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Somptueuse cérémonie…
Par Hacène Ouffar
Il tombe des cordes cet après-midi du 10 mars 2006 à Bruxelles. Mais ce temps maussade n’altère en rien l’enthousiasme sans égal d’Ahmat Zéïdane Bichara, un des candidats au grand prix Lorenzo Natali.
C’est dans la somptueuse salle de bibliothèque Solvay que sont conviés les journalistes sélectionnés sur les cinq continents pour "cueillir le fruit" de leurs travaux sur les droits de l’Homme. Pour rappel, celui de Zéïdane, traitant des "Centres de dressage" au Tchad, pays dont il est originaire, est retenu parmi près de 1000 autres qu’avaient proposés au jury des confrères du monde entier.
Et sous l’égide de la Commission Européenne, le jury est appelé à "labelliser" des enquêtes et reportages s’inscrivant dans l’esprit des valeurs et fondements même de cette institution. Ces valeurs qu’avaient défendues, en son temps, Natali Lorenzo, ancien commissaire européen, disparu en 1989 et léguant ainsi son nom à ce prix tant convoité.
Après avoir rendu hommage à "cet homme d’exception", les organisateurs soumettent "ces plumes engagées" à un symbolique quiz de questions puisées dans les diverses actions de la Commission.
Comme dans un jeu télévisé, les candidats valident leurs réponses par le biais de télécommandes reliées à un grand écran disposé à cet effet. Ce même écran, auparavant, avait servi à la diffusion de portraits filmés de ces illustres "historiens du présent" officiant ou ayant officié en Inde, au Pakistan, au Brésil, en Argentine, au Bénin, au Tchad, en Algérie, au Liban, en Grande-Bretagne, en France…
Puis Louis Michel, actuel commissaire au développement de l’aide humanitaire, arrive devant le pupitre. Dans une allocution solennelle, tout en relevant son "estime pour les journalistes qui font esprit de courage et de sacrifice", il prône également les autres valeurs que sont l’éthique et la déontologie : "une plume peut être à la fois une chose extraordinaire mais aussi la pire des choses", assène-t-il l’air grave. En évoquant sa nouvelle stratégie d’aide au développement et à la bonne gouvernance, il promet de rester vigilant pour interférer dans les excès et les dépassements : "Je transmets mes réserves à chaque rencontre avec les dirigeants qu’on suspecte de censure et d’atteinte à la liberté d’expression", assure cet homme au pragmatisme et à l’engagement sans faille, avant de procéder à la remise des prix.
Et c’est des mains de cet homme d’envergure internationale que Zéïdane eut le privilège de recevoir… le 1er prix, décerné au continent africain, d’une valeur matérielle considérable et surtout d’une valeur morale inestimable. Ravie, Danielle Ohayon, présidente de la Maison des journalistes, venue spécialement de Paris accompagnée de deux autres de "ses protégés" soutenir Zéïdane, ne cache pas son émotion : "C’est la preuve que les journalistes de […] la Maison des journalistes ne sont pas seulement courageux mais ils ont aussi du talent, ce dont je n’ai jamais douté", se réjouit-elle.
Ces journalistes pour qui, dans les coulisses, elle s’enquiert avec Louis Michel des moyens à mettre en œuvre pour améliorer leur accueil dans cette maison sise à Paris, qu’il promet de visiter prochainement.
Zéïdane, lui, jusque-là serein, eut le regard embué : "Je dédie ce prix aux miens restés au Tchad et exprime toute ma gratitude à la Maison des journalistes et à tous ses résidents", dit-il attendri avant de rejoindre le cocktail offert en l’honneur des lauréats. Merci Zéïdane et encore bravo…
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