fermer les yeux et s’intéresse plutôt au miracle « économique chinois ».
En remettant ce prix, Florence Aubenas, journaliste à Libération, n’a pas manqué de rappeler la leçon tirée de sa douloureuse expérience d’otage en Irak. « La liberté que nous avons ici est importante. Il faut savoir la partager avec les autres pour la vivre pleinement ». De cette soirée, on retiendra aussi le témoignage émouvant, ponctué de larmes à peine étouffées de notre consoeur kurde Maha Hassan, résidente de la Maison des Journalistes, qui a fui les persécutions dont son peuple fait l’objet depuis de longues années en Irak et en Syrie. « Nous sommes considérés comme des citoyens de seconde zone », a-t-elle affirmé en larmes avant d’ajouter, « le pouvoir syrien n’accepte même pas qu’on évoque notre identité kurde, sans nous reconnaître aucun droit ». Elle recevait ainsi le prix attribué à son compatriote Massoud Hamid, dans la catégorie « Cyberdissident ». Ce dernier, âgé de 29 ans, purge une peine de trois ans depuis le 10 octobre 2004. Mais RSF craint que son état de santé se dégrade davantage à cause des traitements particulièrement cruels qu’il subit dans les geôles syriennes. Des sources rapportent qu’il a aujourd’hui les pieds entièrement paralysés après avoir été frappé sur la plante de pieds avec un fouet clouté.
La défense de la liberté d’expression, c’est l’affaire des journalistes, mais aussi d’associations qui unissent leurs efforts dans un même combat. Aussi, dans la catégorie « défenseur de la liberté », Nusoj a retenu l’attention des organisateurs.
Nusoj est un syndicat des journalistes somaliens qui, depuis 2002, ne cesse de tirer la sonnette d’alarme, chaque fois qu’un journaliste et la liberté de la presse sont menacés dans ce pays, On mesure tous les risques que ces jeunes journalistes prennent dans une Somalie déchirée par une guerre civile depuis 1991. Le secrétaire général et le président de cette association ont pu assister à la cérémonie de mercredi dernier, après avoir échappé à une campagne d’attaques et d’intimidations de la part d’une milice non identifiée.
C’est Emma Bonino, commissaire européenne aux droits de l’Homme qui leur a remis le prix. Elle a déclaré : « Défendre les droits des amis, c’est beaucoup trop simple. Mais il faut être en mesure de défendre les droits des adversaires. Même si je ne suis pas toujours d’accord avec certains journalistes, je pense qu’il est nécessaire de défendre leur cause ».
La soirée n’était pas aux longs discours, mais un journaliste Afghan n’a pas pu sacrifier aux règles du protocole. Plus de vingt minutes lui ont été nécessaires pour sortir ce qu’il avait dans les tripes. Il recevait, pour le compte de Tolo TV, le prix « Média » de cette année.
Première chaîne hertzienne privée d’Afghanistan, Tolo TV se distingue par la diffusion de programmes d’information et de clips musicaux. Cela peut paraître banal, mais dans un pays où les mentalités restent encore marquées par les restrictions draconiennes imposées par les islamistes Talibans, ce travail relève du défi. Les islamistes jugent ses programmes « immoraux et anti-islamiques » et exercent des pressions pour la faire disparaître du paysage médiatique afghan.
Pour faire un pied de nez à toutes ces menaces, Tolo TV, filiale du groupe de presse afghano-australien Moby Capital Partners, vient de lancer « Bonu », un talk show pour les femmes afghanes. On comprend toute l’émotion du représentant de cette chaîne de télé, quand il révèle à la salle qu’il travaille depuis peu avec des femmes dans son équipe… « La présence des femmes de plus en plus nombreuses à nos côtés est un réel progrès que nous voyons sous nos yeux. Ce changement est dû aux médias. La télé a l’avantage d’entrer chez les Afghans sans frapper à la porte. Le fait de montrer certaines pratiques condamnables de notre société participe à la renaissance de la culture afghane. Nous savons que la transformation d’une société est une lutte de longue haleine, mais nous y tenons à tout prix » a-t-il souligné.
Les épouses Nérac et Kieffer ont saisi l’occasion pour expliquer le combat qu’elles mènent pour élucider les circonstances des disparitions de leurs maris. Elles invitent tout le monde à signer les pétitions en ligne qu’elles vont déposer à qui de droit.
Le prix RSF- Fondation de France n’a de sens que dans la sensibilisation de la communauté internationale sur les menaces qui pèsent sur les journalistes et les organes de presse dans l’exercice de leur métier et pour la défense de la liberté d’expression, a rappelé Robert Ménard, secrétaire général de Reporters Sans Frontières.
Pour Francis Chanon, directeur-général de la Fondation de France, « il s’agit d’un prix de lutte contre le silence, car le silence tue. Il consiste à faire savoir à ceux qui sont emprisonnés dans les geôles du monde qu’ils ne sont pas oubliés, mais aussi et surtout à mettre la pression sur ceux qui les ont emprisonnés ».

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