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Les crimes d'honneur

Par Veli Pehlivan

C'est un sujet d’actualité qui mérite un vrai travail sociologique et qui n’est pas encore abordé. Aujourd’hui dans les pays d'Europe occidentale, la majorité des "crimes d'honneur" se produisent au sein des communautés d'immigrés et notamment au sein des communautés les plus religieuses et pauvres.

Selon les statistiques du Nations Unies, chaque année 5.000 femmes sont victimes de crimes d'honneur. Ces punitions prennent des formes diverses: ces femmes sont reniées, coupées de leur environnement social, enlevées, menacées et risquent d'être exploitées par leur famille. Beaucoup d'entre elles viennent de pays musulmans où elles sont torturées, mutilées et défigurées à vie, brûlées à l'acide ou immolées. De plus ces actes se produisent aussi au milieu de l’Europe qui a déjà fait sa révolution sexuelle.

D’ailleurs, au début de XXIème siècle, voir les hommes qui tuent leurs propres sœurs et les femmes devant les yeux du monde "moderne" et "libre", sous l’unique prétexte de vouloir protéger leur honneur, est un phénomène assez brûlant qui exige un analyse sociologique.

En même temps, le cas de certains exemples de crimes d’honneur a soulevé un vif débat en Europe sur les difficultés des immigrés à s'adapter à la vie en Europe.

D'où l’importance de comprendre les confrontations entre les normes de moralité et de liberté, des rapports entre les minorités et la majorité et surtout des rapports hommes femmes, qui sont assez délicats et méritent une analyse approfondie.

L'honneur dans ces crimes

A analyser l’honneur, c’est à la fois un sentiment et un fait social objectif ; d’un coté, un état moral qui découle de l’image que chacun a de soi. D’après le dictionnaire de la langue Française, le Robert, l’honneur est la "dignité morale qui naît du besoin de l’estime des autres et de soi même. Cette dignité en tant qu’objet susceptible d’être perdu. Fierté." p.656

Le champs de l’honneur offre un terrain propice a un tel exercice, car l’honneur jouit d'un lien privilégie avec le corps, utilisé pour symboliser ces différentes facettes. La tête, le visage, les organes, les membres, "les parties honteuses" ont chacun une valeur honorifique, en plus de tous ce qui peut être par la langue.

D’ailleurs le concept de l'honneur peut se résumer en une expression individuelle ayant sa propre signification ou dans l'acceptation de sa valeur aux yeux des autres; ou par l'opinion personnelle par les autres; ou par l'interaction des trois. Compte tenu de l'interprétation donnée à ce terme, les vues divergent très souvent entre celle donnée à l'honneur de la femme et celui de l'homme; celui de la femme comprend les concepts de virginité, de modestie ou d'amour désintéressé alors que l'honneur masculin est considéré comme la capacité de défendre l'honneur de la femme.

En fait, les femmes de rang supérieur ont toujours un élément d’honneur masculin à cause de leur naissance qui diminue l’importance de leur pureté, et l’autorité de leur mari sur elles- elles sont "quelqu’un" même sans lui; elles ont une préséance propre.

"Dans la tradition européenne, l’honneur est héréditaire mais il ne s’hérite pas partout selon la même règle. L’honneur hérité du père n’est pas le même que celui qu’on reçoit de la mère. Cette différence est surtout marquée dans le sud de l’Europe. En Sicile par exemple, on reçoit le prestige social de son père, du "nom" de la lignée mais la mère transmet le" sang", c'est-à-dire la pureté d’une ascendance sans tache. L’honneur masculin est positif, il exige d’un homme de s’imposer. Tandis que l’honneur féminin est négatif et ne requiert pas d’accomplir des exploits" dit Julian Pitt-Rivers dans son article intitule "La maladie de l’honneur".
Dans la société musulmane aussi, l’honneur est une promesse patriarcale mais beaucoup plus radicale que dans les pays occidentaux. Pour les hommes, c’est "l’honneur ou la vie"; pour la femme cela devient de façon beaucoup plus directe "l’honneur ou la sexualité hors mariage". On voit la différence et le parallèle : l’homme, pour défendre son honneur, doit affronter le risque de perdre tout ce qu’il a, y compris la vie, la femme, elle doit résister aux tentations de la chair. Mais n’est-ce pas parce que la femme fut longtemps avant tout la possession d’un homme : son père d’abord avant le mariage, son époux ensuite ? Et si on parle de son honneur, c’est en fait de celui du père dont elle porte le nom qu’il s’agit.

Dans ce contexte, l'utilisation du terme "honneur" devrait être faite avec beaucoup de circonspection puisque c'est l'instigateur d'un crime particulier qui peut en donner la signification. Ainsi en laissant de côté le fait que le crime a été commis contre la victime, ceci permet à l'auteur du crime de fabriquer une relation visant à établir une défense et d'en supprimer les motifs réels.

