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Top Secret, le trésor du Congo retrouvé au Soudan
Par Léon Kharomon
On sait maintenant avec certitude que l’ancien chef rebelle, Gaston Soumialot, ne racontait pas que des histoires sur l’épopée des Simbas. Le butin de guerre qu’il prétendait avoir caché avec ses compagnons de lutte à la Banque centrale du Soudan en 1964 est une réalité qui dépasse tout entendement. Pas moins d’un milliard de dollars est en jeu. Pour le gouvernement congolais, pisté par deux ressortissants suisses, la chasse au trésor ne fait que commencer.
Un autre épisode de la colonisation -ou de sa fin- vient de ressurgir des mémoires. Pas collective, mais d’une petite poignée de personnages, ayant dirigé la rébellion lumumbiste de 1961 à 1964, dans la province Orientale de la RDC, contre le pouvoir du général Mobutu, alors principal allié de l’Occident en Afrique Centrale. La mémoire de ces hommes n’en est pas moins collective car elle renfermait un des « secrets » les mieux gardés de la République démocratique du Congo, pendant 40 ans. Plus qu’un simple souvenir, ce secret pourrait rapporter aujourd’hui, au bas mot, plus d’un milliard de dollars à la RDC. A condition de mener rondement les tractations nécessaires pour récupérer cette fortune cachée à la banque centrale du Soudan.
Or, diamant, cassitérites…
De quoi s’agit-il en effet ? De 36,6 tonnes d’or fin, 37 kilos de diamant de joaillerie ainsi que 66 défenses d’éléphant, des sacs de cassitérites et autres métaux précieux, des devises étrangères, principalement en francs belges, etc.
Si la presse peut à ce jour aborder ce sujet à l’affirmatif, sans crainte d’être contredite, c’est parce que le trésor congolais caché au Soudan a cessé d’être un mythe pour devenir une réalité, même si ses contours restent encore à préciser. Une avancée réelle vient d’être effectuée sur « la piste du fabuleux trésor des Simbas », à en croire l’enquête signée fin janvier par Colette Braeckman du journal belge Le Soir. Oui, la Banque centrale soudanaise détient des avoirs congolais sous forme de butin de guerre déposé par les rebelles lumumbistes en 1964. Reste à savoir si dans les coffres forts de la banque centrale de Khartoum, on peut retrouver encore ce précieux trésor. Là, c’est une autre histoire.
Pour les autorités congolaises, la démarche a consisté dans un premier temps à retrouver les documents attestant du dépôt de cette fortune. Pour ce faire, le concours du dernier des chefs rebelles lumumbistes en vie a été plus que précieux. A plus de 70 ans, Gaston Soumialot, l’ex- chef « Simba », a jugé bon de livrer ses secrets. D’abord à cause du poids de l’âge. Ce serait stupide de laisser les Soudanais jouir de cette fortune alors que les populations congolaises en ont grandement besoin, mais aussi parce qu’il estime que le gouvernement actuel serait reconnaissant à un « digne fils du pays » d’avoir permis le rapatriement d’une somme d’argent aussi importante. L’ironie de l’histoire aura voulu que Christophe Gbenye, ancien ministre de l'Intérieur du gouvernement Lumumba, livre ses précieux secrets à Joseph Kabila.
Rien ne présageait pourtant cette « franche » collaboration, car le père de ce dernier, Laurent Désiré, s’était séparé de ses compagnons de lutte sur une note de discordance. De son vivant, il n’avait cessé de reprocher à d’autres dirigeants du fameux « Conseil national de Libération » leur « indiscipline et leur goût immodéré du lucre ». Pour Laurent Désiré Kabila, assassiné au pouvoir à Kinshasa en janvier 2001, l’affairisme auquel s’étaient livrés les chefs rebelles aurait expliqué la défaite des Simbas en 1964 face aux troupes du général Mobutu, fortement appuyées par des commandos belges et des Casques bleus.
Avec le rebondissement de cette affaire, on comprend comment, entre la conquête de deux localités, les rebelles s’intéressaient d’abord aux richesses dont regorgeaient les importantes mines de l’Est de la RDC. Ainsi, le butin dont il est actuellement question a été principalement saisi dans les mines de Watsa et de Kilo Moto ( Province Orientale). Sur un plan juridique, si Gaston Soumialot venait à mourir, la RDC serait dans l’incapacité de récupérer ce trésor. En effet, il est le seul survivant des trois signataires reconnus par la Banque centrale de Khartoum comme dépositaires du trésor. Pour faire bonne figure, le vieux chef rebelle a confié à deux ressortissants suisses Martin Hoffman et Pierre-André Bonvin, un avocat, le soin de monter une association caritative « pour le développement sanitaire et social de la RDC » dont la mission consiste, on s’en doute, « à récupérer les biens des anciens rebelles et à les utiliser pour permettre le retour au pays des Simbas exilés et ensuite lancer des projets sociaux et éducatifs ». Mais ce beau projet ne pourrait devenir réalité que si les autorités soudanaises acceptaient de coopérer.
De Kinshasa à Khartoum via Londres
C’est pourquoi le président Joseh Kabila a accepté de financer les déplacements des deux ressortissants suisses à Kinshasa. Il leur a adjoint le vice-gouverneur de la Banque Centrale de Kinshasa, Nestor Diambwana, dans leur mission à Khartoum. Dans la capitale soudanaise, la délégation est reçue par le président Bechir, le même qui, en 1964, alors général commandant de la région de Jouba, sud Soudan, avait enregistré les avoirs des rebelles Simbas, après leur fuite de la RDC. L’histoire est en marche, peut-on dire. Il fallait cependant remonter jusqu’au sultanat d’Oman pour retrouver un homme clé dans cette affaire : « Anwar Adham, l’avocat soudanais qui avait réceptionné le trésor du général Olenga », écrit Collette Braeckman. Avant d’ajouter « l’homme de la loi a témoigné de la réalité de ce transfert et produit l’accusé de réception signé à l’époque par le gouverneur de la Banque du Soudan ».
Quant ils reviennent à Kharthoum, « les enquêteurs » ne se laissent pas démonter par l’actuel gouverneur de la Banque Centrale soudanaise qui a d’abord nié l’existence de toute preuve de ce trésor. Il leur a fallu se rendre à la Banque d’Angleterre pour récupérer les doubles des opérations bancaires soigneusement conservées dans les archives. Ici, ils ont constaté que, juste après le dépôt de ce trésor de guerre en 1964 par les Simbas, des personnalités soudanaises avaient déjà commencé à y faire main basse. Tel ce transfert d’or estimé à 3 millions de francs suisses vers l’Union des banques suisses.
Ces preuves ont été suffisantes pour faire « retrouver » aux autorités soudanaises la mémoire.
Ces dernières, rapporte Collette, ont fini par avouer après avoir « miraculeusement retrouvé une grosse enveloppe portant la mention Top Secret - Gold Of Congo ». Depuis, un comité interministériel soudanais serait en train d’étudier ce « délicat dossier », sans doute afin de voir les possibilités d’indemnisation de la RDC. Avec cette affaire, on comprend pourquoi, dans l’histoire post-coloniale de la RDC, toutes les « rébellions », vraies et fausses, ou supposées comme telles, partent toujours des régions de l’Est. Avec toujours l’implication directe ou indirecte des pays voisins. L’ironie de l’histoire aura voulu que cette affaire rebondisse juste au moment où la Cour pénale internationale de la Haye vient de condamner l’Ouganda à payer plus de 10 milliards de dollars à la RDC pour les pillages de ses ressources minières pendant la guerre de 1998 à 2002. L’histoire continue…

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