 |
La situation des femmes au Burundi
Entre indifférence et violence...
Par Maha Hassan et Fanny Chagniot
La coordination Burundi et la commission Femmes d’Amnesty International France ont organisé une réunion publique le lundi 4 décembre 2006.
Madame Mireille Niyonzima, présidente de l’association pour la protection des droits de la femme (APPDF) au Burundi s’est exprimée sur la situation des femmes dans son pays.
"Au Burundi, les femmes représentent 30 % du parlement, et 30% du Sénat. 7 ministres sur 20 sont des femmes, mais cela suffit-il ? Les droits des femmes sont-ils respectés ? La réponse est non. La situation de la femme ne change pas, elle est toujours soumise. Elle n’a pas le droit le plus simple, celui de la parole."
Dans un pays en situation de post-conflit, le sujet des femmes ne semble pas être mis en avant. Les veuves ne sont pas respectées, elles sont souvent chassées, n’ont pas droit à un héritage. Quand une femme quitte sa famille pour entrer dans celle de son mari, elle perd ses droits. Elle arrive sans rien, et si elle est chassée, elle repart sans rien non plus. Si elle doit retourner dans sa propre famille, c’est encore pire. Dans tous les cas, la femme est dépendante, de son mari ou de sa famille, mais elle est toujours dépendante.
Un autre sujet préoccupant, c’est celui de la violence. Au Burundi, l’arme de guerre, c’est la violence, la vengeance. Une femme violée ne peut pas dénoncer son violeur, elle est dans la plupart des cas punie à sa place. Elle est considérée comme une prostituée, elle subit chaque minute, elle doit se battre à chaque instant pour survivre.
"Je vous donne un exemple : l’année dernière, une fille de 14 ans à été violée et obligée de se mariée avec un homme de 53 ans ; j’ai été emprisonnée deux jours car mon association a porté plainte. La police a arrêté la plaignante au lieu d’arrêter le criminel…Les media ont été mobilisés et j’ai été finalement libérée", témoigne Mireille Niyonzima.
La question du respect des femmes a aussi été abordée : les hommes ne les respectent pas, et même la justice ne se préoccupe pas d’elles. Dans les cas de divorce, par exemple, elles n’ont rien, pas de pension ; elles n’ont pas les moyens nécessaires pour avoir accès à la justice.
Les femmes qui siègent au parlement ne font rien pour améliorer la situation de leurs semblables. Elles n’ont pas de projet pour les droits des femmes. Pour la présidente de l’APPDF, "c’est une façade, juste pour montrer qu’il y a des femmes dans le parlement". Mais elles ne sont même pas sensibles aux problèmes rencontrés par les femmes dans la société burundaise, dont beaucoup sont obligées de mendier pour s’en sortir. Les femmes ministres ne se soucient pas non plus de leur sort.
Le but de l’APPDF est d’aider ces femmes, elle offre des aides financières, juridiques…Elle essaye d’apprendre aux femmes leurs droits, pour qu’elles n’acceptent plus des situations barbares, comme dans le cas des violence conjugales, où beaucoup de conjointes se taisent car elle en savent pas quoi faire, et ce qu’elles peuvent faire. Il n’y a pas de système éducatif pour leur apprendre à se défendre.
De nombreux autres problèmes ont fait débat lors de la réunion, tels que l’analphabétisme, le manque de soins pour les femmes enceintes, qui parfois accouchent dans la rue…
Et Mireille Niyonzima de conclure : "la femme n’a aucun droit au Burundi, c’est pourquoi elle se tait, ou s’enfuit…".
Il reste à espérer que le gouvernement Burundais, et en particulier les femmes qui le composent, prennent conscience de ces difficultés, et mettent en œuvre des projets concrets.
En attendant, cette réunion publique aura pu au moins sensibiliser les personnes présentes à cette situation de crise que rencontrent les femmes du Burundi.
|
 |
|