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"La chômarde et le haut commissaire", de Martin Hirsch et Gwenn Rosière, avec Jean-Michel Helvig
Par Fanny Chagniot
Juin 2007, une lettre parmi tant d’autres atterrit sur le bureau de Martin Hirsch, haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté. Il s’agit d’une missive de Gwenn Rosière, RMIste résidant dans les Côtes d’Armor. Elle a été convoquée à une réunion de présentation du RSA, le Revenu de solidarité active, et s’excuse de n’avoir pu y participer. Elle en profite pour donner son opinion sur cette démarche, et joint à son courrier un "Guide du chômard", qui propose quelques idées, inspirées par son parcours personnel.
Du courrier, Martin Hirsch en reçoit beaucoup. Il tente de répondre aux lettres qui lui parviennent, parfois juste pour que l’expéditeur sache qu’il a été lu…La lettre de Gwenn, jugée intéressante par les organisateurs de la réunion à laquelle elle n’a pu se rendre, atterrit donc sur son bureau. Interpellé par le franc parler de la jeune femme, et par la qualité de ses réflexions, il donne suite au courrier…
Gwenn en est ébahie, mais aussi "surprise, de même que flattée". De réponse en réponse, la correspondance se fait régulière, et le haut commissaire et la chômarde échangent, six mois durant, de opinions, des idées, des expériences. Ces lettres donneront naissance au livre, ponctué par des questions souvent "asticoteuses" -oui, sur ce point je rejoins Gwenn- du journaliste Jean Michel Helvig.
On en apprend un peu plus sur le RSA, mais le véritable intérêt du livre est de faire prendre conscience aux lecteurs que l’image populaire du RMIiste est la plupart du temps erronée. Beaucoup les imaginent paresseux, satisfaits de vivre de leurs aides, et d’un niveau intellectuel au ras des pâquerettes…Pour Gwenn Rosière, cette stigmatisation vient du fait que les chômeurs font peur. Ils sont un miroir qui renvoie une image effrayante pour les travailleurs : ils sont rassurés d’être où ils sont, mais à cause des chômeurs, ils n’oublient pas que le risque de se retrouver sans emploi et dans la précarité existe bel et bien…
Des paresseux, il y en a partout, mais pas plus chez les RMIstes que chez les autres ! Et Gwenn l’illustre bien. Avec 37 boulots, "de merde" pour reprendre les termes de Martin Hirsch, à son actif, et pourtant toujours du mal à remonter la pente, elle est l’antithèse du RMIste assisté, qui se complait dans cet assistanat. Elle est intelligente, possède une très bonne plume, de même que beaucoup d’humour, et une vraie analyse des problèmes de société.
Au fil de la correspondance, on sent une complicité se créer entre les deux protagonistes. Le haut commissaire, parfois presque condescendant, semble finir par admirer la force de caractère de sa "dent dure", comme signe Gwenn dans la majorité de ses lettres ; la chômarde, d’abord méfiante sur le personnage controversé qu’est Martin Hirsch, issu du milieu associatif, mais "récupéré" par le président Sarkozy, finit par le trouver sincère, et si l’on lit entre les lignes, plutôt investi et sympathique, bien que parfois loin des réalités du terrain. "Vous êtres rare, presque rock, malgré votre tête de premier de la classe", lui écrit-elle dans sa lettre qui conclut l’ouvrage.
A en croire la démarche de l’ancien président d’Emmaüs, ce livre devrait "accélérer la prise de conscience, et multiplier les déclics, pour que rien n’arrête la volonté de faire".
Au-delà du discours politique et du côté conte de fée, style "rencontre incongrue entre deux personnes qui auraient pu ne jamais se croiser", ce livre est une lecture intéressante. Rien que pour la plume acérée mais savoureuse de la Costarmoricaine (sic !), il vaut le détour…Et avouons le, il devrait sans doute booster la côte de sympathie de Martin Hirsch !

"La chômarde et le haut commissaire"
de Martin Hirsch et Gwenn Rosière, avec Jean-Michel Helvig
Oh éditions
14 février
14,90 euros
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