| |
Le cœur de Maha
Exercice de la liberté pour un(e) étranger(e)
Par Maha Hassan
Pour les gens qui sont nés libres, l’exercice de la liberté ne leur dit rien, ils sont simplement libres !
Mais pour les gens qui ne sont pas nés libres, comme moi, ils se battent à chaque instant pour récupérer cette liberté, qui devient parfois comme un symbole fantastique, irréaliste ; que veut dire la liberté pour les gens comme moi, qui n’ont pas eu la chance de l’expérimenter ?
La liberté n’est pas évidente pour nous, elle est le fruit de longs combats, dont le plus dur est celui contre soi. Quand on n’est pas habitué à la liberté, on a besoin de chaque instant pour se convaincre qu’on la mérite, qu’on est vraiment libre, que ce n’est pas un fantasme ! Mais est-ce que, vraiment, nous sommes libres ?
Entre Paris et Amsterdam, ou Amsterdam et Paris, je sens que je suis libre, dans cette distance, où je suis dans le train. Mais quand je suis à Paris, ou à Amsterdam, je ne me sens pas assez libre ; ce n’est pas que parce que la liberté n’existait pas dans mon éducation ou dans mes traditions, mais aussi parce que je suis étrangère !
En tant qu’étrangère, je ne peux pas sentir le plaisir de la liberté, je porte encore mon héritage de la peur, la peur qui ne va pas avec la liberté, car la liberté a besoin de la sécurité.
La liberté pour les étrangers n’est pas qu’une tradition manquée, ou des pratiques absentes, mais aussi des règles sociales qui justifient la sécurité, pour que la liberté devienne réelle… Et nous, les étrangers, nous n’avons pas ces garanties sociales ; à vrai dire, nous avons toujours peur, donc ne nous sommes pas libres.
Je ne suis pas libre, ni là, dans les pays de la liberté, ni évidemment, dans mes "pays", les pays qui étouffent cette liberté. Où vais-je donc pouvoir aller la trouver ?
|
 |
|