La Maison des journalistes
 
accueil    présentation    la maison    les résidents    les médias parrains    les partenaires    Reporters sans frontières    liens    contacts
L'actu de la Maisonfaçade de la maison

Pat Masioni prépare le deuxième volume de "Rwanda 1994"

Propos recueillis par Leon Kharomon

Une table lumineuse, un assortiment d’acryliques, d’aquarelles, d’encres de Chine, de ciseaux, de feutres, de pinceaux et de crayons d’où prennent corps des personnages des bulles. L’espace de travail de Pat Masioni se confond avec son lieu de vie. C’est là, dans le treizième arrondissement parisien, que nous avons rencontré l’illustrateur de "Rwanda 1994" dont le deuxième volume est attendu avant fin 2006 chez Albin Michel. En attendant, une exposition itinérante de ses œuvres se déroulera en juin, juillet, août dans les centres culturels français en Afrique du Sud, en Namibie et au Mozambique.

Pourquoi un deuxième "Rwanda 1994" ?

Parce que le premier tome paru en 2005, soit 11 ans après le génocide, a suscité un vif intérêt des lecteurs qui voudraient savoir ce que sont devenus ces dizaines des milliers de réfugiés rwandais installés dans les camps du HCR à l’Est de la RDC.

Va-t-on découvrir d’autres personnages par rapport au premier volume ?

Bien sûr, il s’agit de montrer comment les rescapés du génocide sont rentrés au Rwanda, et comment sur place, ils tentent de panser les plaies du traumatisme et de tourner cette page dramatique de l’histoire du Rwanda. Mais le scénario, co-écrit par Cécile Grenier et Ralph, se construit autour de Mathilde, l’héroïne du premier volume.

Dites-nous comment vous avez rencontré les deux scénaristes de l’album.

Je suis arrivé en France en 2002. Cécile Grenier qui travaille à France 2 a mené en 2003 une enquête au Rwanda où elle a rencontré pendant 7 mois les victimes et les bourreaux du génocide rwandais. Avec Ralph, un scénariste français qui a déjà plus de 13 albums à son actif dont "le Bal de la Sueur", ils cherchaient un dessinateur africain et m’ont repéré par le biais du collectif "Afro Bulles". Ils me donnaient les synopsis et moi je les traduisais en images avec ma propre sensibilité d’Africain qui connaît bien les réalités culturelles du Rwanda. Ils étaient conscients du caractère sensible du sujet de génocide et tenaient à ce que cet album n’ait pas une connotation politique.

Et vous-vous êtes mis au travail….

Oui, j’ai, dès le début, compris la difficulté de cette démarche. Il était question de dire "l’innommable" avec des dessins, tout en se gardant de ne pas verser dans une exploitation du sang et de la violence. On a tout fait pour que le lecteur ne soit pas horrifié par certaines images et referme la BD au bout de quelques pages. Je devais faire une introspection, imaginer comment les rwandais avaient vécu cette descente en enfer à partir des témoignages rapportés par Cécile. Avec une telle expérience, on se rend compte combien il est parfois plus difficile de décrire la réalité que la fiction.

A la parution de ce premier tome, comment le public a-t-il réagi en France ?

En France, des jeunes me demandaient comment l’être humain peut arriver à commettre de telles atrocités. J’ai remarqué que beaucoup des rwandais ne veulent plus être identifiés comme Hutus et Tutsi. On remarque de leur part une sorte de lourdeur quant il s’agit de parler du génocide. Mais tous conviennent qu’il faut en parler par devoir de mémoire.

Et la presse ?

Il y a eu un bon retour de presse dans Le Monde, l’Express, le Nouvel Observateur, Libération …Les éditions Albin Michel sont contentes d’avoir participé à cette expérience qui sort un peu de leur créneau habituel. D’où l’intérêt pour un deuxième volume.

Si j’ai bien compris, il n’a pas été facile de faire parler les rescapés dont il sera question dans le deuxième volume?

Selon le synopsis, il sera question de dessiner et de donner vie à des gens qui ont quelque chose d’exceptionnel dans le regard, selon Cécile. Ce n’est ni tristesse, ni remord, mais un regard presque livide qui n’est pas facile à retranscrire en image. C’est très difficile de se mettre à leur place pour comprendre ce qu’ils peuvent ressentir. Plusieurs n’ont jamais réalisé ce qui s’est passé exactement et seront marqués à vie par ce traumatisme.

D’où vous est venu votre goût pour le dessin ?

A quatorze ans, j’avais déjà illustré les pochettes de disques de Xavier Zabalo, un espagnol qui fut aussi mon professeur de dessin et de musique au collège Pie XII à N’djili. C’est ainsi que j’ai été remarqué par la revue Kinshasa dont j’ai illustré une des couvertures reprises dans l’annuaire des pères jésuites à Rome. La première visite du pape Jean-Paul II à Kinshasa m’a permis de réaliser le bas-relief en céramique qui se trouve sur le fronton de la nonciature apostolique de Kinshasa. C’est dans l’atelier d’art Elikia tenu par un espagnol, Carlos Martinez, à Kinshasa, que j’ai appris la peinture, la céramique et la sculpture. Le goût du dessin est presque un don en moi, même si j’ai perfectionné ses techniques plus tard. C’est vous dire que mes aptitudes dans les arts ne se limitent pas au dessin. J’ai opté pour la décoration intérieure à l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa pour avoir une formation plus large en arts plastiques.



"Rwanda 1994", de Pat Masioni, chez Albin Michel
Sortie prévue avant fin 2006


 










Information légales. ©  Radio France Multimédia 2004