Le concept du crime d'honneur est une notion complexe mais qui peut être qualifiée de crime qui a été justifié ou expliqué par son instigateur comme une conséquence de la nécessité de défendre ou de protéger l'honneur de la famille.

Les crimes d'honneur sont une pratique ancienne consacrée par la culture plutôt que par la religion, enracinée dans un code complexe qui permet à un homme de tuer ou d'abuser d'une femme de sa famille ou de sa partenaire pour cause de "comportement immoral" réel ou supposé. Ces crimes d'honneur comprennent les violences ou le meurtre de femmes par un membre de la famille ou une relation familiale (y compris les partenaires) au nom de l'honneur individuel ou de la famille.

Ils composent les "meurtres d'honneur", les mariages forcés, la violence domestique, les mutilations des organes génitaux féminins ou les vendettas. L'accent sera placé sur les "meurtres d'honneur" avec quelques références aux mariages forcés et à la violence domestique.

Ce "comportement immoral" peut recouvrir une infidélité conjugale, le refus d'accepter un mariage arrangé, une demande de divorce, le fait de flirter ou de recevoir des appels téléphoniques d'hommes, le fait de n'avoir pas servi un repas en temps voulu, ou de "s'être laissée violée ". Une femme violée jette l'opprobre sur la communauté et déshonore sa famille, tout autant que si elle avait une liaison.

Le dénominateur commun pour tous les crimes d'honneur reste, toutefois, celui des mal traitants, de la violation des droits humains, du meurtre généralement commis sur les femmes au nom de l'honneur ou du soi-disant honneur tels que définis par les auteurs du crime. Les crimes d'honneur se produisent et affectent un large éventail de cultures, de communautés, de religions et d'ethnies.

Il est pratiquement impossible d'évaluer avec précision le nombre de crimes d'honneur. Le sentiment de honte et des menaces au sein de la communauté et le fait qu'elles sont émotionnellement et économiquement dépendantes de l'agresseur leur donnent une fausse perception car elles pensent mériter la punition si bien que les témoins ne se manifestent guère et que les décès sont généralement classés parmi les accidents et les suicides.

La plupart des crimes d'honneur sont perpétrés dans les pays musulmans ou au sein des communautés d'immigrés musulmans. Le paradoxe c'est que l'islam ne préconise pas la peine de mort pour inconduite liée à l'honneur et beaucoup de dirigeants islamiques condamnent cette pratique et affirment qu'elle n'a pas de fondement religieux.

Toutefois, tout en condamnant la pratique des crimes d'honneur en tant que non-islamiques, les mêmes dirigeants ferment les yeux devant l'imposition des interprétations "classiques" ainsi que des sanctions de la jurisprudence islamique (loi de la Charia) mises en oeuvre par l'Etat pour les actes sexuels en dehors du mariage.

Et en Europe?

Comme nous l’avons déjà indiqué selon les statistiques de l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, 5 000 femmes dans le monde en sont victimes chaque année.

Les moyens permettant de minimiser un crime d'honneur sur les fondements de la coutume et de la tradition servent à commettre un crime dans les mêmes conditions qu'une jurisprudence étatique traite ce genre de défense.

L'auteur du crime peut définir la signification de l'honneur pour lui permettre que ce concept devienne le point central de sa défense plutôt que le fait central et matériel ayant amené à ce qu'une femme ait été violentée et/ou assassinée. Lorsqu'un Etat ne punit pas ou lorsqu'il constate que la violence domestique ou les violences constituent une faute excusable, il stipule que la justice privée est acceptable.

En Europe, la majorité des crimes d'honneur se produisent au sein des communautés d'immigrés. De nombreuses femmes immigrées ou réfugiées en Europe se sentent isolées et laissées en marge de la société d'accueil. Le plus souvent incapables de parler la langue du pays d'accueil, elles sont encore plus exposées aux violences de toutes sortes et ne peuvent avoir accès à l'aide juridique de l'Etat ou ne connaissent pas leurs droits.

La menace de l'expulsion en raison de la non-conformité des lois sur l'immigration donne une dimension encore plus complexe à leur situation.

L'idéologie de "l'honneur familial" est un obstacle à l'intégration des femmes dans la société occidentale. Les parents musulmans ne tolèrent pas que leur fille ait, ou ait eu, un petit ami, alors que souvent, ils acceptent que leur fils ait une petite amie.

La violence contre les femmes en général, et la violence domestique en particulier, servent, dans certaines sociétés, de composantes essentielles de l'oppression des femmes puisque non seulement la violence contre les femmes découle des stéréotypes sexistes dominants mais elle les entretient, et est utilisée pour contrôler les femmes dans le seul espace sur lequel traditionnellement elles aient la main, à savoir le foyer.

Dans certains pays, on considère que les coutumes et traditions doivent être respectées en tant que manifestations authentiques d'une culture nationale ou communautaire et n'ont pas à être examinées dans la perspective des droits énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l'homme.

 

 

 

 

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