La Maison des journalistes
 
accueil    présentation    la maison    les résidents    l'oeil de l'exilé    les médias parrains    les partenaires    Reporters sans frontières    liens    contacts
bienvenue
façade de la maison
 

Le cœur de Maha
Zeyton

Par Maha Hassan

Devant moi, près de la caisse, il y avait plusieurs pots d'olives.
Mais lorsque je suis arrivée à la caisse, j’ai oublié comment on dit "olive" en anglais.
Comme je ne parle pas le néerlandais, je me débrouille en anglais pour faire mes courses.
Sans beaucoup réfléchir, comme je sais que les vendeurs sont turcs, j’ai dit en arabe "zeyton", qui signifie "olive", et se prononce pareil en turc et en arabe.

J’ai toujours pensé que le vendeur ne parlait que le néerlandais et le turc… il est d’origine turque, mais je n’ose jamais de lui demander si il est kurde, comme moi.

Le surprise est qu'il m’a parlé en arabe correct… on a continué à parler en arabe, ce que j’évite en France, où cela me met mal à l'aise de parler l’arabe au marché, et quand quelqu’un m’arrête dans la rue, pour me demander un service en arabe, cela m'énerve. Il y en a même qui me draguent en arabe, dans le quartier que je n’aime pas, mais je suis obligée d’y rester, quand je rejoint mon ami.

Je dois expliquer pourquoi cela me gêne quand quelqu’un d'inconnu m’adresse la parole en arabe. Je ne suis pas arabe, et j’ai toujours souffert de porter l’identité arabe. Ma nationalité officielle est l’arabe, mais je ne le suis pas, je suis kurde. J’aime l’arabe, j’adore cette langue, que je maîtrise à l'oral et à l'écrit, en plus, ma meilleure façon de m’exprimer est en arabe. Mais je ne suis pas arabe. Je sens que cela efface, envahit mon identité kurde ; je ne suis pas sûre au fond de moi de me sentir kurde, mais je suis sûre que je n’appartiens pas aux arabes. Même si je ne suis pas kurde, au fond de moi, je ne veux pas être considérée comme une arabe. Cela ressemble à un bébé adopté par une famille qui aurait tué sa propre famille … puis elle a pris soin de lui, ce bébé n’a que cette famille adoptée, mais il ne peut pas la considérer comme sa famille de sang !

Quand un inconnu me parle en arabe, il m’encadre dans l’identité arabe, pourquoi donc, s’il ne me connaît pas, me parler en arabe, si je ne porte pas, pour lui, un certain signal arabe ?

Je ne sais pas comment ce monsieur peut parler l’arabe et le turque. Mais j’étais contente de trouver un autre moyen de communication à Amsterdam, sans penser que cela m’encadrait dans une certaine identité.

Est-ce que je suis capable de parler l’arabe en France, sans être gênée… même si un inconnu m’adresse la parole en arabe, me considèrera-t-il comme une arabe ?

Merci à l’olive, El Zeyton, qui m'a fait écrire ce billet…

 

ARCHIVES

Des mots, des sons, des dessins, un trace écrite ou audio du travail des résidents, comme une marque de leur passage à la Maison...

Revisitez l'intégrale des travaux de la Maison...

... en vous laissant guider par vos sens...

Archives Actu

Archives Lire

Archives Voir

Archives Ecouter

Archives Dossier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Information légales . ©  Radio France Multimédia 2004