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Mohamed Badaoui : "Nos douleurs successives doivent se transformer en bruyantes oeuvres de beauté"

Propos recueillis par Youcef Zirem

Sociologue, journaliste, écrivain, parolier, poète, dramaturge, Mohamed Badaoui connaît la société algérienne à merveille. Il a ce don si rare de savoir écouter et aller aux profondeurs des choses. C’est pourtant à Montréal, loin des siens, qu’il a commencé à mettre sérieusement noir sur blanc ses nombreuses expériences. Ici, sa vision de l’écriture.

Comment en êtes-vous venu à l'écriture?

J’écris depuis mon plus jeune âge. J’ai mis un peu de temps pour publier le premier livre, mais la "démangeaison" de la plume ne m’a jamais quitté. Juste après avoir fini mes études universitaires en 1986, j’ai opté pour le journalisme. C’était un premier "râtelier" pour assouvir cette faim. Je n’avais pas encore confiance en moi ni assez d’expérience dans le métier de vivre pour me lancer dans ma propre écriture. Algérie-Actualité, où j’ai eu la chance de débuter, était au milieu des années 1980, la référence en matière de journalisme de terrain (reportages, enquêtes, etc.). Et cette expérience m’a poussé à forger un style pour mériter mon strapontin dans un canard où les baroudeurs et les belles plumes ne manquaient pas. L’écriture romanesque était évidemment pour moi la fin à atteindre. Ce besoin se ressent d’ailleurs dans mes reportages de l’époque où je m’appliquais à ciseler la copie. A tort ou à raison, je ne me voyais pas finir ma vie autrement que comme écrivain. Je ne savais pas, cependant, combien ce destin est parfois difficile. Car lorsqu’on est sincère envers ce désir, la fessée qu’on reçoit a de quoi faire passer le goût du papier et l’on se dit souvent : j’aurais mieux fait d’être plombier. Mais chaque soir, partout où je vais, je n’ai qu’une seule obsession : comment décrire ce que j’ai vu et le transformer en littérature.

Vous venez de publier un recueil de nouvelles mais vous avez aussi beaucoup d'inédits. Pouvez-vous nous dire les thématiques principales de vos écritures?

"Neuf moi" qui vient de paraître chez Chihab (en Algérie) est un recueil de nouvelles qui a presque l’unité d’un roman puisqu’il se compose d’une galerie de personnages ayant pour point commun leur fragilité face à la machine de vie. Placés dans une broyeuse impitoyable, ils tentent de continuer d’exister en dépit d’une centrifugeuse qui cherche à les éjecter de tous les repères auxquels ils s’accrochent, y compris leur âme. Ce livre a été écrit durant l’hiver 1999 à Montréal et devait s’intituler "types d’hommellettes" pour des raisons évidentes. Il a changé de nom en cours de route. Après ça, j’ai écrit "Séisme", un recueil de poésie qui est toujours inédit. Je ne sais pas d’où il est tombé celui-là. Car je ne savais pas que je pouvais en faire. Ensuite, j’ai mis au monde, en 2003, "le Sabre d’Allah", un attentat poétique qui ne ressemble à rien et qui a très peu de chances, à mon avis, de sortir au grand jour. C’est une sorte d’OVNI qui indispose tous ceux qui le lisent. Le dernier ouvrage que j’ai terminé également en 2003 est une méditation très personnelle sur la vie. C’est mon préféré. Depuis la fin décembre, je me suis lancé dans une nouvelle aventure. J’écris des histoires fantastiques pour la Chaîne III de la radio algérienne. Elles sont diffusées tous les lundis à 22 heures. J’ai également terminé une courte pièce de théâtre en arabe dialectal sur les relations de couple en Algérie. J’attends de la monter.

Comment voyez-vous la littérature algérienne dans ses différentes langues?

Je ne suis pas un grand lecteur. Mais tout ce qui peut être produit en littérature en Algérie, je l’applaudis. Car cet art majeur, cette école humaine qu’est le roman doit mériter plus de respect de notre part. Je suis sûr que les Algériens peuvent donner une grande littérature universelle s’ils s’y mettent sérieusement. Nos douleurs successives doivent cesser de nous torturer en silence et se transformer en bruyantes oeuvres de beauté. Nous avons aussi le droit et le devoir d’expliquer d’une manière calme et réfléchie ce que nous avons vécu. Quant à la langue d’expression, j’écris aussi bien en arabe qu’en français et je pense qu’il faille une fois pour toutes cesser de faire de cette richesse un problème, mais une solution.

Quels sont vos projets d'écriture?

Je traîne pour finir un roman d’action. C’est mon nouveau dada. J’ai dédramatisé mon rapport à l’écriture. Je veux écrire aussi pour m’amuser.

 










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