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Rencontre avec Daniel Rondeau
"Nous avons tout pour bâtir des choses ensemble"
Par Youcef Zirem
Ecrivain de talent et éditorialiste de presse influent, Daniel Rondeau vient de publier, aux éditions Mengès, Camus ou les promesses de la vie, un fabuleux livre où prose profonde et belles images se suivent pour dire la parcours impressionnant de l'auteur de la Peste. C'est une occasion idéale pour écouter cet homme des combats justes.
Quand, à l’automne de l’année 1983, Daniel Rondeau arrive à Tipaza, il est ébloui. "J’ai ressenti le même éblouissement que celui que j’avais eu à la lecture de Noces", confie-t-il. En marge de la première foire du livre qu’Alger abrite, le journaliste de Libération fait une virée salvatrice. Depuis l’écrivain n’a pas arrêté de bourlinguer sur les bords de la Méditerranée : Tanger, Alexandrie, Istanbul, le Liban et bien d’autres contrées. "Nous avons une histoire commune, une même façon de vivre qui est bien au-delà de nos différences, un même rapport à Dieu qui n’est pas celui des islamistes. En Méditerranée, les trois religions du livre ont leur assise. Le Maghreb, c’est notre Orient le plus proche, nous portons tous une part d’Orient. L’Europe a été fécondée par l’Orient et l’Afrique du Nord par l’Occident. Nous avons tout pour bâtir des choses ensemble, il est temps qu’on s’en aperçoive", dit-il calmement dans son bureau du quatrième étage de l’avenue Marceau à Paris.
Daniel Rondeau estime que Camus s’adresse à ses lecteurs de par le haut. Cela n’a rien à voir avec la condescendance ou le mépris de certains auteurs. Pour l’auteur de l’Etranger, chaque lecteur est un frère. Albert Camus a un style, une clarté, une poésie pure. L’enfant de Belcourt, ce quartier populaire d’Alger, ressemble à ses livres. "Ce sont des livres qui parlent pour nous, ce sont des livres qui nous disent qui nous sommes", ajoute Daniel Rondeau. "Camus avait une ardeur, une intensité, une façon de s’accorder au monde, à la lumière, à l’Algérie, à l’éternité", souligne-t-il. Daniel Rondeau rappelle les positions de Camus qui a toujours traité l’Arabe comme un frère en insistant sur l’exclusion des Algériens dans le système colonialiste. "Camus comprend que la guerre n’aura pas d’issue heureuse pour les Pieds-noirs. En fait, il y a eu des vaincus dans les deux camps. Camus s’est rangé du côté des siens, de sa mère. Mais en vérité, sa position est intraduisible, inaudible. Camus refuse ce choix, porteur de tragédie. Il n’y a plus de position politique possible. Camus se réfugie alors dans la fiction et écrit le Premier homme. C’est une tentative désespérée et magnifique de s’en sortir", analyse Daniel Rondeau.
La vie dans l’Algérie d’aujourd’hui est encore difficile. C’est un pays que la tragédie semble vouloir encercler indéfiniment. Comme une maison hantée. En France aussi ceux qui sont issus de l’immigration ne voient pas le bout du tunnel. "Les Algériens des cités sont sans mémoire". Pour Daniel Rondeau, le moment est venu pour que les relations entre le peuple français et le peuple algérien s’améliorent vraiment. Loin des séquelles de la guerre et des clichés.
Connu pour ses combats humanistes, Daniel Rondeau continue son œuvre littéraire, déjà considérable et imposante. "La marche du temps, la présence de l’Histoire occupent une part importante de mes livres, les hommes changent mais la fidélité reste", fait-il remarquer. Daniel Rondeau travaille sur une autre fiction mais il ne veut pas pour l’instant en parler. Une chose est sûre : de nombreux lecteurs attendent avec impatience la sortie de son texte.
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