La consultation sur le vote des Citoyens a valeur d’une grande pétition
Par Léon Kharomon
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Dimanche 12 novembre, seront publiés, à l’hotel de ville de Bobigny, les résultats de la grande consultation sur le vote des étangers. Alors que plusieurs pays de l’Europe appliquent déjà ce principe, la France continue d’opposer son refus et se conforte dans un rôle de mouton noir.
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Mais à Bobigny, à Saint-Denis et dans d’autres villes, l’heure est venue pour une grande mobilisation des politiques afin de concrétiser un projet qui date de 1981. Interview avec Antoine Blocier, directeur d’activités pour la vie des quartiers et la citoyenneté.
Sous quel signe placez vous cette consultation ?
Sous le signe de la sensiblisation. Il s’agit de faire valoir l’idée que tous les citoyens se valent. L'Europe a fait beaucoup de progrès pour la circulation des biens et des personnes, mais pas encore sur leurs droits. Nous nous sommes dits qu’il n’ y a pas de raison valable que les uns déterminent les droits des autres…
A Saint-Denis on a parlé de référendum, Bobigny a préféré une consultation.
Oui, il y a une nuance de taille entre les deux appellations. A Saint-Denis, ne pouvait participer au vote que celui ou celle qui habite Saint-Denis et est inscrit sur une liste. Nous, nous avons voulu faire faire les choses plus simplement, mais en ouvrant le scrutin au plus grand nombre de personnes. Toute personne, résidant ou non à Bobigny, intéressée par cette question, peut voter.
Bien que la consultation n’ait aucune valeur juridique, nous en mesurons toute la symbolique.
Pour tous les Balbyniens et ceux qui ont voté, elle a valeur de pétition géante.
C’est pour cela que son organisation dérogeait un peu aux règles d’un vote traditionnel, avec des points de consultations mobiles, dans des endroits fréquentés à ciel ouvert, etc…
A deux jours du dépouillement, avez-vous une estimation de la participation ?
Les premiers comptes indiquent une participation de plus de 5.000 personnes déjà. A deux jours de la clôture, nous avons déjà largement dépassé la moyenne escomptée qui était de 4.000.
Pensez-vous que la société française soit prête à accepter le vote des étrangers ?
Oui, globalement les citoyens français ne s’y opposent pas. Même les élus en sont conscients. C’est pour cela que l’Assemblée Nationale n’a pas hésité à voter la loi sur le vote des étrangers non européens communautaires.
Mais alors qu’est ce qui bloque ?
C’est le sénat qui s’y oppose encore.
Pourquoi ?
Je pense que dans cette chambre on trouve encore des vieux réactionnaires qui avancent des arguments qui ne tiennent pas debout. Ce sont des gens qui, pour des raisons innavouées, refusent d’évoluer dans leurs mentalités. La plupart continuent à soulever des arguments du genre "les étrangers ne sont pas encore suffisamment intégrés pour pouvoir voter, où ils risquent d’exprimer un vote communautariste", etc. A bien voir, ces arguments ressemblent à ceux qui pendant longtemps avaient refusé aux femmes leur droit de vote et d’émancipation. Le concept d’étranger leur va mieux pour catégoriser les gens, pour mieux les opposer.
Selon vous, que signifie être français aujourd’hui ?
C’est habiter en France, et y exercer pleinement ses droits et devoirs. La France continue d’entretenir un fâcheux paradoxe. Le droit de sol inscrit dans la constitution est réduit à sa plus simple expression. Cela donne des abhérations du genre "Zidane, citoyen français, mais son père qui a passé toute sa vie en France n’a aucun droit de vote parce qu’il n’a pas pris la nationalité".
Mais il n’avait qu’à prendre la nationalité française, pourraient dire les certaines personnes…
Oui, mais encore faut-il que cette nationalité soit accessible au plus grand nombre de ceux qui la demandent. Lorsqu’il faut attendre au minimum deux ans le dossier et patienter encore trois ans, voire plus, avec au bout une réponse incertaine, on comprend que l’obtention de la nationalité française devienne un obstacle pour exercer ses droits fondamentaux.
Mais pendant ce temps des milliers d’étrangers participent activement à la vie associative, sont syndiqués, travaillent et paient leurs impôts en France. Mais quand viennent les élections, ils n’ont aucun droit de s’exprimer sur ce qui touche à leur vie quotidienne et sur ceux qui vont prendre leur destin en main. C’est choquant…
Mais la peur du vote communautariste qu’évoque l’extrême droite n’est-elle pas justifiée ?
Pas du tout. C’est parce qu’on refuse à une frange importante de la population de voter que certains français d’origine étrangère expriment un vote communautaire avec l’émergence des liste "ethniques" par exemple dans les municipales.
Dans les pays où le droit de vote aux élections locales est reconnu à tous les étrangers résidants, ce problème ne se pose pas.
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