Réalisation : Christian Fienga, Christophe Maizou
Musique originale : Alexis Pécharman
Assistant réalisateur : Tom Fraisse
Moyens techniques : Tigre Production

Rencontre Renvoyé Spécial avec la journaliste Maria KUANDIKA* (Rwanda) au lycée Jules Fil de Carcassonne (Montpellier), le 16 décembre 2016. 

Renvoyé Spécial au lycée Jules Fil de Carcassonne

Deux classes de première et de terminale ont pu échanger avec la journaliste rwandaise sur les valeurs fondamentales de la liberté d’expression et de la presse, de la tolérance et de la démocratie mais également sur le journalisme engagé et la douloureuse étape de l’exil. Une rencontre enrichissante comme en témoignent les retours des élèves ci-dessous.

« J’ai aimé l’émotion du témoignage et sa force : la passion du métier de journaliste est évidente et le témoignage très fort. La situation politique m’a frappée en comparaison à celle de la France »

« La liberté de la presse est importante pour entretenir la démocratie, garder un esprit critique envers le pouvoir afin qu’il ne s’accapare pas tous les droits »

« Ces journalistes sont des personnes possédant un grand courage et une grande détermination »

« C’est très dur pour eux, il faut faire un maximum d’effort pour qu’ils se sentent bien »

« Ils sont comme des héros, des voix qui doivent continuer à dénoncer ce pourquoi ils ont dû s’exiler »

« J’aimerais dire aux journalistes exilés que je suis fière d’eux, qu’ils m’ont donné envie d’aller au bout de mes projets. UN GRAND MERCI »

Lisez ci-dessous l’article “Des lycéens rencontrent une journaliste rwandaise en exil” du quotidien Midi Libre consacré à la rencontre et publié le 17 décembre 2016 : 

« Des lycéens rencontre une journaliste rwandaise exilée », Midi Libre, 17 décembre 2016
Crédits photo : Claude BOYER

A l’occasion de la publication et de la traduction en français du roman Femme Interdite, l’Humanité accompagne sa critique littéraire d’un entretien consacré à Ali AL-MUQRI, journaliste et écrivain yéménite, ancien résident de la Maison des journalistes. Dans cet entretien Ali AL-MUQRI livre sa vision de l’art de l’écriture et son analyse de la condition des femmes face à l’obscurantisme religieux.

L’occasion pour le journaliste et écrivain d’informer les lecteurs français sur la situation des libertés individuelles au Yémen et de témoigner de la douleur de l’exil :  » je suis certes libre d’écrire, mais je n’y arrive pas. ».

Un portrait tout en nuances d’un homme de lettres, épris de liberté.

Vous pouvez lire l’intégralité de cet entretien sur http://www.humanite.fr/ali-al-muqri-toutes-les-religions-coupent-le-desir-629364 ou télécharger l’article en format PDF ici : Ali al-Muqri, l’Humanité, 29122016.

Texte recueilli par Emanuela Mastropietro et publié par l’hebdomadaire italien Grazia (décembre 2016 : cliquez ici pour télécharger la version originale)

Ci-dessous la traduction de l’italien au français par Lisa Viola Rossi

Maha Hassan (cliquez ici pour lire son profil sur L’oeil de l’exilé) est une écrivaine née dans la ville syrienne submergée par l’urgence humanitaire. Et dans ces jours où les Nations Unies tentent de sauver la population, elle se souvient du jour où elle a perdu sa mère et de la fuite qui lui a donné une nouvelle vie.

Ma mère est morte à Alep le 16 décembre il y a un an. Je ne sais pas ce qu’elle faisait quand un missile a transformé la maison où elle m’avait mise au monde en un tas de gravats. Ma mère, Amina, était une femme pleine de joie, chaleureuse. Peut-être qu’elle préparait du thé pour ses voisins, qu’elle n’a jamais cessé de voir, même sous les bombardements. Quand je l’appelais par téléphone de la France – d’abord de Paris, puis de Brest, où je vis en tant que réfugiée politique depuis 12 ans – elle n’a jamais versé une larme: elle endurait l’enfer et pour moi elle s’efforçait de sourire. Je suis une fille d’Alep. Et aujourd’hui, je suis orpheline. Deux fois orpheline.
Mon pays, je l’ai perdu en 2004. Pour échapper aux persécutions contre la communauté kurde dont je fais partie, à 38 ans, j’ai été forcée de quitter la ville qui m’a vue naître et devenir une adulte, le berceau d’une grande civilisation qui a nourri mon inspiration en tant qu’écrivaine. Mais le cordon ombilical qui me lie à cette terre martyre, il n’a jamais été coupé. C’est le destin de nous les Syriens: il n’y a pas un lieu à l’extérieur de notre pays, qui est fait pour nous. Même quand on a l’impression de pouvoir enfin poser nos valises, nous nous rendons compte que la vie que nous vivions en Syrie, elle s’est collée à notre âme et que nous sommes condamnés à la comparer constamment à la nouvelle vie, à laquelle nous ne pouvons pas nous habituer.

