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Hamou Bouakkaz : "Les personnes handicapées accèderont aux choses en plus facilement dans le futur…"
Entretien réalisé par Fanny Chagniot
Hamou Bouakkaz est le conseiller du Maire de Paris en charge des personnes handicapées. Pour l'Oeil de l'exilé, il dresse un bilan des avancées en matière d'accessibilité aux transports. Plutôt optimiste, il estime que les efforts faits dans ce domaine laissent entrevoir un futur facilité pour les personnes handicapées. Aveugle de naissance, il est le premier touché par les difficultés de la vie quotidienne, mais n'a jamais perdu l'espoir de voir les choses évoluer. Un espoir qui commence à être satisfait grâce aux projets de la Mairie de Paris, et des entreprises de transports en commun…
Parlez moi de vous et de votre rôle à la mairie de Paris...
J’ai 42 ans, je suis ingénieur d’école nationale supérieure des télécommunications. J’ai d’abord fait une carrière de douze ans dans la banque. J’ai toujours été un militant associatif de la cause des personnes handicapées en général, et des personnes marginalisées en particulier. En 1999, j’ai pris la tête d’un projet, "Eurovision", qui visait à faire en sorte que les personnes aveugles accèdent à l’euro de manière facile. A ce moment là, Bertrand Delanoë commençait à s’imposer comme leader de la gauche ; je le trouvais intéressant, et me suis rapproché de son staff. Il m’a dit que s’il gagnait la mairie de Paris, il aimerait que j’intègre son cabinet, ce que j’ai fait, plus parce que je trouvais cela enthousiasmant que par goût personnel. Avec Pénélope Komites, (NDLR : adjointe au Maire, chargée des personnes handicapées) et ses qualités de pugnacité, j’ai mené une réflexion stratégique pour mener une politique inclusive des personnes handicapées. J’ai toujours dit que mon travail devait tendre vers son autodestruction…Je serai content lorsque je n’aurai plus de travail. Je ferai tout pour en avoir de moins en moins !
Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez pour l’accessibilité aux transports ?
Depuis cinq ans, nous avons mené une politique qui a fait que le budget "handicap" a été clairement identifié au sein d’un bloc budgétaire : entre 2002 et 2006, le budget a été multiplié par onze ! Nous sommes passés de 2,2 millions à 28 millions. Nous avons commencé à travailler sur la voirie, pour permettre aux gens de se déplacer. Nous avons fait abaisser les trottoirs, mis de bandes de guidage, changé le mobilier urbain, adapté les lignes de bus. Nous avons diversifié l’offre de transports. En prenant acte que la plupart des transports n’étaient pas accessibles, nous avons développé un outil adapté pour les personnes qui ne peuvent pas utiliser les transports en commun : la PAM, Paris Accompagnement Mobilité, qui fonctionne depuis novembre 2003, et qui permet de faire 150.000 à 200.000 trajets en voiture aménagées par an. Il y a près de 5.000 inscrits. Le trajet n’est plus un stress pour eux. Mais au delà du trajet, il faut y avoir à chaque bout quelque chose d’accessible ! Nous avons lancé des opérations pour rendre accessibles les bâtiments de la ville. L’accessibilité ne peut pas être vue ex nihilo, il faut qu’elle soit pensée globalement. Le handicap touche aussi les personnes âgées qui se déplacent difficilement, les personnes qui se blessent durant une période, les femmes enceintes, les parents avec des poussettes. C’est un problème qui touche toute la population un jour. On est dans quelque chose qui est universel…
Pour les transports en commun, l’effort doit être fait par tous. Il faut qu’il puisse y avoir une cohérence dans les trajets, qu’il soit accessible d’un bout à l’autre. Quand un politique met en place un dispositif, il a envie qu’il fonctionne tout de suite, or quand vous avez privé depuis longtemps des milliers de gens de la faculté de se déplacer, ils ont intégré cette impossibilité dans leur vie quotidienne! Pour leur redonner le goût de se déplacer, il faut du temps. C’est le problème du suivi entre l’intention, et l’utilisation de l’intention.
Au jour d'aujourd’hui, où en sommes nous de l’accessibilité dans les transports ?
Il faut être simple et regarder les choses avec froideur : le métro n’est pas accessible à toute forme de handicap ; l’accessibilité pour les aveugles s’améliore parce que de plus en plus de stations sont annoncées à l’arrivée. En revanche, pour le cheminement dans les couloirs, rien n’est encore sorti. Pour les personnes en fauteuil roulant, à part la ligne 14, rien n’est accessible. Mais il suffit qu’un des maillons de la chaîne soit planté pour que toute la chaîne soit plantée…Fin 2008, l’ensemble des lignes de bus circulant à Paris seront accessibles. Le tramway, fin 2006, sera totalement accessible. Il y a la PAM., et avec la région, nous équipons des chauffeurs de taxis. Si un chauffeur souhaite pouvoir transporter des personnes handicapées, on l’aide à équiper sa voiture.
Pensez-vous que les délais prévus par la loi de février 2005 seront respectés ?
Je n’ai pas de raison de croire le contraire, mais pour le métro, je pense qu’il y aura une clause d’exception, car c’est trop difficile. Pour le reste, je pense qu’on y arrivera même avant ! Il y a une vraie volonté politique ; par exemple à Paris, je ne vois pas une équipe municipale reculer sur ces questions. Nous avons enclenché une dynamique, et objectivement, ce que l’on a fait, aucune équipe ne pourra le défaire. J’en suis convaincu, car le vieillissement de la population et les nouveautés technologiques poussent dans ce sens. Je ne perds pas du tout espoir. Je me méfie de tout ce qui est aigreur, amertume…Les personnes handicapées créent un rapport de force, et si elles ne savent pas le créer, c’est comme tout le monde, sauf qu’elle ne peuvent pas bloquer les rues ou déverser du purin pour se faire entendre ! En même temps, je crois qu’il y a de vraies avancées. Elles seront encore plus importantes lorsqu’il y aura des élus handicapés, et que ce sera devenu banal.
L’amélioration globale va favoriser les personnes handicapées. Notre société est de plus en plus intolérante à l’exclusion, même si elle est pour l’individualisme. Il y a un repli sur soi, mais en même temps, une aversion pour l’inégalité. C'est paradoxal mais je pense que la France est vraiment le pays de l’égalité par excellence ! Les personnes handicapées accèderont aux choses de plus en plus facilement dans le futur.

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