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Quinzaine du cinéma francophone au centre Wallonie-Bruxelles
Le Congo fait son cinéma à Paris
Par Léon Kharomon
On connaît le Congo musical, on peut en apprécier les splendeurs sculpturales au Quai Branly, son dynamisme et sa créativité dans les arts contemporains. Mais qu’en est-il de son cinéma ? Silence radio. Dans le cadre de la quinzaine du cinéma francophone, le centre Wallonie-Bruxelles de Paris nous en dévoile du 3 au 16 octobre toutes les facettes à travers longs et courts métrages, films documentaires et dessins animés réalisés souvent avec les moyens de bord, mais qui témoignent d’une vitalité et d’un savoir faire qui ne demandent qu’à être découverts.
En attendant, il y a urgence. Guy Bomanyama, jeune réalisateur vivant entre Bruxelles et Kinshasa pense qu’il faut sauver "La mémoire du Congo en péril". Sa vidéo de neuf minutes nous révèle toute la dextérité de ces hommes et femmes qui se battent pour restaurer et sauvegarder l’énorme filmothèque de la télévision publique. Ils sont dans une sorte de course contre la montre. "Nous avons pu conserver des films des années 1880, tournés pendant la construction du chemin de fer Kinshasa-Matadi" explique une dame dont la perspicacité n’a d’égal que son dévouement à son métier. Elle craint cependant que ses efforts soient vains, dans un pays où "depuis les années 80, le cinéma est mort au profit de la vidéo".
La preuve ? Avec plus de 6 millions d’habitants, Kinshasa ne dispose pratiquement plus de salles de cinéma, toutes ayant pratiquement été transformées en salles de prière des églises néo-évangéliques, si elles ne sont pas simplement tombées en désuétude.
Comme dans la caverne d’Ali Baba, la filmothèque nationale recèle des trésors inédits, quasiment inexploités. Mais, le réalisateur qui veut y puiser pour son travail, devrait y aller avec la plus grande prudence. Pourquoi ? "Les premières caméras tenues et détenues par le colonisateur arrivent au Congo il y a environ un siècle. Elles enregistrent des images qui ne sont pas celles des Congolais. Elles réduisent la population indigène à des stéréotypes et des objets, et celle-ci fait office de décor dans les histoires des colonisateurs. Non seulement le colonisateur belge s’approprie le pays, mais en plus il envoûte ses habitants avec ses images. Cette situation s’institutionnalise avec la politique coloniale, puis avec celle du président Mobutu" explique Guido Convents dans "Images et démocraties, les Congolais face au cinéma" édité chez Afrika. Cet ouvrage a été au centre de la rencontre-débat jeudi dernier. En fait, à la suite des colons, dont il aura été pratiquement le gardien du temple pendant trois décennies, Mobutu a continué le "viol de l’imaginaire" collectif congolais.
Plus que dans tout autre pays africain, il a détourné l’imaginaire collectif à son seul profit. Quand le régime dictatorial n’autorisait le fonctionnement de la télé publique qu’à la seule gloire du "Guide suprême de la révolution", certains réalisateurs ont vite compris qu’ils n’avaient pas d’autre choix que de travailler sous d’autres cieux. Conséquence : Parler du cinéma congolais aujourd’hui, cela revient à parler essentiellement de sa diaspora avec ses figures comme Ngangura Mwenze, Zéka La Plaine, Monique Phoba… ou de "l’inclassable" Balufu Bakupa Kanyinda. "Juju Factory" est sa dernière fiction sur fond documentaire où il affirme et assume son engagement lumumbiste. Balufu revisite l’histoire du fameux quartier africain d’Ixelles, situé porte de Namur à Bruxelles et que les congolais ont rebaptisé "Matongé". Il tente de comprendre les turpitudes de ce quartier et les "fantômes" qui le hantent depuis que des Congolais ont été enterrés après avoir été exposés dans des "Zoo humains" lors de l’exposition universelle de Bruxelles à la fin du 20è siècle. Sur un ton à la fois léger et humoristique, Balufu réussit à aborder un sujet politiquement lourd et incorrect, grâce aux talents de ses personnages, dont l’incontournable Dieudonné Kabongo.
Désir du pays natal
À travers leurs œuvres, fictions ou documentaires, on sent chez les réalisateurs congolais ce lancinant besoin d’un retour au pays natal dans l’espoir que leurs talents déjà reconnus, partout ailleurs, le soient aussi par leurs compatriotes.
"Il y a un énorme désir de Congo chez tous les cinéastes "déplacés". Je voudrais rentrer chez moi et raconter l’histoire de ma ville" avoue Balufu, et d’ajouter "mais je suis aussi conscient que ce ne sera peut-être pas possible, car je ne suis pas prêt à tous les compromis".
Pour Zeka La Plaine, auteur de "Kinshasa Palace", sorti en 2007, sur 35 mm, le retour au pays natal paraît improbable. "Le réalisateur ne peut pas assumer toute la chaîne de production et de diffusion comme nous avons douloureusement essayé de le faire avec "Le jardin de Papa". On ne tourne pas au Congo même si on le souhaiterait, pourtant toutes les histoires que l’on raconte y ont leur origine. Est-ce que je peux affronter des militaires qui considèrent la caméra comme un ennemi ? Comment un réalisateur qui vit sur place peut créer quoi que ce soit face à ce genre de comportement ?" s’interroge t-il, avec un léger dépit…
Un autre réalisateur congolais évoluant sur place ne partage pas ce point de vue. Djo Tunda Wa Munga vient de réaliser "Papy" une fiction, la première d’une série de cinq basée sur le thème du Sida en RDC. "Je travaille au Congo depuis 8 ans…Je ne partage pas les points de vue de certains collègues cinéastes, Belges ou Congolais, qui stigmatisent au Congo les problèmes d’insécurité, l’impossibilité de tourner, le Congo, cœur des ténèbres…Nous avons tourné pendant 10 jours au cœur de Kinshasa, sans autorisation. Je crois que c’est l’un des tournages les plus détendus que j’ai connus de ma vie, même si le plan de travail était extrêmement chargé. Nous tournions à Yolo, quartier populaire réputé difficile. Les gens ont été formidables, attentifs et généreux…La police, très sensible à la problématique du Sida, nous a énormément aidés…" affirme t-il.
De ces points de vue croisés et parfois contradictoires de professionnels congolais du 7 è art, se dégage l’image encore imprécise d’un pays en pleine reconstruction après des décennies de crise politique aiguë et de chaos.
En mettant la RDC à l’honneur pour sa 16 è quinzaine du cinéma francophone, le centre Wallonie-Bruxelles offre au public une belle occasion de s’imprégner, par l’image, des difficultés que tentent de surmonter les Congolais après de longues années de turbulences politiques marquées par "la première guerre mondiale africaine" qui aura fait de 1988 à 2002 plus de 4 millions de morts.
Des films au titre évocateurs tel que "Kinshasa, une ville repensée", " Au nom de la survie", ou encore "L’or noyé de Kamituga" sont à l’affiche jusqu’au 16 octobre.
Pour plus d'informations : www.cwb.fr
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