La couverture du livre « Le Métro d’Alep » de Maha Hassan

J’ai essayé de donner corps à ces sensations dans mon dernier roman, Le Métro d’Alep, publié à Beyrouth aux éditions Dar al-Tanweer. Le personnage principal, Sara, fuit la guerre qui a dévasté ce qui, un temps, pouvait se vanter du titre de capitale économique de la Syrie, et elle a trouvé refuge à Paris. Elle passe ses journées à errer dans le métro, sans racines, sans liens, dans les limbes de la mélancolie qui lui empêche de vivre et où le passé et le présent se chevauchent sans cesse. Un jour, quand elle se perd dans un dédale de tunnels et des escaliers mécaniques et quelqu’un lui demande ce qu’elle cherche, Sara lui répond : « La ligne menant à Alep ».

Sara est un personnage fictif, mais elle me ressemble. Le missile qui a tué ma mère et a détruit ma maison, il a fait de moi une sorte de fantôme, un être invisible. Ce jour-là j’ai tout perdu, ma vie est une non-vie.

Si je ferme les yeux et je pense à Alep, je ne peux plus voir la ville de mon enfance et de ma jeunesse, des rues animées du centre-ville, le rassurant brouhaha des cafés. Si je ferme les yeux et je pense à Alep, je vois Berlin en 1945: les décombres, la mort, la désolation. Tout est noir et blanc. La guerre a effacé les couleurs.

J’ai appris hier que le quartier dans lequel se déroule un chapitre de mon roman a été bombardé et il n’existe plus. J’ai perdu mon Alep, mais aussi Sara – mon personnage – elle a perdu le sien. C’est comme mourir deux fois. Que deviendra ma ville? Je ne peux pas répondre. D’une part, je suis convaincue que les blessures ne guériront jamais complètement. La guerre a enlevé un morceau de notre âme.
D’autre part, je refuse de perdre l’espoir. Certains membres de ma famille vivent encore là-bas. Mon frère et ses quatre filles ont survécu au bombardement de leur maison et ils ont trouvé refuge dans la ville universitaire. Un jour, peut-être, mes petits-enfants verront Alep ressuscité, reconstruite, en paix.

J’avais prévu de consacrer mon dernier livre à ma mère. Je voulais la surprendre, mais elle est morte avant que j’aie pu le terminer. Amina était illettrée, elle n’a jamais pu lire une ligne de ce que je publiais, mais elle m’a encouragée, m’a soutenue, elle était fière de moi. Si je continue à écrire, je le fais pour elle, et pour donner une voix à toutes les personnes qui ne peuvent exprimer leur douleur; je suis chanceuse, j’ai l’occasion de témoigner et c’est comme si ma souffrance a un sens. Jamais je ne vais arrêter de le faire : je suis une fille d’Alep, tel est mon destin.

 

b-tawil-nyuMardi 15 novembre, Bassel TAWIL, photographe syrien originaire d’Homs, est intervenu auprès des étudiants de l’Université de New York à Paris pour témoigner de son vécu et de la situation des droits de l’Homme en Syrie.

Ci-dessous l’article rédigé par deux étudiantes qui ont assisté à cet évènement, Emily Albert, Gloria Yanez, et leur professeur Anna Lesne (décembre 2016).

« Une rencontre marquante entre Bassel Tawil et des étudiants de l’Université de New York à Paris »

Le 15 novembre, un groupe d’étudiants de New York University à Paris, dont nous faisons partie, s’est réuni pour entendre l’histoire personnelle de Bassel Tawil, un photoreporter syrien de vingt-huit ans réfugié en France depuis quinze mois et soutenu par la Maison des Journalistes. « Passionnant », « éclairant », « fascinant » : ainsi était décrit ce moment dans les commentaires rédigés par les étudiants. C’était la première fois que nous entendions parler de la guerre en Syrie par quelqu’un qui l’avait vécue. Bassel Tawil est parvenu en une heure non seulement à nous bouleverser, mais à renverser notre représentation de la situation de ce pays dont nous avons tant entendu parler dans les médias.

Choqué par la violence de la répression des manifestations contre le régime syrien dans sa ville de Homs au printemps 2011, Bassel Tawil, étudiant en informatique tout juste revenu de son service militaire, a commencé à photographier et filmer ce qui se passait autour de lui. Il est ainsi devenu l’un de ces « journalistes civils » qui ont publié leurs images sur des pages personnelles et les ont fait parvenir aux agences de presse occidentales, notamment l’AFP. Il a été poursuivi par les autorités syriennes, menacé, arrêté et enfermé, avant de fuir le pays vers le Liban avec un passeur du Hezbollah ; privé de son passeport, il a été soutenu par Reporters Sans Frontières et le Committee to Protect Journalists, puis accueilli en France où il a obtenu un statut de réfugié.
En France, Bassel Tawil parle ouvertement de ce qu’il a vécu : la faim dans le quartier assiégé, les habitants qui se nourrissent de plantes et boivent de l’eau souillée, l’absence d’électricité. Il mentionne, sans insister, la mort de trois de ses amis et de son jeune frère, la torture. Ses photos montrent des scènes de Homs au fil des mois, des gens abasourdis dans des rues où plus un immeuble n’est habitable, des gens qui courent, d’autres qui s’étreignent, des parties de foot dans les gravats, des enfants qui jouent et qui sourient au photographe. Défilent aussi sur l’écran des images de familles qui ont ramassé ce qu’elles ont pu sauver dans quelques sacs, des voitures de l’ONU, des groupes qui se préparent au départ. Ces images et ces films permettent de saisir l’atmosphère des manifestations contre le régime syrien. Une vidéo poignante montre une fillette qui chante pour la paix, avec tout l’esprit de l’enfance. Tout à coup, le son d’une bombe qui explose juste là et d’une voix qui répète un prénom féminin tétanise la salle. Muets, nous clignons des yeux tandis que Bassel Tawil détourne les siens vers la fenêtre. “Sur place, le bureau du tourisme continue à promouvoir le pays comme si rien ne se passait” ajoute Tawil un peu plus tard.

