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Charlie Hebdo se fait Hara-kiri
Par Hacène Ouffar
Le dessinateur Siné ne fait plus partie de l’équipe de Charlie- Hebdo dont il était une figure historique. Il vient d’en être congédié à 79 ans par son "jeune" patron, Philippe Val, qui l’accuse d’un grave délit : l’antisémitisme.
Tout commence par ces mots que Siné formule dans une chronique du journal datée du 2 juillet : "Jean Sarkozy, digne fils de son paternel, vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit ! ".
Voulue comme une simple allusion à l’opportunisme avéré ou supposé du fils du Président de la république, cette phrase -au vu de la confusion par ailleurs justifiée qu’elle pouvait véhiculer- est mal perçue. Plus tard, le chroniqueur de Charlie-Hebdo la trouvera lui-même incongrue. A plus forte raison que l’abjuration de Jean Sarkozy n’est pas encore établie. Bref, Siné devait s’en mordre les doigts au point de vouloir dans un premier temps s’en excuser en faisant son mea culpa à travers les mêmes colonnes.
Mais trop tard, la polémique est enclenchée. Et pas n’importe où, puisque c’est sur RTL, à une heure de grande écoute, qu’un autre chroniqueur, Claude Askolovitch, s’en saisit pour en faire une retentissante histoire d’antisémitisme. "Sous-entendu, pour faire du chemin dans la vie, vaut mieux être juif", s’offusque alors le célèbre journaliste du Nouvel Obs.
Seulement, en se posant en gardien de la morale, Askolovitch commet à son tour quelques bévues d’ordre sémantique. En effet, après avoir traité Siné d’"ordure" et d’antisémite, le flamboyant observateur risque maintenant de devoir apporter (si le dessinateur incriminé maintient sa menace de l’y ester pour diffamation) les preuves de son accusation en correctionnelle. Et dans cette perspective de contre attaque, le plaignant exhibe un argument de taille : "depuis 60 ans, j’ai toujours lutté contre toute forme de racisme et si j’avais eu l’âge de cacher des Juifs pendant l’Occupation, je l’aurais fait sans hésiter, comme je l’ai fait pour les Algériens pendant la guerre d’Algérie", rétorque-il en criant à la conspiration. Selon lui, tout découlerait de Philippe Val qui ne lui pardonne pas d’avoir "un certain culot". Notamment celui de prendre position en faveur du journaliste Denis Robert alors même que le patron de Charlie Hebdo tournait en dérision les enquêtes de celui-ci sur la chambre de compensation luxembourgeoise connue sous le nom de Clearstream.
Contée ainsi, l’histoire relèverait donc d’une "simple" affaire d’incompatibilité d’humeur entre des journalistes qui ne sont (à priori) ni d’un même bord idéologique ni (de surcroît) de la même génération ! Et dans pareil situation, au pire des cas, il reviendra à la Déontologie (ou aux tribunaux) d’établir qui en est victime et qui en est coupable. Et l’affaire serait close.
Le problème est qu’elle ne l’est pas ! Car depuis, d’autres journalistes, des personnalités politiques et des intellectuels -et pas des moindres- se sont mis dans la partie en y apportant qui un grain de sel qui un grain de sable ! Au gré de leur inspiration, ces supporters ou ces détracteurs d’un jour (c’est selon !), se sont rangés derrière l’un ou l’autre des protagonistes. A titre d’exemple, Bernard-Henri Lévy, Alexandre Adler, Robert Badinter, Bertrand Delanoë, Dominique Voynet, Dominique Sopo etc., appuient la décision de Philippe Val. Cela au moment où Willem, Michel Polac, Gisèle Halimi, Edgar Morin, Guy Bedos, Tignous, etc., apportent, eux, leur soutien à Siné. Un peu comme si toute cette "intelligentsia" sommait l’humanité entière de choisir son camp avant le déclenchement d’une ultime guerre mondiale…
Mais le déluge n’aura pas lieu. Ou sinon il aurait eu lieu lorsque ce journal satirique dont la devise est d’être "bête et méchant" s’est permis de rire successivement de la mort du Général De Gaulle, du turban du prophète Mahomet ou carrément de l’existence de Dieu. Tout le reste est…caricature.
A moins que, dans la presse satirique y compris, il faille tremper sa plume dans le parfum et plus dans l’acide avant de croquer qui que ce soit…
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