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"Mieux nourrir la planète"
Par Raymon Mfeukoun
A l’horizon 2050, la population mondiale va atteindre le cap de 9 milliards d’individus. Chiffre astronomique qui inquiète les spécialistes et acteurs des questions démographiques. Leur inquiétude se situe au niveau de la progression de la production des denrées alimentaires pour répondre au boom démographique. Ce souci permanent, aussi vieux que le monde, avait déjà été posé par l’économiste britannique Thomas Robert Malthus. Mais aujourd’hui, l’accroissement de la production agricole mondiale doit prendre en compte les préoccupations légitimes des consommateurs concernant la qualité (sanitaire, nutritionnelle, gustative…) des aliments ainsi que la nécessité de mieux gérer l’environnement.
De nos jours, la situation alimentaire mondiale est contrastée : les aspects quantitatifs et qualitatifs de la consommation alimentaire, les techniques de production, varient d’un pays à l’autre, d’une région à l’autre. Dans les pays riches, les disponibilités moyennes sont de l’ordre de 3250 kcal par personne par jour alors qu’elles ne sont que de 2650 kcal dans les pays en développement. Ces données globales masquent les disparités alimentaires mondiales. D’après le rapport 2003 de la FAO, organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, 842 millions de personnes dans le monde ne mangent pas à leur faim, dont la majorité se trouve dans les pays en développement.
Cette même disparité est rencontrée au niveau du taux d’agriculteurs en activité dans le monde. Dans les pays riches, les agriculteurs sont de moins en moins nombreux et ils représentent moins de 5% de la population active. Et pourtant en Afrique noire, ils sont près de 60%. Ces derniers sont peu équipés sur le plan technique. Sur 1300 millions d’agriculteurs de la planète, seulement 30 millions ont à leur disposition une motomécanisation. Environ un milliard d’entre eux pratiquent une agriculture manuelle à l’aide d’instruments comme la houe ou la bêche. Et ils ne bénéficient d’aucune aide étatique ou communautaire, contrairement à leurs collègues des pays riches qui reçoivent des soutiens de toutes sortes.
Cette fracture explique le faible rendement des agricultures des pays en développement. Alors que le rendement moyen du riz décortiqué est passé de 10 ha à 20 ha environ en Inde, il a pratiquement triplé au sein de l’Union européenne (60 ha). Cela en raison de la mise au point et le développement de variétés de plantes cultivées et de races animales à haut potentiel de rendement, dû au recours à une motomécanisation de plus en plus puissante et l’emploi toujours plus important d’engrais d’origine industrielle, sans oublier l’utilisation des produits phytosanitaires ou encore le recours à la transgenèse.
Les clivages Nord/Sud expliquent que l’expression « sécurité alimentaire » puisse présenter aujourd’hui des sens très différents au Nord et au Sud. Des millions de personnes continuent à survivre dans des situations de sous-nutrition pendant que dans les pays riches, l’obésité, phénomène principalement lié à une surconsommation alimentaire, fait figure d’épidémie.
L’alimentation dans le monde
« mieux nourrir la planète »
Jean-Paul Charvet, éd. Larousse (Petite Encyclopédie), 2004, 128p.

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