Après son récit, Bassel Tawil a pris le temps de répondre aux questions des étudiants, dont certaines ont révélé la complexité de la situation en Syrie. Selon lui, notre interprétation est inadéquate quand elle présente ISIS comme le principal ennemi et le grand danger auquel fait face le pays, et non Bachar el-Assad. Bassel Tawil se rappelle la réaction de son père quand à 7 ans il l’a vu dessiner sur le visage du président dans un livre d’école : il l’a frappé, pour la seule fois de sa vie. Aujourd’hui, dit-il, le chef d’Etat est un meurtrier qui a décimé son peuple. Les étudiants de NYU écoutent dans un silence total.

Bassel Tawil dénonce les profiteurs de guerre, ceux qui viennent des pays voisins et exploitent le chaos pour s’enrichir ou prendre position dans le pays. Il illustre les rapports complexes du régime syrien avec ISIS en évoquant la libération en 2011 de prisonniers extrémistes qui ont rejoint Daech, la vente d’essence par l’organisation dans la monnaie syrienne, qui a enrichi l’Etat. Il évoque ce qu’il perçoit comme la faiblesse d’ISIS en Syrie par rapport à l’image qui nous en est donnée. Pour lui, c’est le régime qui doit tomber. Les médias, en concentrant notre attention sur l’Etat Islamique, nous empêchent de comprendre la tragédie syrienne.

De la même façon, dit-il en réponse à des questions sur le sujet, la couverture médiatique de la situation des réfugiés en France, de leurs conflits avec la population et la police, offre au public une image partielle, parfois distordue, de la réalité. Les médias et l’opinion publique se reflètent, se répondent. La vision française peut changer, et la Syrie ne plus être associée au radicalisme religieux et à ISIS.

Comment alors être bien informé ? Pour Bassel Tawil, suivre les médias français et américains est important, mais insuffisant : des pages Facebook continuent à relater la situation locale depuis les zones occupées. Des journalistes réfugiés comme lui partagent leur connaissance du terrain. Si Bassel Tawil a dû quitter les lieux, d’autres continuent. Quand on lui demande s’il a l’intention de retourner en Syrie après la guerre, la réponse est attendue : oui, bien sûr. “Je vois ma vie ici comme temporaire. Je n’attends pas. Je continue ma vie : j’apprends le français, je prends des cours, je cherche à travailler. Mais comme la plupart des Syriens, j’ai l’intention et l’espoir de pouvoir retourner dans mon pays.”

 

 

Dans le cadre de sa mobilisation en faveur des étudiants réfugiés, l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne a consacré une double page au portrait de Mortaza Behboudi, dans le numéro 18 de son magazine, de juin à septembre 2016.

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Portrait de Mortaza Behboudi dans le numéro 18 du magazine de l’université Panthéon-Sorbonne ( crédits photos : Panthéon Sorbonne magazine)

Le magazine revient sur le parcours de ce jeune homme, réfugié politique, journaliste afghan de la Maison des journalistes, qui, à l’âge de 22 ans à déjà mener de nombreux projets en Afghanistan, son pays natal, notamment en tant que stagiaire au Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, et en France, où il a trouvé refuge.

Aujourd’hui étudiant de Master 1 à l’université de Paris 1, Mortaza Behboudi a dû franchir de nombreuses barrières pour en arriver là, notamment la barrière de la langue.

Considérant le langage comme un pouvoir et une arme contre l’isolement, Mortaza Behboudi revient dans cet article sur son adaptation à la langue :  » Puis, très rapidement j’ai décidé d’apprendre le français pour communiquer, ce qui était loin d’être facile mais je n’ai cessé de me rappeler la citation de Nelson Mandela: si vous parlez à un homme dans une langue qu’il comprend, cela va dans sa tête. Si vous lui parlez dans sa langue, cela va dans son coeur… »

Ancien résident de la Maison des journalistes, Mortaza Behboudi indique qu’il continuera à  » se battre pour les histoires à raconter », preuve d’un engagement permanent en faveur de la liberté d’expression et la liberté de la presse.

Un portrait qui constitue une belle leçon d’humilité et d’ouverture aux autres et apporte un regard concerné sur la situation des jeunes réfugiés politiques en France.

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