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Qui sera le "colonialiste de l’année" ?
Par Léon Kharomon
Deux ans après le vote de la loi sur le "rôle positif de la colonisation" et la vive controverse qu’elle suscita dans l’opinion publique, un collectif d’associations organise une semaine de réflexion sur le passé colonial.
Partage de l’Afrique, colonisation, néocolonialisme…des termes qui se bousculent parfois dans l’imaginaire collectif sans avoir toujours la même connotation. Il faut donc en finir avec ce flou de mémoire…avant que des révisionnistes s’en emparent. Tel semble être l’objectif que poursuit ce collectif de militants associatifs, syndicaux, politiques, français et immigrés.
Pendant une semaine, du 17 au 25 février, il s’agira, selon eux, de mener une réflexion sur "le passé colonial, sur les crimes de la France et des puissances colonisatrices et d’interpeller les candidats sur l’actualité de la question coloniale et l’enseignement d’une mémoire partagée".
Chez anticolonial.net on reste convaincu que la colonisation fait débat car ses conséquences sont d’actualité. On peut s’en faire une idée au forum-débat "Mondialisation et néo-colonialisme" programmé aujourd’hui en introduction, avant que le public ne découvre le livre anti-colonial, ne visite les expos et les archives de la décolonisation et ne soit convié à partager la réflexion des "féministes indigènes" dans le quartier africain de Château Rouge, dans le 18è. Le même samedi, un débat sera organisé au centre culturel Kurde, à Saint-Denis sur "La colonisation au Kurdistan Turc".
Les étudiants kanakes seront aussi de la partie dans un rassemblement mercredi 21 sur les Champs Elysée où ils vont manifester devant le siège d’une entreprise exploitant le nickel dans leur territoire.
Moment fort symbolique, le collectif assistera dimanche à l’inauguration de la station métro du "17 octobre 1961" à Asnières, avant d’inaugurer "l’Année des résistances africaines et des alternatives" qui mettra en exergue le rôle joué par des figures emblématiques telle que le visionnaire afro-antillais Franz Fanon ou l’ex-président burkinabé Thomas Sankara, assassiné après avoir tenté de reprendre le flambeau de premiers panafricanistes qui avaient mené la lutte pour l’indépendance de l’Afrique.
Un peu plus légère, mais aussi significative que provocatrice sera la soirée du 23 février à l’Espace Scribe-l’Harmattan ( Paris V) où le collectif organise une double manifestation : un banquet anti-colonial doublé de la remise du prix du colonialiste de l’année. Le principe est simple. Entre un tajine poulet aux olives et citrons confits et du riz basmati aux raisins et amandes, on pourra désigner l’homme ou la femme qui se sera "illustré" par des discours ou des pratiques à caractère colonialiste ces dernières années.
Les nommés du "top 7" sont :
-Christian Vaneste, député UMP du Nord, auteur de la mention du "rôle positif de la France dans la colonisation" dans la loi de 2005.
-Nicolas Sarkozy pour avoir considéré le rêve d’expansion de Rois de France en Egypte, en Algérie ou au Maroc comme des "rêves de civilisation".
-Georges Frêche, président PS de la région Languedoc Roussillon pour qui il est non seulement "juste de reconnaître le rôle positif de la présence française en Algérie ", mais, pire, "les harkis sont des sous-hommes".
-Philippe de Villiers, dont la réplique fit mouche l’été dernier : "La France, tu l’aimes ou tu la quitte". Pour le président du MPF, (extrême droite), "L’islam est le terreau du terrorisme" .
-Alain Finkielkraut, philosophe dont la probité morale est devenue discutable depuis les émeutes urbaines d’automne 2005. Ce "penseur", a trouvé l’explication de ces émeutes dans le fait que la plupart des casseurs étaient "noirs ou arabes et s’identifient à l’islam".
-Dans le même registre, l’académicienne Hélène Carrère d’Encausse donna aussi de la voix, mais cette fois pour sortir une énormité qui écorchera durablement l’image de la vénérable institution dont elle fait partie. A la question : Pourquoi les enfants africains sont dans la rue et pas à l’école ? "C’est clair", répondit-elle, "beaucoup de ces africains, je vous le dis, sont polygames".
-Plus récemment, et plus retentissant encore, car sortis d’une bouche médiatique, auront été les propos de Pascal Sevran. Le présentateur de France 2, pince sans rire, trouve que la famine qui ravage l’Afrique a pour principale cause la "bite" des Africains. Ces derniers, selon lui, passent leur temps à copuler et sacrifient ainsi l’avenir de leurs enfants.
On pourrait en rire pour ne pas pleurer. Il reste que le discours néocolonial n’a jamais été aussi banalisé en France.
Les représentations et les mécanismes institutionnels héritées du passé colonial sont ravivés par l’actualité. De nombreux politiques et intellectuels font un véritable "fond de commerce de ces peurs et représentations" souligne anticolonial.net
Il est temps de se mobiliser pour décoloniser. Définitivement.
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