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"Les hommes qui méprisent les femmes sont des faibles qui pensent que les femmes le sont aussi"

Maha Hassan est écrivain et journaliste. Elle est une ancienne résidente de la MDJ, originaire de Syrie. Pour l'œil de l'exilé, et son nouveau dossier, elle expose son point de vue sur les violences faites aux femmes dans son pays, et dans beaucoup d'autres…

"J'ai toujours essayé d'éviter le sujet des femmes car je me considère comme un écrivain et je ne suis pas féministe. Mais au moment d'écrire "L'âme verte", j'étais en France, et j'ai été choquée par le meurtre d'une architecte en Syrie à cause d'une histoire d' "honneur". Souvent on entend parler de victimes qui sont des femmes analphabètes, dans des villages reculés, mais là, elle avait fait des études supérieures, et son histoire m'a touché. Une association privée de mon pays "Femmes de Syrie", a fait une pétition sur internet contre la violence, car la loi, et ça aussi me choque, donne raison aux hommes qui tuent les femmes pour des questions d'honneur. Si un homme tue sa femme ou sa sœur qu'il a trouvé par exemple avec un homme, où même s'il a un doute sur sa fidélité, s'il la tue, il ne sera pas puni comme un meurtrier. J'ai donc écrit un article en arabe sur cette femme sur Internet, Houda Abo Asli, et des gens m'ont critiqué en disant que ce n'était pas à cause de l'Islam qu'elle avait été tuée. Le débat est arrivé sur ce sujet : l'Islam est-il responsable, nos traditions sont-elle responsables ?

J'ai alors pensé à écrire un livre sur ce sujet qui me touche, car même si je suis écrivain, je ne peux pas me cacher, je suis une femme, même si je n'aime pas faire la différence entre les sexes. Pour moi, les hommes et les femmes sont égaux, la différence est juste physique, mais je suis née là-bas, ma famille est là-bas. Je ne suis pas défenseur directe des droits des femmes, mais j'avais envie de faire la lumière sur ce qui se passe en Syrie, et dans les pays arabes, car c'est choquant. Je ne sais pas si c'est la religion qui est responsable, ou notre mentalité, car à l'époque, avant le prophète Mohammet, avant l'Islam, si une femme avait une fille, on l'enterrait vivante. Après l'Islam, cela a été interdit. Mais jusqu'à aujourd'hui, des femmes continuent à avoir peur d'accoucher de filles, car certains hommes n'hésitent pas à répudier leur épouse dans ce cas de figure. Je connais un homme en Syrie qui a quitté sa femme car elle lui a donné trois filles d'affilé.

La femme est considérée comme une honte. Un crime d'honneur, c'est quand une femme a porté atteinte à l'honneur. C'est paradoxal car si l'on considère que la femme peut porter atteinte à son honneur, c'est qu'elle a de l'honneur, et qu'on doit donc la respecter! Mais on la fait souffrir, on la cache dans les maisons, on ne la respecte en tant que symbole d'honneur! Tout cela est contradictoire, les femmes sont méprisées par les hommes, qui divorcent sans raisons, elles ne peuvent pas vivre seules, sans mari ou parents. Quelqu'un doit toujours être responsable d'elles. On considère la femme comme une mineure, même si elle est adulte.

Je pense que la racine de tout cela est la religion, que ce soit l'Islam, le judaïsme, ou le christianisme. Je pense que toutes les religions sont responsables de cela, car elles ont présenté les femmes comme une "deuxième étape" : c'est d'abord Adam, puis Eve, qui a été crée avec un morceau d'Adam ; elle a été responsable de la chute du Paradis. Les femmes sont placées au même niveau que le diable, et elles sont même parfois considérées comme plus diaboliques que le Diable! Même dans les mythologies, comme Héra dans la mythologie grecque, les femmes sont méchantes, elles commettent des erreurs. A mon avis, il faut séparer les gouvernements et les structures religieuses, comme c'est le cas en France. Dans les pays orientaux musulmans, l'Islam fait partie de l'Etat. Si on ne sépare pas la religion et l'Etat dans ces pays, la femme restera soumise. La solution est la laïcité dans le gouvernement. En Jordanie, ils ont essayé de créer une loi pour abolir les crimes d'honneur, mais le parlement a décidé que c'était contre les principes de la religion.

