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L’Union pour la Méditerranée (UPM), une naissance sur fond de susceptibilités

Par Hacène Ouffar

Depuis le 13 juillet 2008, le "rêve" euro-méditéranéen de Nicolas Sarkozy est devenu une réalité. Ce jour là, pas moins de 43 pays des deux rives du bassin signent l’acte de naissance d’une organisation intergouvernementale (UPM) jugée ambitieuse par un grand nombre d’observateurs. A condition d’aplanir, de juguler ou de ménager les susceptibilités recensées ici et là. Quelques exemples.

Sur la rive Nord, des réserves se font entendre dès l’annonce du projet en février 2007 par Nicolas Sarkozy : "Et si, au final, la France ne cherchait qu’à nous voler la vedette ? ", s’inquiètent alors conjointement l’Espagne et l’Italie qui s’accommodaient fort bien de "leur" processus de Barcelone. Problème, douze années après son lancement, le dit processus n’a donné aucun résultat probant. Il faut donc instaurer un autre cadre pour booster la coopération entre les pays du pourtour méditerranéen. Imparable. Mais cette logique exclut de fait des pans entiers du vieux continent. A l’exemple de la Pologne ou encore de l’Allemagne dont les fenêtres ne donnent pas sur la mer en question. A moins de s’y coller sous l’égide de l’Union européenne.

A ce propos, d’autres doutes se font sentir : et si le projet de l’UPM était une "manœuvre pour tenir la Turquie hors de l’Union de l’Union européenne ? " comme le soupçonne le quotidien turc "Milliyet". Et si la France voulait détourner Ankara de sa vocation européenne en l’orientant vers une adhésion à une autre organisation ? Pour mieux convaincre, la France met en branle un véritable ballet diplomatique en direction d’Ankara. Le président Sarkozy se voit même obligé de téléphoner en personne à Erdogan pour lui rappeler combien sa présence est nécessaire lors de la plénière. D’autant que la Turquie a déjà engagé des pourparlers entre Syriens et Israéliens. Dans l’euphorie, les organisateurs envisagent même une poignée de mains historique entre Ehud Olmert et Bachar Al-Assad. Mais ce dernier, très tôt, "fait craindre à la diplomatie française un rejet en bloc" si on ne faisait pas référence à la conférence de Madrid tenue en 1991 sur la base de "la terre contre la paix". Or Israël ne mentionne aucune solution allant dans ce sens. Surtout pas avant la condamnation du terrorisme par les états arabes qui, eux, demandent de mettre un terme à l’armement nucléaire israélien. Pour eux, tout est une question de formulation : ne pas confondre terrorisme et résistance.

Des questions relevant de leadership font naître des différends également dans la rive sud. Au Maghreb, la Tunisie et le Maroc se disputent le secrétariat de l’organisation. Au moment même où l’Algérie se fait prier pour assister au sommet fondateur. Ira, n’ira pas, le Président Bouteflika a mis longtemps avant de confirmer sa présence. Mais sans participer au défilé du 14 juillet auquel étaient conviés les chefs d’états et les souverains des 43 pays adhérents. Sans doute pour ne pas offusquer les voix conservatrices qui se sont élevées dans son pays et qui y ont vu une "provocation" au lendemain de la célébration du 46 ème anniversaire de leur indépendance.

Pour autant, l’Union pour la Méditerranée n’est pas vide de sens. Certes, sa portée politique ne sera appréciée que dans la durée mais elle est déjà un gage pour relever au moins un défi : réconcilier les peuples qui chérissent cette région mythique.

 

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