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L’engagement sans failles d’un intellectuel
Par Youcef Zirem
Parti à l’âge de 76 ans, le spécialiste de la Grèce antique, Pierre Vidal-Naquet, laisse une oeuvre admirable. On ne pourra jamais oublier non plus son engagement pour les causes justes.
C’est à Paris qu’il voit le jour en 1930. Juifs laïcs, ses parents sont déportés à Auschwitz en mai 1944. Ils ne reviendront jamais de cet enfer.
Adolescent, Pierre Vidal-Naquet est passionné par la Grèce antique. Cet attrait pour la patrie de la démocratie ne le quitte plus. Démocratie véritable, droits de l’Homme, justice et libertés pour tous les peuples du monde, Pierre Vidal-Naquet y croit. En 1958, il signe l’appel des 121 et prend ainsi position pour le droit à l’insoumission, et contre latorture en Algérie.
Il publie ensuite son livre, "l’Affaire Audin", pour faire la lumière sur l’assassinat par les autorités coloniales du jeune universitaire communiste. Et contrairement à de nombreux intellectuels, compagnons de route du combat libérateur algérien, il ne sera pas corrompu par les autorités algériennes de l’indépendance. Quand le pays de Saint Augustin entre dans un cycle de violences multiples, au début de l’année 1992, la torture y devient institutionnalisée. Pierre Vidal-Naquet ne cesse de dénoncer cette pratique avilissante. Le régime militaire algérien et une partie de la presse algérienne le critiquent alors de manière virulente.
Du côté de la belle ville d’Alger, on oublie, à ce moment-là, que l’historien de renom avait déjà stigmatisé cette manière de procéder des années auparavant, quand il fallait dénoncer les militaires français, du temps de la colonisation. Pierre Vidal-Naquet écrit, entre autres, "La torture dans la République : essai d'histoire et de politique contemporaine, 1954 1962" (éditions de Minuit, 1998 ), "Les crimes de l'armée française Algérie 1954-1962" ( La Découverte, 2001 ), et "La Raison d’Etat" (éditions La Découverte, 2002 ).
Attentif à tout ce qui se passe à travers les quatre coins du monde, Pierre Vidal Naquet n’a jamais cessé de dénoncer l’injustice. Il s’était élevé contre le négationnisme, mais il voulait aussi une autre politique en Palestine. A l’instar de millions de personnes du monde entier, il ne comprenait pas l’injustice de l’Etat d’Israël envers les Palestiniens et le Liban. "C’est la simple évidence d’un constat : révolté par le mensonge et l’injustice, Pierre l’a toujours été. Mais, à la différence de beaucoup d’autres, il a su nous montrer que la seule révolte, sans le savoir et la réflexion critique, ne peut être que vaine", estime François Gèze, directeur des éditions de La Découverte.

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