Les femmes ont aussi des ennemies parmi les femmes…Certaines pensent que ça satisfait Dieu que l'on tue les femmes considérées comme des "salopes". Il faut que chacun soit à sa place : les mosquées, les églises d'un côté, et les gouvernements de l'autre. Nous sommes en 2006 selon JC, mais pour le calendrier islamique, nous sommes en 1427. Nous avons plus de 500 ans de "retard", et c'est peut être le temps qu'il faudra encore pour que tout cela change…
Le problème dans ces pays c'est que si un homme tue, frappe, ou méprise sa femme, la loi le protège! Parfois, il est considéré comme un héros qui a fait ce qu'il fallait.

Une autre chose qui me choque, c'est quand on dit que la société est comme ça, et que ces choses là arrivent chez les gens peu cultivées. C'est faux! J'ai de la colère contre les personnes cultivées qui pensent de la même manière. J'ai des exemples : j'ai des amis en France, un réalisateur, un peintre, et un médecin, et les trois se sont mariés avec des filles syriennes; ils ont demandé à leur famille de leur trouver des filles du pays, vierges. Ca m'énerve car ici, ils ont eu beaucoup d'expériences sexuelles avec des femmes, mais quand ils ont voulu se marier, ils ont voulu une femme avec un niveau culturel différent, qu'ils n'avaient jamais vu en plus! Je peux pardonner à mon père de penser de cette manière car il est analphabète, je peux comprendre. Les amis dont je parle considèrent toutes les femmes avec qui ils sont sortis comme des salopes, et après avoir fait leurs expériences, ils épousent une fille vierge. Ca me choque! Ils expliquent cela par la tradition, ces filles peuvent pour eux s'occuper de leurs familles, elles connaissent leur culture, mais ce sont de fausses excuses! Ils sont comme leurs arrières grands pères, ils répètent les mêmes schémas! Je peux comprendre cela de gens qui ne vont pas à l'école, qui n'ont pas la télé, pas de moyens de s'informer. Mais la nouvelle génération choisit aussi des femmes à "bonne réputation". Une femme n'a pas le droit de faire ses expériences avant le mariage, un homme si.

La valeur principale recherchée chez une femme c'est l'honneur. Certaines femmes d’origine nord africaine, résidant en France se font reconstruire l'hymen avant leur mariage, pour moi c'est du cinéma ! Elles sont obligées de mentir pour que leur mari les accepte, car sinon leur mari n'accepterait pas leur passé. Si personne n'assume, rien ne changera!
Il y a même une expression syrienne pour dire "je jure sur mon honneur", c'est "bicharafi" ; eh bien cette expression n'est utilisée que par les hommes ! Les femmes ne peuvent pas le dire….
Les hommes et les femmes sont souvent séparés lors des mariages. Je suis contente de voir qu'en Egypte, il y a un débat sur l'origine du voile, qui ne serait pas islamique. Houda Chaarawi, pendant la colonisation anglaise, vers 1900, était musulmane pratiquante, mais elle a ôté son voile! Le voile est pour que les hommes ne soient pas tentés, c'est à cause de la faiblesse des hommes, et comme les femmes sont des objets pour eux, ils les cachent.
Ils sont faibles au point de devoir cacher les femmes pour ne pas être tentés. Alors comment donner le pouvoir à ces êtres faibles? Ils doivent eux-mêmes se maîtriser! Ils doivent respecter les femmes, c'est une femme qui leur a donné la vie!
J'ai vu un reportage à la télévision où un homme voyait sa sœur avec un homme dans un café, et l'a tué, alors qu'elle ne faisait que boire un verre avec quelqu'un. Même si un homme entend des choses sur sa femme ou sa sœur, il ne va pas chercher à vérifier, on aurait pu lui mentir, mais pour lui, le mal est fait, et l'honneur a été souillé.

Pour moi, la solution est la laïcité! Je ne suis pas contre l'Islam, mais contre toutes les religions. Je les respecte, mais chacun doit rester à sa place. Les gens peuvent croire, mais ça ne doit pas influer sur la vie des autres. Je crois qu'il faudra du temps. Mes filles, mes petites filles, si j'en ai, ne verront peut-être pas encore de changements. Il faut une liberté de vivre pour les femmes, il faut évoluer avec son temps! Dans mon pays, je ne me suis jamais sentie respectée. J'étais avocate, journaliste, mais je n'ai pas eu l'impression d'être respectée. En France, j'ai l'impression d'avoir les mêmes droits que les hommes, de pouvoir dire les mêmes choses qu'eux, je me sens égale. Les hommes qui méprisent les femmes sont des faibles qui pensent que les femmes le sont aussi…Je pense qu'ils ont peur, et que c'est pour ça qu'ils écrasent les femmes. "


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