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Yahia Belaskri : "Ecrire, c’est se livrer, se découvrir"

Propos recueillis par Youcef Zirem

Journaliste depuis de longues années à Paris, Yahia Belaskri vient de publier son premier roman, "Le bus dans la ville", aux éditions Vents d’ailleurs. L’enfant d’Oran nous donne à lire un texte bouleversant : simple, limpide et profond. Ce que Yahia Belaskri raconte dans ce roman-récit est sombre et lumineux à la fois ; il nous confie ses souvenirs avec amertume, générosité et une tendresse infinie. Avec recul et lucidité, il nous dit une ville et un pays ; avec une sincérité évidente, il nous explique, sans détours, des cheminements qui, souvent, se terminent mal. Rencontré au Salon du livre, il a bien voulu répondre à mes questions.

Youcef Zirem : Comment avez-vous eu l'idée d'écrire ce roman plein de tendresse et de lucidité?

Yahia Belaskri : J’ai toujours écrit, en fait. Dans les années soixante-dix, j’écrivais de la poésie, sans jamais publier. Puis, il y eut une longue traversée du désert, au niveau de l’écriture cela s’entend. Dans les années quatre vingt dix, résidant en France, c’est l’essai qui s’est imposé à moi : pour témoigner, dénoncer, analyser. Depuis cinq-six ans, l’envie d’aborder la fiction s’est imposée à moi. Je sentais que j’aurai plus de liberté en abordant la nouvelle, le roman. Ainsi j’ai écrit deux nouvelles qui ont été publiées. "Le bus dans la ville", je l’avais en tête depuis un voyage en Algérie en 2005. J’en étais revenu bouleversé. Ce n’était pourtant pas la première fois que j’y allais ; cependant ce séjour m’avait "bougé" : j’avais mal de voir autant de souffrances, de misère. L’écrire m’a pris deux années : il fallait le "sortir" littéralement. Une expérience douloureuse.

Est-il facile d'être journaliste et écrivain à la fois?

Je ne sais pas si c’est facile ; ce que je sais c’est que c’est différent. Journaliste, il faut aller vite, traquer l’information, la traiter, la livrer aux lecteurs, aux auditeurs. Ecrivain, il faut se donner du temps : observer, analyser, se documenter, enfin écrire, réécrire. Ecrire, c’est se livrer, se découvrir -sans filet- cela comporte des dangers, pour soi. Ecrire un roman c’est encore autre chose : l’appel à l’imaginaire, tout en étant proche de la réalité. Etre journaliste, c’est-à-dire faire son travail quotidien, et écrire des romans, c’est de la gymnastique. J’ai la chance de ne pas travailler à l’info, mais sur les magazines ; je ne suis par conséquent pas directement confronté à l’immédiateté, même s’il faut être attentif. Pour écrire, je consacre une journée par semaine pour moi ainsi que les week-ends, car je ne sors de chez moi que rarement. Pour aller au théâtre ou une exposition, je préfère les jours de la semaine.

Comment voyez-vous la littérature d'expression française d'aujourd'hui ?

Dire "la littérature d’expression française", c’est prendre de la distance avec la dichotomie qui est faite au livre en France entre "littérature française et "littérature francophone". Je trouve que c’est indiqué tant que la question n’est pas tranchée, car elle ne l’est pas. Que dire donc de la littérature d’expression française sinon qu’elle est extrêmement riche par sa diversité et qu’elle ne cesse de s’enrichir par l’apport d’écrivains venus d’ailleurs, écrivant en français. Je citerai des auteurs tout autant remarquables que différents comme l’Algérien Boualem Sansal, l’Américain Jérôme Charyn, Nancy Houston née au Canada, et qui a vécu aux Etats-Unis avant de décider de vivre et écrire en France, le Grec Vassili Alexakis, le Congolais Alain Mabanckou, ou encore le Malgache Jean-Luc Raharimana. Autant de romanciers de talent qui écrivent en français et apportent -même si je conteste ce concept d’apport- un souffle à la littérature en France. Aux côtés de François Weyergans, Daniel Picouly, Morgan Sportès, Philippe Claudel et autres, cette littérature d’expression française se porte bien, très bien même.

 

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